Il s’agit de la plus grande révolution qu’ait connue le football ces dernières années: l’introduction de l’assistance vidéo à l’arbitrage, le fameux VAR. Le système a été testé pour la première fois en septembre 2016, lors d’un match de Coupe des Pays-Bas. Dix ans après ses débuts, le VAR continue de susciter les débats et de créer des tensions.
Les récents événements liés à la Coupe du monde en Amérique du Nord ont encore alimenté la polémique. A cela s’ajoute le fait que l’arbitre vidéo se voit attribuer de plus en plus de compétences. Depuis cette saison, il peut notamment vérifier et annuler un deuxième carton jaune entraînant une expulsion, ou encore intervenir en cas de corner accordé à tort.
Un expert tire la sonnette d'alarme
Urs Meier, expert chez Blick et ancien arbitre international, porte un regard critique sur cette évolution. «La FIFA souhaite éliminer autant que possible les erreurs d’arbitrage et faire progresser la technologie, notamment grâce à l’intelligence artificielle.» Selon lui, les arbitres ont ainsi de moins en moins d’influence sur le déroulement d’un match. «Est-ce vraiment la bonne voie? Je ne le crois pas. Seul un être humain qui possède une connaissance approfondie du football et une bonne compréhension de la nature humaine peut diriger un match», estime Urs Meier.
L’ancien arbitre international est convaincu que cette évolution n’a pas encore atteint ses limites. Après tout, des sommes considérables continuent d’être investies dans la technologie. La Fédération allemande de football (DFB) va ainsi transférer son centre VAR de la «cave» de Cologne vers le campus de la DFB à Francfort, dans des locaux six fois plus grands. Ce n’est pas un hasard. «Un jour, même un coup franc devant la surface de réparation sera vérifié à l’écran», affirme Urs Meier.
«La vidéo n’est pas synonyme de perfection. Mais cet outil nous permet de nous en approcher de très près», déclarait l’Italien Pierluigi Collina, responsable de l’arbitrage à la FIFA, après la première utilisation du VAR lors de la Coupe du monde 2018 en Russie. Après des débuts prometteurs, le système a toutefois évolué dans la mauvaise direction. «Le VAR a été introduit en quelque sorte comme un airbag pour les arbitres», explique Urs Meier. «Mais dans ce cas, il doit fonctionner à 100%, et pas seulement six fois sur dix.»
Pour l’ancien arbitre de haut niveau, une chose est donc claire: «Le VAR n’est pas le sauveur du football. Ce sport n’est pas devenu plus juste. Les discussions qui ont eu lieu pendant la Coupe du monde et après… c’est incroyable.»
Interprétations divergentes des règles
Urs Meier n’avait encore jamais vu l’International Football Association Board (IFAB), l’instance chargée des règles du football, intervenir une semaine seulement après la fin d’une Coupe du monde pour corriger une mauvaise interprétation du règlement dans l’affaire Breel Embolo.
«D’une manière générale, les règles n’ont pas été correctement appliquées lors de cette Coupe du monde. Il a fallu attendre 100 matches pour se rendre compte de ce qui n’allait pas dans le cas de l’Argentine», estime Urs Meier, qui a arbitré lors des Coupes du monde 1998 et 2002, notamment une demi-finale. «Pour une retenue qui vaut normalement un carton jaune, on n’a même pas distribué d’avertissement. On a laissé passer beaucoup trop de choses.»
L’une des conséquences est que toutes les ligues n’ont pas adopté les nouvelles règles, et que celles-ci ne sont pas toujours appliquées de la même manière. Pour Urs Meier, cela demande beaucoup d’adaptation. «La force du football a toujours résidé dans l’interprétation universelle de ses règles.» Pour les juniors, les footballeurs amateurs, mais aussi les téléspectateurs, ces différences peuvent être déroutantes. En Italie, un joueur peut par exemple être expulsé pour avoir mis la main devant sa bouche en parlant, alors qu’en Suisse, ce n’est pas le cas.
A l’époque où Urs Meier officiait encore, il existait déjà quelques différences mineures. Dans certaines ligues, il était par exemple possible de continuer à jouer après avoir perdu une chaussure. Le championnat anglais était également réputé pour son jeu plus physique. Mais jamais les différences n’avaient été aussi importantes.
Vers un retour aux «fautes manifestes et évidentes»
La Fédération suisse de football (ASF) respecte les directives de l’UEFA. «Celles-ci visent à garantir une application aussi cohérente que possible des règles dans toutes les compétitions européennes, ce que nous soutenons», explique Dani Wermelinger, responsable du département des arbitres d’élite au sein de l’ASF. «Nous avons toujours souligné qu’en Suisse, nous appliquons les directives de l’UEFA.»
Les modifications du règlement sont communiquées aux clubs de la SFL avant le début de la saison et de la phase retour, lors de visites et de réunions en ligne. Cette année, un premier échange avait déjà eu lieu fin avril entre la ligue, les représentants des arbitres et les directeurs sportifs des clubs de la SFL.
L’ASF cherche également à améliorer la transparence autour des décisions du VAR, notamment auprès des médias, des supporters dans les stades et des téléspectateurs. Par ailleurs, l’arbitre vidéo devrait être moins sollicité cette saison qu’auparavant. En Super League, le VAR avait parfois pris un rôle trop important, en se transformant presque en «détective».
«Nous travaillons pour que, grâce aux bonnes performances des arbitres sur le terrain, le VAR n’intervienne que le moins possible et uniquement lorsqu’il peut éviter des erreurs manifestes et évidentes», explique Dani Wermelinger. Sur ce point, le début de la nouvelle saison est jugé positif.
Il faut à nouveau promouvoir les arbitres
Un retour aux sources semble donc s’être opéré au sein de l’UEFA et de l’ASF, peut-être aussi en raison des événements survenus lors de la Coupe du monde. A l’origine, le VAR avait été introduit pour éviter les erreurs d’arbitrage flagrantes qui pouvaient alimenter les discussions pendant des semaines, voire des années. Le but controversé de la finale de la Coupe du monde 1966 entre l’Angleterre et l’Allemagne ou la «main de Dieu» de Diego Maradona en 1986, lors du quart de finale entre l’Argentine et l’Angleterre, sont encore connus de tous les amateurs de football.
Urs Meier se félicite de cette nouvelle retenue. «Sinon, le VAR est constamment à la recherche d’une erreur ou a peur de passer à côté de quelque chose.» Pour lui, une chose est claire: «Il n’est pas nécessaire de revenir complètement en arrière. La technologie sur la ligne de but, par exemple, fonctionne à merveille.» Les discussions autour des buts marqués en position de hors-jeu ont également été réduites au minimum.
«Tout ce qui est noir ou blanc fonctionne», affirme Urs Meier. «Mais lorsqu’il s’agit de déterminer l’intention d’une équipe ou d’un joueur en cas de faute ou de main, et que l’arbitrage fait appel au VAR, il faut à nouveau davantage miser sur la connaissance du football et la compréhension de la nature humaine chez les arbitres. C’est un aspect qui a été négligé ces derniers temps.»
Urs Meier fait le parallèle avec une situation du quotidien: «Nous sommes désormais habitués à entendre un bip lorsque nous nous garons. Mais si la technologie tombe en panne et que ce bip ne retentit pas, nous sommes perdus.»
