Depuis 15 ans, Christian Constantin partage la vie d’Emma Collombin, la fille de la légende du ski valaisan Roland Collombin, décédé vendredi à l’âge de 75 ans. Une relation qui n’avait pourtant pas été évidente à accepter pour l’ancien champion au début. Avec près de 30 ans d’écart entre Christian Constantin et Emma Collombin, Roland Collombin avait d’abord accueilli cette histoire avec une certaine méfiance. «J’espère qu’ils sont vraiment seulement de bons amis», avait-il alors lancé avec une pointe d’ironie.
Quelques années plus tard, la réalité était bien différente. Christian Constantin et Emma Collombin formaient bel et bien un couple, et les relations avec Roland Collombin s’étaient également apaisées. «Au début, Roland était un peu contrarié par notre relation. Pour lui, trente ans d’écart, c’était beaucoup. Mais avec le temps, les choses se sont arrangées et nous avons pu à nouveau rire ensemble en tant qu’amis», raconte le président du FC Sion.
«Emma a été extraordinaire avec son père»
Christian Constantin garde aussi une immense reconnaissance envers Emma Collombin pour son accompagnement durant les derniers mois de vie de son père. «Elle s’est énormément occupée de Roland lorsque son cancer s’est aggravé. Jusqu’au moment où elle a dû accepter, elle aussi, qu’il ne pouvait pas gagner ce dernier combat. Contrairement à tous ceux qu’il avait affrontés sur les pistes de ski.»
Car Roland Collombin était un combattant. Un homme qui avait défié les plus grandes pentes du monde, mais aussi un sportif aux talents multiples. Peu de gens se souviennent encore qu’il aurait également pu faire carrière dans le cyclisme. «Je l’ai rencontré pour la première fois quand j’étais petit garçon. Mon grand-père était alors président du club cycliste Excelsior à Martigny et il était l’un des meilleurs amis de Maurice Collombin, le père de Roland. Ensemble, ils organisaient des courses», se souvient Christian Constantin.
A cette époque, Oscar Plattner, surnommé le «professeur» du cyclisme suisse, repérait alors de jeunes coureurs capables de briller au plus haut niveau et de viser une médaille olympique. Robert Dill-Bundi allait notamment suivre cette voie en décrochant l’or aux Jeux de Moscou en 1980. «Roland était le plus rapide sur le kilomètre. Il aurait pu réussir dans le cyclisme, mais il aimait simplement davantage le ski. Pourtant, quand j’étais petit garçon, je l’ai d’abord connu comme coureur cycliste», raconte Christian Constantin.
«Du talent et de l’intuition à l’état pur»
Pour Christian Constantin, Roland Collombin était un athlète exceptionnel, guidé par son instinct. «C’était du talent et de l’intuition à l’état pur. Une véritable force de la nature! Il avait le physique parfait pour les sports où l’aérodynamisme joue un rôle important. C’est aussi pour cela qu’il était rapide à vélo. Mais sur la neige, il possédait quelque chose en plus: cette capacité à glisser comme personne d’autre. C’est ce qui explique pourquoi, à un si jeune âge, il a remporté autant de courses.»
Dans les années 1970, Roland Collombin était une véritable idole en Valais. Pour Christian Constantin, son aura dépassait même largement le cadre du ski. «Il était pour nous ce que Maradona représente pour l’Argentine. J’avais 15 ans lorsqu’il a remporté sa médaille d’argent aux Jeux olympiques. Bien sûr que j’étais un grand fan. Comme tout le monde ici.»
Le Valais a connu de nombreux grands skieurs, mais aucun n’avait la même personnalité que Roland Collombin selon le président du FC Sion. «Bernhard Russi, son grand rival, était l’homme sérieux. Roland, c’était le farceur, le bon vivant. Mais il était aussi profondément attaché à sa région. Il disait souvent qu’il voulait mourir chez lui, dans sa maison de Versegères.» Un souhait qui s’est réalisé vendredi dernier.
Des adieux à son image
Jeudi, le Valais dira au revoir à l’un de ses plus grands héros dans l’église du Châble. Une cérémonie qui ressemble déjà à Roland Collombin: simple, chaleureuse et organisée selon ses propres volontés.
«Là encore, c’est Roland qui a tout prévu», explique Christian Constantin. «Il souhaitait que Adolf Ogi prononce l’éloge funèbre. Et après les funérailles, une fête est prévue autour de l’église.» Une dernière célébration à l’image de l’homme qu’il était. «C’était simplement lui, ce Roland.»