En play-off, Geoff Ward est un homme de peu de mots. Une fois que la période la plus importante débute pour son LHC, le coach canadien raccourcit parfois ses réponses, comme ça a par exemple été le cas à Langnau au printemps dernier.
Blick a donc profité des derniers jours avant le début de la série Genève - Lausanne pour s'entretenir longuement avec le technicien des Lions. Assis sur le banc de la Vaudoise aréna, il a répondu sans détour à toutes nos questions (sauf une). Un moment sympathique, avant que ne commencent les choses sérieuses.
Geoff, est-ce que les play-off sont la meilleure période de l'année?
Oui, absolument. Pour moi, tu joues la saison régulière pour avoir l'opportunité de disputer les play-off. Le vrai hockey commence à ce moment-là.
Est-ce que tu changes quelque chose dans ta routine avant les play-off?
Non, rien du tout. On fait les mêmes choses tous les jours, encore et encore, donc ça ne change pas. Ça facilite la tâche du staff, des joueurs, de tout le monde. Juste qu'on ne se rase pas, c'est tout (sourire).
Quel est le meilleur souvenir de ta carrière de coach?
Oh, il y en a beaucoup. Je pense que mes meilleurs souvenirs sont liés aux relations que j'ai construites avec les gens avec qui je travaille. J'ai eu beaucoup de très bons souvenirs en termes d'accomplissements d'équipe, comme gagner la Coupe Stanley. Mais ce que je valorise le plus, ce sont les relations avec les joueurs et les coaches. Pour moi, c'est le plus important. Et j'ai probablement plus de moments forts là que sur le reste.
Mais quand même, soulever la Coupe Stanley, c'est quelque chose. Que te rappelles-tu de ce 15 juin 2011?
Je me souviens que notre équipe était prête. Il n'y avait aucun doute, on savait presque qu'on allait gagner. On a ressenti ça après l'acte VI à domicile. Quelqu'un a dit quelque chose dans le vestiaire après cette victoire, et on a emmené ça avec nous dans l'avion pour le match VII. Il y avait ce sentiment dans le groupe qu'on allait gagner. C'était une équipe confiante, mais pas arrogante. Juste une équipe qui croyait en sa manière de jouer. On savait que si on jouait comme toute l'année, on allait gagner. Et c'est exactement ce qui s'est passé.
Quel est le meilleur conseil que tu aies reçu dans ta vie?
Oh… il y en a eu tellement. C'est une question difficile. Un conseil que j'ai reçu jeune: «L'équipe la plus importante, c'est celle que tu entraînes actuellement.» Quelqu'un m'a aussi dit: «Ton travail de coach, c'est de rendre les joueurs meilleurs en tant que personnes. Si tu y arrives, tu as une chance d'en faire de meilleurs joueurs.» Il y a tellement de choses comme ça qui façonnent ta philosophie. J'ai eu de la chance de travailler avec de très bonnes personnes, et j'ai appris tous les jours.
Quel est ton premier souvenir de la Suisse?
Je me souviens que j'ai trouvé Lausanne très beau. Je suis arrivé de nuit, donc je ne l'ai vraiment vu que le lendemain. Mais surtout, je me souviens de notre premier match: les tribunes étaient assez vides. Je me rappelle m'être dit: «Si on arrive à remplir cette patinoire, ça peut devenir incroyable.» Et c'est ce qui s'est passé. On sentait déjà la passion des fans. Il suffisait d'une étincelle.
Le Lausanne HC, à ce moment, était au début d'une phase de reconstruction. Pourquoi avoir accepté le défi?
Avec Peter (ndlr: Andersson, son assistant), on a vu beaucoup de choses positives. La ville est magnifique, la qualité de vie est élevée, les infrastructures sont excellentes, du niveau de la NHL. Tout est là pour les joueurs: la glace, la salle de musculation ou tout autour du club. Le propriétaire est très impliqué, passionné, il voit l'équipe comme une famille. Et il y avait du potentiel dans l'équipe. Avec quelques ajustements, on pouvait s'améliorer.
Quelle est la différence la plus marquante entre l'Amérique du Nord et l'Europe?
Le rythme de vie. En Amérique du Nord, c'est plus intense, plus rapide. Les gens vivent pour travailler. Ici, c'est presque l'inverse: on travaille pour vivre. C'est quelque chose que j'aime beaucoup.
Et toi, après trois ans, est-ce que tu as un peu changé de ce côté-là à force de vivre en Suisse?
Dans le métier de coach, tu dois énormément travailler. Si tu ne le fais pas, tu ne peux pas vraiment vivre de ça. C'est ancré en moi depuis le début. Avec l'âge, j'aimerais profiter un peu plus de l'autre côté. Mais tu ne veux jamais perdre ce qui t'a permis de réussir.
Si quelqu'un te suivait pendant une semaine avec une caméra, qu'est-ce qui le surprendrait?
