La débâcle. La honte. Un manque de mordant. Ces dernières semaines, les mots ont été durs pour décrire les Suissesses spécialistes de la vitesse.
Pendant que les hommes faisaient sombrer Adelboden et Wengen dans une liesse populaire, l’enthousiasme est retombé autour de Corinne Suter et de ses coéquipières avant les épreuves de descente et de super-G à Crans-Montana. Mais au fond, la question est simple: les Suissesses sont-elles réellement moins fortes que l’hiver dernier?
Les chiffres, d’abord
Après cinq descentes et trois super-G, la Suisse n’a toujours pas accroché le moindre podium. Les meilleurs résultats? Une 5e place pour Janine Schmitt à Zauchensee et une 6e pour Malorie Blanc à St-Moritz. Chez les spécialistes de vitesse, ce sont d’ailleurs les deux seules à avoir rempli les limites olympiques.
Dans une «Coupe des nations» fictive limitée à la vitesse, la Suisse pointerait à un triste 6e rang. Schmitt est 19e au classement de la descente, Blanc ne fait pas mieux que 16e en super-G. Pour une nation qui se voit comme une référence du ski, le bilan est clair: c’est insuffisant.
Des moyens… et des attentes
À part l’Autriche, aucune fédération ne dispose de ressources financières aussi importantes. Et avec la piste de vitesse d’été de Zermatt, Swiss-Ski profite aussi d’un avantage rare en matière d’infrastructures. Depuis cet hiver, le groupe de vitesse féminin est dirigé par Stefan Abplanalp. On le sent: l’équipe bouge, des choses changent. Mais le coach ne se cache pas: «Je ne suis pas satisfait non plus. Nous voulons et nous pouvons faire mieux.»
De son côté, l’entraîneur en chef Beat Tschuor appelle au calme: plusieurs leaders reviennent de blessure, et ne sont pas encore capables d’enchaîner à leur plus haut niveau. Quant aux jeunes, elles alternent encore entre bonnes courses et retours sur terre.
Et surtout, Beat Tschuor insiste qu'il ne servirait à rien de paniquer: «Notre staff a assez d’expérience pour ne pas croire qu’on peut forcer les choses avec un pied de biche.»
L’équipe a quand même réagi
Avant même le début de saison, Lara Gut-Behrami, Michelle Gisin et Corinne Suter ont été freinées par des blessures. La dernière nommée est revenue, mais loin de sa meilleure forme. L’hiver dernier, ce trio avait marqué 1559 points en vitesse, soit 82,4% du total suisse. Le reste de l’équipe n’avait apporté que 334 points.
Et pourtant, surprise: cet hiver, sans les trois stars, la Suisse a déjà engrangé 357 unités. Avec encore neuf courses de vitesse à disputer, tout n’est donc pas à jeter dans cette saison.
Mais les coups d’éclat restent rares
Ce constat n’efface pas les inquiétudes. Les résultats marquants de Schmitt et Blanc restent des exceptions. Beat Tschuor espérait clairement que l’absence des grandes têtes d’affiche allait faire de la place pour d’autres. Jusqu’ici, ce scénario ne s’est que rarement produit.
Malorie Blanc skie proprement, mais semble se mettre davantage de pression ces dernières semaines, au risque de perdre ce qui fait sa force: son côté relâché et naturel. Janine Schmitt, elle, avance par petites touches. Stefan Abplanalp résume le problème ainsi: «Ce qui manque, c’est une locomotive. Quelqu’un comme Marco Odermatt chez les hommes. Une skieuse qui assure et qui enlève de la pression aux autres. Là, beaucoup veulent trop bien faire.»
D’autres skieuses sont loin de leur meilleur niveau: Jasmine Flury, Joana Hählen, Priska Ming-Nufer et Delia Durrer. Les causes varient, entre forme du moment, confiance, et blessures qui ont freiné la progression.
Un souci plus profond
Derrière les résultats en berne, il n’y a pas seulement les absences ou un manque de prise de risque. Il y a aussi un problème structurel: la Suisse a des jeunes, des cadres… mais pas de «classe moyenne». Peu de skieuses entre 25 et 30 ans, ce qui crée un trou dans la pyramide.
Certaines ont été propulsées trop tôt, d’autres cantonnées à un rôle de skieuses «de second zone», avant de disparaître des radars. Stefan Abplanalp insiste: «Swiss-Ski veut former des gagnantes. C’est pour ça que certaines doivent passer par la Coupe d’Europe. Elles doivent y apprendre à gagner.»
Et à Crans-Montana?
Il ne faut pas s’attendre à des miracles. Ni victoires, ni podiums ne semblent vraiment réalistes à court terme. Mais ces derniers jours, les Suissesses ont pu s’entraîner en exclusivité sur la piste préparée spécialement en vue des Mondiaux 2027 à Crans-Montana. De quoi entretenir une petite lueur d'espoir. Mais une lueur bien fragile.