La Fédération suisse de hockey sur glace (SIHF) aurait payé 80'000 francs au cabinet d'avocats Niederer Kraft Frey pour faire la lumière sur l'affaire Patrick Fischer. Le rapport d'enquête est disponible depuis fin août. Mais personne ne doit le lire, puisque le conseil d'administration a décidé de ne pas le publier. «Ni intégralement ni partiellement, pas même sous forme d'extraits», affirme-t-on au siège de la SIHF, où l'on invoque «les droits à la vie privée, la protection des données et les dispositions du droit du travail».
Mais certaines sources l'affirment: 80'000 francs ou pas, le rapport ne contiendrait pas grand-chose. À l'exception de l'ancien sélectionneur de l'équipe nationale Patrick Fischer, personne au sein de la fédération n'aurait commis de manquement, selon ce rapport.
Qui a informé qui, et quand?
Sauf que selon d'autres personnes non autorisées à s'exprimer publiquement sur son contenu, celui-ci contient bel et bien des déclarations explosives qui contredisent la première version. L'ancien directeur des équipes nationales Lars Weibel et le chef de la communication Finn Sulzer ont déclaré aux avocats qu'ils avaient su très tôt que des journalistes de la SRF étaient au courant de la condamnation de Fischer. Et qu'ils l'avaient immédiatement signalé.
Le 18 mars, lors d'un repas, Patrick Fischer a révélé à une équipe de la télévision alémanique qu'il avait été condamné et qu'il s'était rendu aux Jeux olympiques de Pékin avec un certificat Covid falsifié. Le 19 mars, Finn Sulzer aurait informé Lars Weibel, qui aurait mis le CEO de la Fédération Martin Baumann au courant le même jour.
Le dirigeant a pour sa part déclaré aux avocats qu'il n'avait rien su pendant la majeure partie du temps. Il n'aurait été informé que le 13 avril, le jour où la SRF a officiellement demandé une prise de position à la fédération. Parole contre parole. Qui dit vrai?
Pour Martin Baumann, le reproche selon lequel il aurait tout gardé pour lui pendant près d'un mois arrive au mauvais moment. Le CEO est dans le viseur, car plusieurs personnes lui reprochent la mauvaise ambiance et la forte rotation du personnel au siège de la fédération. L'ancien président Urs Kessler, qui a démissionné début juin, au lendemain du Mondial à Zurich et Fribourg, voulait le licencier, car il ne serait notamment pas à la hauteur dans les domaines des finances et de la gestion du personnel, manquerait de capacité décisionnelle et se cacherait trop souvent derrière le conseil d'administration. Sauf que celui-ci a rejeté le licenciement de Martin Baumann.
Qu'a-t-on dit au téléphone?
Un point est incontesté dans l'affaire Fischer: l'ancien président Urs Kessler n'a appris que le 13 avril le comportement fautif de son sélectionneur. L'information est donc restée bloquée quelque part pendant près d'un mois. Martin Baumann aurait été l'homme qui devait informer Urs Kessler – s'il était effectivement au courant. Selon nos informations, le rapport d'enquête ne répond pas à cette question. En revanche, un bref entretien téléphonique entre Lars Weibel et Martin Baumann le 19 mars est le seul élément établi. Une brève conversation suffit-elle pour informer le supérieur de l'affaire Fischer? Y a-t-il éventuellement eu un autre canal de communication, comme un e-mail ou un message WhatsApp? Ou une rencontre?
Blick a demandé à Martin Baumann et à la SIHF de prendre position. Aucune réponse n'a été donnée aux questions concrètes. L'enquête «a été menée dans le but de classer de manière compréhensible les événements et les processus, de clarifier les responsabilités et d'identifier d'éventuelles faiblesses structurelles dans la gouvernance, la compliance et la communication interne. Il ne s'agit ni d'une procédure pénale ni d'une expertise forensique approfondie de l'ensemble des dossiers et des données. Les entretiens et les déclarations ont été effectués sur une base volontaire», nous a-t-on répondu. «Nous prenons acte du fait que des contenus prétendument issus de cette enquête administrative circulent désormais. Nous ne commentons ni l'authenticité ni le contenu de telles présentations.»
Lars Weibel garde lui aussi le silence
On ne sait toujours pas qui dit la vérité. Au moment de l'enquête, Lars Weibel avait déjà signé comme directeur sportif du HC Ambri-Piotta. Après sept ans à la SIHF, il n'avait donc plus d'emploi au sein de la fédération à sauver. Mais il avait une bonne réputation à perdre. Contacté, il ne veut pas commenter l'enquête de Blick.
Finn Sulzer était présent lorsque Patrick Fischer a servi l'histoire à la SRF sur un plateau d'argent. Le fait qu'il ait impliqué Lars Weibel très tôt est incontestable. Sa déclaration laisse également entendre que Martin Baumann aurait été au courant avant le 13 avril. Selon des sources informées, le CEO le nie toutefois avec véhémence.
Lars Weibel est parti, Martin Baumann et Finn Sulzer occupent toujours leurs postes à la SIHF. Quelle est la motivation de la fédération, maintenant que le nouveau président Marc Lüthi cherche à faire toute la lumière sur cette affaire? Et quelle est la solidité d'un CEO qui soit retient des informations explosives, soit n'est pas informé par ses propres collaborateurs? Le rapport est gardé sous clé à Glattbrugg, avec lui deux versions qui s'excluent mutuellement et, avec elles, toute une série de questions en suspens. Pour le moment. Jusqu'à ce que les prochains détails filtrent.