C'est difficile de dire adieu de cette manière. De mettre de l'ordre dans ses pensées. De se souvenir d'une personne exceptionnelle, et de les partager.
Roland m’a encore appelé la semaine dernière. Tout à fait calme et serein! «Je n’en peux plus, je m’en vais!»
Puis, nous avons philosophé sur la vie pendant environ une demi-heure. Nous nous sommes remémorés à quel point certains moments avaient été extrêmes, difficiles, voire dangereux, et à quel point d’autres avaient été beaux, drôles et inoubliables.
Nous étions d’accord sur le fait que, dans la vie, pour être heureux et épanoui, ce sont les expériences vécues qui comptent, et non celles que l’on n’a pas vécues. Ce que la vie nous a offert, et non ce qui pourrait encore arriver.
Roland a vécu, il a tout expérimenté et n’a rien regretté. Il a toujours flirté avec les limites, n’aimant pas se laisser enfermer dans des structures ou des règles.
Sur les pistes de descente les plus difficiles du monde, il a établi de nouveaux records. Avec son style de glisse agressif et risqué, mais aussi avec son attitude «nonchalante» vis-à-vis de l’entraînement, de la préparation et de la discipline, il a presque poussé ses adversaires, moi y compris, ainsi que ses entraîneurs, au désespoir.
Roland a toujours été perçu différemment, catalogué, enfermé dans une image dans laquelle il se sentait certes à l’aise, qui lui plaisait, mais à laquelle il n’avait en réalité pas sa place.
Souvent, il était loin d’être aussi courageux que son style de glisse le laissait supposer. Il avait une peur panique des sauts. Il n’était pas aussi indiscipliné à l’entraînement que nous le croyions tous, mais rattrapait tout ce qu’il avait manqué chez lui, seul et à l’abri des regards.
Le Roland Collombin sauvage, dur et fou n’était pas aussi éloigné de la ligne idéale que le public aimait à le croire. Au contraire, c’était un homme très émotif et au grand cœur. Sa famille, ses amis et sa région natale comptaient plus pour lui que les médailles et les victoires.
C’est triste qu’il ne soit plus là. Nous aurions encore tant de choses à partager. Il n’a pas pu répondre à mon dernier appel, vendredi midi. Le chronomètre de sa dernière course décomptait hélas déjà les dernières secondes.
Adieu mon ami!