Comment se porte le HC Chaux-de-Fonds à quelques jours de la reprise en Swiss League? Quels sont les objectifs, quelles sont les ambitions? Le club se porte-t-il bien financièrement? Les partenaires locaux suivent-ils? Les Abeilles sont-elles prêtes à effectuer le saut vers la National League, même si les «nouveaux» Mélèzes ne sont pas encore opérationnels? Blick est allé poser toutes ces questions, et bien d'autres, à son président Olivier Calame, en poste depuis juin 2020.
«Nous voulons jouer les premiers rôles»
Le thème de discussion
Quatrième de la saison régulière, vainqueur de la Coupe de Suisse pour la deuxième année consécutive, et finaliste des play-off, battu par Sierre. Voici le bilan sportif de la saison 25/26 pour le HCC, qui a désormais un nouvel entraîneur, le technicien suédois Thomas Rhodin. Alors, qu'attendre des Abeilles cette saison? Et elles-mêmes, que veulent-elles atteindre?
La réponse d'Olivier Calame
Chaque président, chaque dirigeant a les mêmes ambitions, je ne vais pas être très original. Le niveau monte énormément en Sky Swiss League année après année et on le voit. Nous, ce que nous voulons chaque année, c'est jouer les premiers rôles. Iil y a en tout cas cinq ou six équipes qui ont la même ambition dans ce championnat et il y aura plusieurs candidats à la montée cette année encore. Il faudra se battre.
Nous voulons aussi donner du plaisir aux spectateurs, de l'ambiance, que les gens voient du beau hockey. Après, on fera le bilan à la fin de la saison. Mais oui, nous pouvons faire partie des équipes qui jouent en tête du classement.
Et si une promotion se présente, on la prendra. On démarre un championnat pour soulever la coupe. Les gars veulent aller loin et je ne vais certainement pas commencer à leur dire de tirer à côté! Si nous sommes promus à la fin de cette saison, ce sera magnifique. Et si nous n'y arrivons pas, nous ferons de nouveau une équipe compétitive la saison suivante pour jouer les premiers rôles.
«Il y a six ans et demi, le club était en faillite»
Le thème de discussion
Si le HCC a des ambitions sportives à court et à moyen terme, peut-il les assumer en coulisses? Quelle est la situation du club du point de vue financier?
La réponse d'Olivier Calame
La première chose à dire, c'est que le HCC se porte bien. Si on fait la rétrospective, nous entamons notre septième saison. Il y a six ans et demi, le club était en faillite. Aujourd'hui, c'est un club complètement sain. Et en six ans, nous avons disputé cinq finales et remporté quatre titres, avec notamment deux Coupes de Suisse.
Le club s'est développé et continue de grandir. Nous avons augmenté nos revenus de sponsoring de plus d'un million depuis ces six ans. Quand nous avons repris le club, nous avions environ 5000 followers. Aujourd'hui, tous réseaux confondus, nous sommes à plus de 50'000. Cela fait partie de la professionnalisation du club.
Il y a plein de choses qui ont évolué et plein de choses qui doivent encore évoluer. C'est un travail de fond. Nous étions un club et maintenant, nous sommes une entreprise. Qui plus est, une entreprise rentable.
«Nous n'avons aucun mécène»
Le thème de discussion
L'économie horlogère ne vit pas la meilleure période de son histoire. Le HCC en souffre-t-il? Ses partenaires sont-ils victimes de la crise? Peuvent-ils se montrer frileux et se recentrer sur leur corps de métier plutôt que sur le sponsoring?
La réponse d'Olivier Calame
Frileux, nos partenaires? Non, vraiment pas. Ils sont derrière nous. Il y a évidemment des moments un peu plus compliqués que d'autres. Quand certains partenaires souffrent un peu, nous jouons le jeu avec eux et nous essayons de leur proposer des prestations en rapport, sans les laisser tomber. Cela va dans les deux sens. Eux ont joué le jeu quand nous n'allions pas bien et aujourd'hui, nous faisons la même chose. Et lorsque certains baissent un peu leur contribution, nous arrivons à en retrouver d'autres.
Nous sommes donc à des niveaux quasiment stables. Il y a un véritable engouement populaire et une belle solidarité autour du club, qui nous fait extrêmement plaisir. Les abonnements fonctionnent également bien et cela fait quatre ans que nous évoluons autour d'un niveau très élevé de places vendues.
Mais il n'y a que dans le dictionnaire que le résultat vient avant le travail. Chaque année, il faut remettre le couvert, convaincre et repartir.
Ce qu'il est important de préciser, je pense, c'est que nous avons beaucoup de sponsors, mais aucun mécène. Ce n'est pas notre modèle de fonctionnement.
