Les skieuses italiennes se recueillent à Crans-Montana
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Un mois après la catastrophe:Les skieuses italiennes se recueillent à Crans-Montana

Les courses débutent vendredi
L'émotion de l'équipe d'Italie de ski devant «Le Constellation»

Crans-Montana accueille la Coupe du monde de ski dans une atmosphère lourde. Entre silence, recueillement et volonté d’avancer, athlètes et habitants tentent de retrouver un semblant de normalité.
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Une minute de silence au centre de Crans-Montana.
Photo: keystone-sda.ch
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Mathias Germann

À première vue, tout semble normal à Crans-Montana. La neige tombe, les habitants achètent leurs croissants, les touristes se promènent en fourrure ou casque de ski vissé sur la tête. Bibi, une peluche de trois mètres mascotte de la station, est assise devant la patinoire centrale, skis pointés vers l’avant, large sourire figé. Tout est comme d’habitude. Ou presque.

Car non, rien n’est vraiment comme avant.

Vingt-sept jours ont passé depuis l’incendie dévastateur du bar «Le Constellation». Personne n’a oublié. Pas même maintenant que la Coupe du monde de ski fait son retour. Derrière Bibi, là où Corinne Suter et d’autres stars s’élancent habituellement au-dessus de la foule suspendues à des câbles d’acier pour le tirage au sort des dossards, le silence règne. Pas de fête, pas d’animation, pas de cérémonie. Toutes les festivités ont été annulées.

Mercredi, premier jour d’entraînement de la descente dames. Le départ est prévu à 10h30. Il sera repoussé. 11h. Puis 11h30. Le vent souffle trop fort. Finalement, le départ est abaissé, au niveau de celui du super-G. Pourtant, les athlètes étaient prêtes depuis 8h, au Mont Lachaux. Elles souhaitaient former un immense cœur, en hommage aux victimes et en signe de soutien aux blessés, aux familles et aux proches. Le vent en décidera autrement. 

La nouvelle star Malorie Blanc a grandi tout près

Aux alentours de 13h, l’entraînement prend fin. Les chronos importent peu: quatorze skieuses manquent une porte. Malorie Blanc, elle, s’en sort bien. Neuvième, elle est la plus rapide des Suissesses et savoure sa première course de Coupe du monde disputée quasiment à domicile. «J’ai pu dormir dans mon propre lit, je connais beaucoup de monde ici et j’adore ce parcours», confie-t-elle.

Malorie Blanc a grandi à Ayent, à seulement cinq kilomètres à vol d’oiseau. Elle connaissait le bar, sans jamais y être entrée. «Ici, tout le monde a une pensée pour les victimes et leurs familles. Les gens se serrent les coudes. En même temps, ils sont heureux que le monde du ski soit là. Si nous pouvons apporter un peu de joie, c’est important.»

Cornelia Hütter partage ce sentiment. La vainqueure de la Coupe du monde de descente 2024 dépasse elle aussi le simple cadre sportif. «Que je sois athlète ou non n’a aucune importance. Une tragédie pareille me touche en tant qu’être humain. Cela m’affecte profondément.» Selon l’Autrichienne, le ski n’est pas l’essentiel. Mais elle estime que «grâce à notre sport, nous pouvons peut-être apporter quelque chose de positif et montrer aux familles qu’elles ne sont pas seules».

Elena Curtoni connaissait une victime de l’incendie

Alors que les skieuses quittent l’aire d’arrivée, de nombreux journalistes redescendent vers le centre. Devant «Le Constellation», la fédération italienne a prévu un hommage. Plusieurs victimes étaient italiennes. La cérémonie débute à 15h30. Sous une neige épaisse, accompagnateurs et athlètes se rassemblent sur les lieux du drame.

Le chef d’équipe Gianluca Rulfi dépose des fleurs sur les escaliers en bois. Sofia Goggia, championne olympique, ajoute un fanion de la fédération. La façade du bâtiment est condamnée par des panneaux d’aggloméré, devant lesquels brûlent des bougies. Les athlètes forment un demi-cercle. Regards vides, visages fermés. Personne ne parle. Seule Sofia Goggia murmure quelques mots — peut-être une prière.

Cinq minutes plus tard, l’équipe reprend la direction des bus. Des journalistes italiens tentent d’obtenir des réactions. En vain. Elena Curtoni est particulièrement touchée. La skieuse de 34 ans connaissait Emanuele Galeppini, un jeune golfeur italien de 16 ans décédé dans l’incendie. Elle connaissait aussi ses parents. «Mon mari travaillait avec eux. Être ici est très difficile.» Se recueillir aide-t-il à se reconcentrer sur le sport? «Un peu. Mais une partie de mes pensées reste avec les familles.»

Peu à peu, la nuit tombe sur Crans-Montana. Bibi sourit toujours. La vie continue. D’une manière ou d’une autre. Et le monde du ski apporte, malgré tout, un semblant de normalité.

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