«C'était le bon moment»
Pourquoi Colin Miller a troqué la NHL pour la Suisse et le Lausanne HC

Le Canadien de 33 ans a disputé 635 matches en NHL. À une semaine du coup d'envoi de la saison, Colin Miller raconte pourquoi il a choisi Lausanne. Son entraîneur Geoff Ward, lui, prêche la patience.
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Colin Miller (No 6) a joué avec Nino Niederreiter (au centre) à Winnipeg.
Photo: keystone-sda.ch
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Il a marqué le premier but de l'histoire des Golden Knights en finale de Coupe Stanley. Il détient encore l'un des tirs les plus violents jamais mesurés en Amérique du Nord, et il a passé onze saisons à se battre pour sa place dans la meilleure ligue du monde. À 33 ans, Colin Miller a choisi Lausanne. Pas pour finir, insiste-t-il: pour rejouer.

Le Canadien débarque avec un C.V. qui force le respect. 635 matches en NHL, play-off compris, 198 points, six franchises: Boston, Vegas, Buffalo, Dallas, New Jersey, Winnipeg. Repêché en cinquième ronde par Los Angeles en 2012, il rejoint les Bruins dans l'échange qui envoie Milan Lucic sur la côte Ouest en 2015.

À bonne école

C'est là, dans une équipe tenue par Zdeno Chara, Patrice Bergeron et Brad Marchand, qu'il apprend le métier. Son nouvel entraîneur ne l'a pas oublié. «Il vient d'une bonne école, résume Geoff Ward, qui officiait à Boston juste avant son arrivée. Il a grandi dans ce vestiaire-là, avec ces gars-là. En matière de leadership et de culture, ce sont des références. On savait qu'il avait été formé de la bonne manière et qu'il nous aiderait sur ce plan.»

Le sommet de sa carrière porte un nom: Vegas. Saison inaugurale 2017-18, 41 points en 82 matches, une épopée jusqu'en finale de la Coupe Stanley et ce but inscrit le 28 mai 2018, le premier de la franchise à ce stade. Ajoutez un titre mondial avec le Canada en 2021 et un record du tir le plus puissant en AHL, à près de 170 km/h. Il a tout d'un joueur offensif, spectaculaire.

Sauf que la NHL a lentement rétréci son rôle. Buffalo, Dallas, New Jersey, Winnipeg: à chaque étape, il a dû défendre davantage et créer moins. La saison dernière, il n'a disputé que 18 matches avec les Jets. À 33 ans, on finit par se demander à quoi ressembleront les trois prochaines années. «Je pense que ma situation en NHL aurait été à peu près la même que ces dernières saisons, glisse-t-il. Peut-être, peut-être pas. Mais c'était le bon moment pour moi de faire la transition ici. Et la vie de famille est tellement plus simple: rentrer tous les soirs auprès de ma femme et de mes enfants, c'était très important.»

La décision est tombée juste après la fin de la saison. La traversée de l'Atlantique s'est faite avec toute la famille dans l'avion. «On a fait le vol ensemble, sourit-il. J'espère qu'on n'aura pas à le refaire trop souvent (rires).» Le réseau suisse a fait le reste. Colin Miller a côtoyé Nino Niederreiter, Jonas Siegenthaler et Nico Hischier, et le sujet revenait régulièrement dans les vestiaires. «Je savais que le hockey était très bon ici, reconnaît-il. Je ne connaissais pas grand-chose du pays. Mais c'était toujours un sujet de discussion là-bas.»

Suivi depuis plusieurs années

Amusant détail: Niederreiter, actionnaire du HC Coire en Swiss League, n'a jamais tenté de le recruter. «Ce n'est pas une conversation qu'on a eue, rigole le Canadien. Il a peut-être raté son coup.» Colin Miller sait évidemment que son ancien coéquipier n'aurait jamais eu le culot de lui tendre une offre pour venir jouer dans les Grisons. «Et Nino a beaucoup de choses à faire», pouffe le nouveau Lion.

John Fust, lui, le suivait depuis plusieurs années. Le directeur sportif lausannois voit un défenseur solide, capable de stabiliser une paire et de peser dans le vestiaire. Miller ne cache pas ce qu'il est venu chercher: du temps de glace. «La plus grande différence, ce sera j'espère l'opportunité, explique-t-il. Elle devrait être bien plus grande ici qu'en NHL. J'espère pouvoir jouer un hockey complet, offensif et défensif. Être responsable des deux côtés de la patinoire, c'est important pour moi.»

Geoff Ward ne dit pas autre chose, avec une nuance de taille: pas de précipitation. «Il est arrivé en NHL comme un défenseur offensif, puis il a dû modifier son rôle au fil des années. Ça a fait de lui un défenseur plus complet. On peut donc le faire jouer avec beaucoup de monde et dans beaucoup de situations. Il a toujours été bon en supériorité numérique, mais il a aussi appris à défendre.»

Puis l'avertissement: «Il lui faudra un peu de temps pour s'habituer à la taille de la patinoire. On l'encourage à se donner ce temps. On ne va pas le forcer à jouer d'une manière dans laquelle il n'est pas à l'aise.»

Reste l'adaptation. Le staff nord-américain du LHC, Geoff Ward en tête avec Cory Emmerton à ses côtés, adoucit forcément l'atterrissage. La présence d'un vétéran de NHL, Cristobal Huet, est également un facteur qui diffère à Lausanne par rapport à certains autres clubs, notamment Genève ou Fribourg, plus scandinaves. L'intéressé refuse de comparer: il n'a pratiquement connu que des entraîneurs nord-américains. «Plus vite un joueur se sent à l'aise, mieux c'est», tranche-t-il. Sur ce point, le principal concerné est catégorique: la transition est derrière lui. «C'est en place, donc tout va bien. C'est un environnement très différent, un nouveau pays, une nouvelle langue. Mais on s'amuse beaucoup.»

À une semaine de la reprise et de la réception de Zoug, le 15 septembre, le Lausanne HC, toujours en quête du premier titre de son histoire, tient un défenseur droitier de 33 ans qui n'a plus rien à prouver en NHL et tout à démontrer en National League. Geoff Ward résume l'ambition sans emphase: «On veut qu'il trouve sa place là où il peut mettre ses qualités en valeur et devenir un vrai leader.»

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