Un conseil d'administration «au service du club»
Le thème de discussion
Qui décidé au HCC? Comment est structurée la direction?
La réponse d'Olivier Calame
Notre conseil d'administration, que j'ai recréé lorsque nous avons repris le club, est complètement bénévole. Avec une idée très claire: chacun doit apporter ses compétences.
J'avais fixé plusieurs critères. Le premier, c'est que personne ne vient là pour sa gueule, pardonnez-moi du terme. Nous ne sommes que de passage. Nous sommes là pour servir le club. Il n'y a que le club qui reste.
Nous avons donc cherché les bonnes personnes aux bons endroits: quelqu'un issu d'une fiduciaire pour les finances, le chef du SIS des Montagnes neuchâteloises pour tout ce qui concerne la sécurité, un patron d'entreprise de catering pour ce domaine ou encore un ingénieur en construction pour le projet de patinoire.
En ce qui me concerne, je suis le répondant pour le secteur sportif, dont la direction est confiée à Loïc Burkhalter. Je n'ai surtout pas la prétention de tout savoir. Pour moi, la seule compétence qu'un chef doit avoir, c'est de savoir s'entourer de gens compétents et de les faire fonctionner ensemble.
«Aujourd'hui, nous avons plus de 350 gamins dans l'Académie»
Le thème de discussion
Comment se porte le secteur juniors?
La réponse d'Olivier Calame
Nous sommes repartis de tellement loin. Il y a toujours une corrélation entre les performances de la première équipe et l'intérêt des jeunes. Nous avons connu des années noires avec la première équipe et les enfants se sont désintéressés du club. Mais avec les succès de ces dernières années, nous explosons complètement.
Dans le cadre de l'Académie, nous avons même intégré deux clubs, Le Locle et Les Ponts-de-Martel, qui n'avaient plus les ressources nécessaires pour maintenir un mouvement junior. Cela nous permet également de bénéficier de patinoires supplémentaires.
Tous les enfants portent désormais le même maillot. Et cela nous a permis d'inscrire des équipes dans toutes les catégories afin que chacun puisse jouer à son niveau. Cela ne sert à rien d'avoir des gamins au bout du banc qui passent leur temps à faire de la figuration.
Aujourd'hui, nous avons plus de 350 enfants dans l'Académie. Nous avons également une école de hockey dont nous avons dû limiter le contingent à 65 enfants pour que cela reste gérable. Il y a une énorme implication et même cinq joueurs de la première équipe qui participent au projet. Ils prennent les minibus et vont entraîner des équipes aux Ponts-de-Martel, par exemple.
Il y a une vraie solidarité dans le club. C'est vraiment une belle famille. Et nous reconstruisons également au niveau sportif. Nous avons réussi à faire remonter les U16 en élite il y a deux ans et ils se sont maintenus la saison dernière. Mais c'est un challenge chaque année.
«On ne peut pas rivaliser avec les salaires, mais nous offrons de la sécurité»
Le thème de discussion
Comment le HCC construit-il son équipe? A-t-il les moyens de proposer des salaires compétitifs?
La réponse d'Olivier Calame
Ce n'est clairement pas au niveau des salaires que nous arrivons à rivaliser avec certains clubs. Nos joueurs ne sont bien sûr pas bénévoles, mais disons que ce qui compte, c'est la sécurité de recevoir son salaire plutôt que le montant de celui-ci. Au HCC, on dépense l'argent que l'on a. Cela signifie que lorsque nous prenons un engagement, le 30 du mois, le salaire arrive. C'est déjà une première chose importante.
Ensuite, il y a cet esprit de famille. Loïc Burkhalter a été joueur, c'est un homme d'équipe et nous maintenons vraiment cet état d'esprit. Nous créons des événements. Une fois par année, tous les joueurs viennent chez moi avec leurs familles. Le conseil d'administration s'occupe des grillades et nous passons simplement une journée ensemble.
Il y a une identité et un lien fort qui nous unissent. Et puis, il y a aussi les résultats. Aujourd'hui, intégrer une équipe qui joue les premiers rôles et qui peut permettre à un joueur de se battre pour un titre, c'est intéressant sportivement.
La nouvelle patinoire: «Le projet va clairement de l'avant»
Le thème de discussion
Où en est le projet de nouvelle patinoire?
La réponse d'Olivier Calame
Nous sommes arrivés à la fin de la mise à l'enquête. Il y a deux oppositions, mais elles ne sont pas liées au projet lui-même. Elles concernent essentiellement des questions de mobilité, avec l'ATE et Pro Velo. Il y aura des discussions avec eux, mais le projet va clairement de l'avant.
