«Les hommes sont des salauds»
Une travailleuse du sexe raconte son difficile parcours en Suisse

Ajla Bronja avait 17 ans lorsqu’elle a commencé à se prostituer dans une maison close d’Interlaken. Aujourd’hui, sous le pseudonyme de Vanny, elle raconte à Blick son parcours, ses années de dépendance à la cocaïne et son quotidien de travailleuse du sexe.
«J’ai toujours été ma propre patronne. Je n’ai jamais eu de proxénète», assure la jeune femme.
Photo: Thomas Meier
Martin Meul et Thomas Meier

Ajla Bronja avait 17 ans lorsqu’elle a reçu son premier client dans une maison close d’Interlaken (BE). C’est sa sœur aînée qui l’a fait entrer dans ce milieu. Peu après, l’adolescente commence elle aussi à se prostituer. Personne ne lui demande jamais sa carte d’identité, pas même le tenancier de l’établissement.

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J’adore faire perdre leur temps à mes détracteurs. En plus, ils me rendent virale.
Ajla Bronja, travailleuse du sexe
»

Dès ses débuts, alors qu’elle est encore mineure, elle subit des violences sexuelles. «Le premier client que j’ai eu était brutal. C’était horrible», confie aujourd’hui Ajla Bronja à Blick, dans un café de Berne. Malgré ce passé, la jeune femme refuse de se définir comme une victime. Elle estime même que son parcours «aurait pu être pire» comparé à celui d’autres femmes.

Ces expériences donneront plus tard naissance à Vanny, son alter ego fictif. C’est sous ce nom qu’elle raconte aujourd’hui sa vie de travailleuse du sexe sur les réseaux sociaux. «Vanny est forte, sûre d’elle et indépendante. Elle ne se laisse faire par personne», explique-t-elle.

«J’étais une fêtarde»

Ajla Bronja a 8 ans lorsqu’elle quitte la Macédoine avec sa famille pour rejoindre la Suisse, après un passage par le Luxembourg. Elle grandit ensuite à Fribourg, où elle va à l’école. «Ma mère voulait faire de moi une bonne musulmane, mais j’étais une fêtarde», se souvient-elle.

À la maison, les tensions s’accumulent. Adolescente, Ajla Bronja est placée dans un foyer pour mineurs. C’est là qu’elle découvre la drogue pour la première fois. La cocaïne, surtout, l’attire rapidement. «J’étais déjà accro avant même d’avoir eu mon premier client.»

Un jour, elle remarque que sa sœur aînée a toujours de l’argent et peut s’offrir des articles de luxe. «Je voulais ça aussi. Je lui ai donc demandé comment elle faisait», raconte-t-elle. C’est ainsi qu’elle entre en contact avec le monde de la prostitution.

Retour aux études

Pendant environ six mois, la jeune femme se prostitue le week-end. Puis elle décide de changer radicalement de vie. Elle veut répondre au souhait de sa mère: suivre une formation. Elle commence alors un apprentissage de spécialiste en restauration dans un restaurant. Malgré sa consommation de cocaïne, elle obtient son diplôme.

Mais la drogue prend de plus en plus de place dans sa vie. Entre-temps, Ajla Bronja décroche un contrat fixe dans le restaurant. Jusqu’au jour où sa dépendance à la cocaïne est découverte. «J’avais honte et je suis partie», raconte-t-elle. Sa consommation la plonge aussi dans l'endettement.

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J’ai toujours été ma propre patronne. Je n’ai jamais eu de proxénète
Ajla Bronja, travailleuse du sexe
»

En 2017, elle prend une décision: devenir sobre et repartir de zéro. Le déclic survient après une overdose de cocaïne, qui manque de lui coûter la vie. Depuis, à l’exception d’une seule rechute, elle affirme être restée sobre. «Le sevrage a été la pire épreuve que j’ai traversée jusqu’ici.» Mais ce nouveau départ a un prix. Les dettes sont toujours là. Pour Ajla Bronja, la solution s’impose: retourner à la prostitution.

Entre 6000 et 20’000 francs par mois

Depuis, elle propose des relations sexuelles tarifées, parfois dans des maisons closes, parfois dans des clubs, parfois chez elle. «J’ai toujours été ma propre patronne. Je n’ai jamais eu de proxénète», assure-t-elle. Elle a toutefois déjà été confrontée à ce milieu. «Il est arrivé qu’un proxénète veuille me garder dans son 'écurie'. Comme je refusais, il a envoyé des gens pour m’intimider.»

Au fil des années, la jeune femme de 31 ans s’est forgé une vision très pragmatique des hommes. «Les hommes sont des salauds quand ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent. Mais les femmes ne sont pas différentes à cet égard», estime-t-elle. Selon elle, environ 95% de ses clients seraient mariés. Et elle affirme savoir exactement ce qu’ils recherchent: «Je donne à ces clients plus d’amour que leurs épouses.»

Dans sa vie privée, Ajla Bronja n’est pas en couple. «Je ne sais pas si je crois encore à l’amour. La seule chose sur laquelle j’ai toujours pu compter, c’est l’argent.» Elle estime gagner entre 6000 et 20’000 francs par mois, selon son volume de travail.

«
Si je devais un jour changer de métier, il faudrait que ce soit pour quelque chose qui me permette de gagner à peu près autant qu’aujourd’hui
Ajla Bronja, travailleuse du sexe
»

Aujourd’hui, une partie importante de ses revenus provient aussi de la plateforme érotique OnlyFans, où elle vend des photos et des vidéos d’elle-même. Sur Instagram, Ajla Bronja parle de son métier sous le pseudonyme de Vanny. Elle dit vouloir montrer, sans filtre, le quotidien d’une travailleuse du sexe. Plus de 7000 personnes la suivent.

Cette exposition lui vaut aussi de nombreux commentaires haineux. «Dans ces cas-là, je réponds volontiers», dit-elle, avant d’ajouter: «J’adore faire perdre leur temps à mes détracteurs. En plus, ils me rendent virale. Ils me rendent célèbre.»

Lorsqu’on l’interroge sur son avenir, Ajla Bronja marque un temps de réflexion. Avant de répondre clairement: «Si je devais un jour changer de métier, il faudrait que ce soit pour quelque chose qui me permette de gagner à peu près autant qu’aujourd’hui.»

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