Les gens pensent que je suis fermé, très sérieux. C'est certes le cas au travail. Mais s'ils passaient une semaine avec moi, ils verraient l'inverse. J'aime m'amuser, rire, être avec les gens.
Tu as d'ailleurs trouvé un nouveau QG depuis la fermeture du Zodiac?
Non, pas encore (rires). Je suis assez loyal et j'ai encore l'espoir que ça rouvre. Mais le navire a levé l'ancre et ça a l'air d'être bel et bien fini.
Quel est ton meilleur souvenir à Lausanne?
Chaque équipe a son histoire. Mais voir la progression des joueurs sur les trois dernières saisons, voir un noyau se former, apprendre à gagner ensemble, atteindre des finales… Voir les joueurs réaliser leur potentiel et s'apprécier en tant que personnes. Tout ceci est spécial. Ils ne sont pas juste un groupe, ils deviennent une vraie équipe. Et ça, ça n'arrive pas partout.
Et le pire?
Quand tu perds le dernier match de la saison, ce n'est jamais une bonne chose. Donc l'acte VII face à Zurich en finale. Mais je ne le vois pas seulement négativement. Il faut apprendre à perdre pour pouvoir gagner au final. Ça peut servir de tremplin.
Quels joueurs t'ont le plus marqué à Lausanne?
Il y en a tellement… Mais avant tout, ce sont de bons gars. Ça change tout. Je ne peux pas en choisir un ou deux. J'ai créé beaucoup de relations fortes. C'est sympa de pouvoir considérer certains comme des amis en dehors de la glace et de rester en contact. J'ai pu me construire une très belle vie ici à Lausanne grâce à eux.
Quel joueur serait le plus à même de coacher l'équipe pour un seul match?
Oh, bonne question (il réfléchit longtemps). Certains seraient trop silencieux, d'autres tout l'inverse. Théo Rochette pourrait être un bon candidat, il a dû batailler à plusieurs reprises dans sa carrière. Lawrence Pilut aurait aussi été capable de le faire, tout comme Christian Djoos. Ken Jäger et Joël Genazzi aussi. Il y a pas mal de candidats et j'adorerais voir certains le faire (sourire).
Et lequel serait un désastre?
(rires) Je ne vais pas leur faire ça. Mais j'en ai déjà cinq en tête… Ce serait plus facile pour moi de nommer des gars dans cette catégorie que dans l'autre.
Tu pensais rester aussi longtemps en arrivant en 2022?
Je l'espérais. J'ai vite vu le potentiel et j'ai aimé l'environnement. J'ai rapidement remarqué que si j'avais l'opportunité de rester longtemps, je le ferais.
Tu as été élu deux fois coach de l'année. Qu'est-ce que ça représente pour toi?
C'est davantage un reflet de l'équipe – c'est même une récompense collective. Si tu es reconnu, c'est grâce à ton groupe, à son travail et à sa cohésion. Il y a beaucoup de bons entraîneurs en Suisse, mais pas autant de bons groupes. Les grandes équipes font paraître les coaches meilleurs.
Qu'est-ce qui te manque le plus d'Amérique du Nord?
En tout premier lieu ma famille. Et parfois, certaines nuits, je pense à la nourriture. La première chose que je fais quand je rentre, c'est d'aller directement chez Chipotle (ndlr: une chaîne de fast-food) et de commander un grand bol de viande. Un truc est sûr, la neige ne me manque pas (rires).
Où te vois-tu dans cinq ans?
J'espère encore ici, à Lausanne.
Et dans dix?
Aussi! J'aimerais pouvoir arrêter quand je le déciderai, en bonne santé, et profiter de la nature: chasse, pêche, golf… et surtout, vivre dans un pays où j'aurai toujours accès aux matches de NHL (rires).
Quand tout sera fini, qu'aimerais-tu que tes joueurs disent de toi?
Qu'ils ont pris du plaisir et qu'ils sont devenus meilleurs comme joueurs et comme personnes. Ça serait bien assez pour moi.
Qu'est-ce qui te manquera le plus?
D'être avec les gars tous les jours.
Et le moins?
Rentrer tard la nuit après les déplacements.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | HC Davos | 52 | 71 | 117 | |
2 | HC Fribourg-Gottéron | 52 | 46 | 100 | |
3 | Genève-Servette HC | 52 | 15 | 91 | |
4 | ZSC Lions | 52 | 32 | 91 | |
5 | HC Lugano | 52 | 30 | 89 | |
6 | Lausanne HC | 52 | 18 | 85 | |
7 | Rapperswil-Jona Lakers | 52 | -4 | 81 | |
8 | EV Zoug | 52 | -19 | 75 | |
9 | SC Berne | 52 | -10 | 68 | |
10 | EHC Bienne | 52 | -22 | 67 | |
11 | SCL Tigers | 52 | -7 | 64 | |
12 | EHC Kloten | 52 | -26 | 63 | |
13 | HC Ambri-Piotta | 52 | -49 | 59 | |
14 | HC Ajoie | 52 | -75 | 42 |