Dans les faits, le début des travaux est prévu à la fin de cette saison 2026-2027. Nous allons procéder à une rénovation en cours d'exploitation et nous serons impactés pendant trois saisons.
Il y aura forcément une incidence sur la capacité, mais nous avons réussi à trouver des solutions pour que tous nos abonnés puissent continuer à assister aux matches. Nous allons notamment installer une infrastructure parallèle à côté, avec une sorte de fan zone, pour pouvoir prendre toute notre communauté avec nous.
Les feux sont donc au vert. La fondation regroupant la Ville et les acteurs concernés sera le maître d'ouvrage. Elle est désormais créée et les prochaines étapes administratives vont suivre. C'est réjouissant. C'est un magnifique projet.
«Le scénario idéal? Inaugurer la patinoire et monter»
Le thème de discussion
Quel serait le timing idéal pour monter en National League? L'horizon 2030, afin d'arriver dans l'élite avec la nouvelle patinoire?
La réponse d'Olivier Calame
Le scénario idéal, ce serait évidemment d'inaugurer la nouvelle patinoire et de fêter une promotion en même temps. Mais cela ne veut absolument pas dire que nous allons attendre jusque-là pour essayer de monter! Si nous pouvions inaugurer la nouvelle patinoire avec une promotion, ce serait un magnifique cadeau. Mais si la promotion arrive cette année, nous la prendrons.
Nous avions d'ailleurs établi notre stratégie en pensant que nous serions déjà plus haut. Nous avons peut-être été un peu naïfs au moment de reprendre le club, parce que nous pensions que le projet avancerait plus rapidement.
Mais tout ce que nous avons mis en place pour assainir le club et le développer avait aussi pour objectif d'être prêts le moment venu. Si une possibilité de monter se présente, nous devons être capables de la saisir.
«Le hockey suisse a besoin d'une Swiss League forte»
Le thème de discussion
L'élection de Marc Lüthi à la présidence du hockey suisse devrait s'accompagner de réflexions concernant la Sky Swiss League. Le président du HCC estime-t-il que le dernier de National League devrait être relégué automatiquement, surtout s'il est le même cinq années de suite? Comment faire pour rendre la deuxième division attractive?
La réponse d'Olivier Calame
La première chose, c'est que je n'ai absolument rien contre Ajoie. Et je ne veux juger aucun club individuellement. Mais il faut prendre de la hauteur et se demander ce qui est le mieux pour le hockey suisse. Mon sentiment, c'est que pour le produit National League, ce n'est pas bon d'avoir toujours un club qui termine dernier, il faut se poser la question. En termes de produit et d'attractivité, il faut peut-être amener autre chose.
Mais nous sommes tous responsables de la situation actuelle. Lorsque nous avons décidé de passer à 14 équipes pendant le Covid, nous avons tous fait l'erreur de ne pas programmer un retour à 12. Aujourd'hui, on ne peut pas reprocher à un club, en l'occurrence Ajoie, de vouloir rester en haut: il a investi, il a mis de l'argent et nous aurions probablement la même position à sa place.
Mais je suis convaincu que dans n'importe quel sport, il doit y avoir une première et une deuxième division professionnelles fortes. Les deux doivent être solides pour permettre au sport de briller.
La Sky Swiss League progresse énormément. Quand je challenge mes collègues de National League, je leur dis parfois que leurs directeurs sportifs ne doivent pas avoir le même discours que leurs CEO. Parce que certains dirigeants disent qu'il n'y a qu'eux qui comptent, mais regardez le nombre de jeunes joueurs que les directeurs sportifs de National League y placent!
Si elle était si mauvaise, pourquoi y enverraient-ils leurs joueurs? Un jeune qui est quatrième ou cinquième bloc et qui joue trois ou quatre minutes par match ne va pas progresser. Il a besoin de temps de jeu et il doit jouer avec des adultes.
Cette idée du championnat U23 était une bêtise monumentale. Un joueur qui n'a pas percé à 21 ans ne va pas soudainement exploser à 23 ans parce qu'il joue uniquement contre des gamins. Les jeunes doivent jouer avec des adultes.
C'est aussi pour cela qu'il faudrait davantage valoriser la Sky Swiss League. Le niveau monte énormément, clairement. Et nous avons besoin des médias pour le mettre en valeur. Et nous, continuer à travailler et à progresser de notre côté. C'est tout un éco-système qui doit évoluer ensemble, parce que nos concurrents, ce ne sont pas les autres clubs entre nous. Nos concurrents, c'est le football, le volley ou les autres sports et loisirs. Nous devons faire progresser notre produit pour qu'il prenne de la valeur. Ensemble.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
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