Yoann Brigante se confie
«Servette Chênois sera l’un des plus petits budgets de la C1»

Qualifié pour la phase de ligue de la Champions League, Servette Chênois savoure une étape importante de son développement. Son président insiste toutefois sur la nécessité de rester lucide et de continuer à structurer le club.
Yoann Brigante est fier de la performance des Servettiennes. Elles pourront se mesure aux meilleures joueuses du continent.
Photo: IMAGO/STEINSIEK.CH
1777158475672.jpg
Florian PaccaudFlorian Paccaud - Journaliste Blick

«La concrétisation d’une étape.» C’est avec ces termes que Yoann Brigante, président du Servette FCCF, résume la qualification des joueuses de Cristian Toro pour la phase de ligue de la Champions League après leur victoire en barrages contre le Sparta Prague (3-0 mercredi à la Praille, 5-3 sur l'ensemble des deux matches). Il y a deux ans, les Grenat, alors dirigées par José Barcala, qui brille aujourd’hui à la tête du Bayern Munich, avaient échoué en barrages contre l’AS Rome. Mais depuis, beaucoup de choses ont changé.

Tout d’abord, Marta Peiró Giménez a succédé à Sandy Maendly en tant que directrice sportive. L’effectif a beaucoup évolué depuis. L’Espagnole a imposé sa patte, avec un recrutement à forte consonance hispanophone. La saison passée, l’arrivée d’Enith Salón, championne du monde avec la Roja en 2023, illustrait le fait que le SFCCF voulait changer de dimension. Cet été, les recrutements de Nataša Andonova, ancienne joueuse du Barça, ou de Laura Strik, ancienne capitaine du PSV, étaient les meilleurs exemples des nouvelles ambitions grenat, au détriment d’un ancrage plus local.

«Cette équipe est construite correctement»

«Quand on a commencé à travailler avec cette nouvelle direction sportive, on s’est fixé passablement de jalons. On a fait des changements au niveau du staff et de l’équipe. On l’a fait aussi avec l’académie. Et on se rend compte que, quand on programme les choses, elles fonctionnent.» Cela avait déjà été le cas lors du précédent exercice, avec un doublé Coupe-championnat lors d’une simple «saison de transition».

Se faire éliminer par les demi-finalistes de la dernière Europa Cup n’aurait, en soi, pas été un échec. «Il y a des échecs quand on rate la mentalité, quand on rate l’approche mentale d’une rencontre, pas quand on rate des résultats.» Ce qui fait la fierté du dirigeant, c’est le sentiment du travail bien fait. «Ce que cette qualification représente véritablement pour moi, c’est simplement la démonstration que cette équipe est construite correctement, avec des individualités cohérentes, des joueuses et un staff qui ont un talent mental et physique», souligne Yoann Brigante. Mais il sait aussi très bien que son club est encore très loin de ce qui se fait de mieux en Europe.

Le SFCCF va (re)découvrir une autre réalité du football féminin. «Est-ce qu’on a changé de statut sur un match? Je ne pense pas. Il faut savoir rester modeste. Il y a encore beaucoup de chemin pour grandir. Je pense qu’on sera l’un des plus petits budgets de la Champions League. Il va falloir simplement faire les choses avec intelligence.» Inculquer la culture du travail en fait partie.

Structurer le club

Bien sûr, les 505’000 euros que rapporte cette qualification sont extrêmement importants pour un club du calibre du Servette FCCF. Mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi avec cet argent. «Si on investit comme des fous sur une première équipe pour du court-termisme, on ne s’en sortira pas. On doit voir plus loin que ça. On essaie de construire les choses de manière saine et pérenne. Cela implique que tout ce qu’on récolte doit être utilisé pour structurer le club.» Et cette vision dépasse même le football.

«On n’a pas une mission uniquement footballistique avec la première équipe, poursuit le président. Mais aussi pour Genève, pour toute la région. On a une mission de développement de la jeunesse sportive genevoise.» Voire même au niveau national. «Que ce soit nous, YB, GC ou Bâle, chaque fois qu’une équipe se qualifiera en Europe, je pense qu’on aura le devoir d’être derrière elle. Il faut soutenir le développement de ce sport, parce qu’au final, on y gagne tous.» Actuellement, c’est Servette Chênois qui joue le rôle de locomotive en Women’s Super League. D’autres clubs essaient de suivre. Un championnat qui se résumait à un duel entre Genevoises et Zurichoises, c’est déjà de l’histoire ancienne.

«On doit être crédibles»

Il y a cinq ans, les protégées d’Éric Sévérac, malgré une excellente résistance à Londres (1-0), n’avaient pas eu l’ombre d’une chance contre Chelsea, Wolfsburg et la Juventus. Certes, le nouveau format permettra au SFCCF d’affronter des équipes moins huppées, avec la possibilité de marquer des points, voire gagner des matches. Mais cette nouvelle campagne doit aussi permettre de montrer que l’Euro 2025 a bien servi de rampe de lancement et que le football féminin en Suisse a progressé. Une sacrée responsabilité. «J’aimerais bien qu’un jour, on arrive à placer deux clubs sur un parcours européen, poursuit le président. Cette année, ce ne sera pas le cas, mais c’est un objectif qu’on doit tous avoir au niveau national.»

Exister en Champions League est l’objectif des Servettiennes, qui connaîtront leurs adversaires après le tirage au sort de vendredi (12h). Pour l’instant, il n’y a pas d’objectif de points. «On a surtout un objectif d’efforts à mettre. On doit être crédibles. On a montré aujourd’hui qu’on est des adversaires sérieux et qu’on a notre place à cette table», conclut Yoann Brigante. L'occasion de prouver que, par rapport à 2021, le SFCCF a franchi une nouvelle étape de son développement.

Mentionné dans cet article
Articles les plus lus