Un timing surprenant, mais...
Les dessous de l'éviction de Peter Zeidler du Lausanne-Sport

La nouvelle est tombée jeudi matin: Peter Zeidler n'est plus l'entraîneur du Lausanne-Sport, avec effet immédiat! De quoi surprendre les suiveurs du club vaudois, mais la décision ne tombe évidemment pas de nulle part. Voici les premiers éléments de réponse.
Peter Zeidler n'est plus l'entraîneur du Lausanne-Sport depuis mercredi soir.
Photo: keystone-sda.ch
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Peter Zeidler a surpris beaucoup de monde dimanche après-midi après la nette défaite de son équipe à Sion (3-0). «On a fait une bonne saison pour l'instant. Mais avec des matches comme ça, on détruit cette image. Et on ne le veut pas», a déclaré l'entraîneur du Lausanne-Sport en conférence de presse et cette sortie a fait tiquer beaucoup de monde, y compris au plus haut niveau de l'organigramme du club vaudois. Ce n'est évidemment pas la deuxième partie de sa pensée qui posait problème, mais bien la première. Evidemment, un coach défend toujours son bilan. Mais qualifier la saison de «bonne» a fait réagir plusieurs supporters, ce qui n'est pas dramatique, et dans les bureaux du LS, ce qui est plus problématique.

Evidemment, ce n'est pas pour une simple question de communication que Peter Zeidler a été licencié mercredi en fin de journée, mais bien pour la dynamique récente de son équipe, loin d'être convaincante. La prestation horrible de son équipe en Valais a activé le couperet, mais celui-ci, à la vérité, était enclenché depuis un moment. En attendant les explications officielles, et très attendues, du CEO Vincent Steinmann et du directeur sportif Stéphane Henchoz, prévues vendredi, les premiers éléments ayant poussé à une séparation immédiate entre Peter Zeidler et le LS font état des derniers résultats, bien sûr (la défaite 4-0 à Lucerne ne doit pas être oubliée), mais aussi de la volonté de, déjà, préparer la saison prochaine.

Le LS allait chercher un nouveau coach et voulait éviter les fuites

La décision de ne pas continuer avec l'Allemand ayant été prise mercredi soir, la direction du Lausanne-Sport ne voulait pas que sa recherche d'un nouvel entraîneur soit polluée par des rumeurs dans les prochaines semaines. Dans le petit monde du football suisse, les informations auraient de toute façon filtré et auraient forcément déstabilisé tout le monde, Peter Zeidler en premier lieu. Le choix a donc été fait de le libérer immédiatement de son contrat, par clarté, et pour éviter des fuites dommageables – et inconfortables – pour tout le monde.

La preuve: avant même l'annonce officielle de son licenciement jeudi matin, le journaliste de blue Sport Daniel Romano, toujours très bien informé, avait déjà laissé filtrer la nouvelle, de manière cryptique certes, sur son compte Twitter... La preuve que la situation n'aurait pas été tenable.

Voilà pour la question du timing, qui a surpris beaucoup de monde jeudi matin, alors que Peter Zeidler disposait d'un contrat courant jusqu'en juin 2027, même si le LS n'avait jamais communiqué officiellement sur sa durée. Reste une question, bien sûr essentielle: pourquoi le Lausanne-Sport a-t-il pris la décision de mettre un terme à l'entente avec son entraîneur? Et c'est là, bien sûr, que l'on en revient à la notion de «bonne saison».

Yverdon et Olomouc, deux défaites qui ne passent pas

Aux yeux des décideurs lausannois, l'élimination en Coupe à Yverdon Sport, passée un peu sous le tapis entre deux exploits européens, passe toujours aussi mal. Cette année plus que jamais, il y avait un trophée à aller chercher et il n'a échappé à personne à la Tuilière que deux équipes vaudoises de Challenge League se trouvaient en demi-finales... La manière dont le LS avait sombré dans le Nord vaudois avait interpellé à l'époque, et vient ternir le bilan de Peter Zeidler, tout comme l'élimination face au Sigma Olomouc, largement évitable.

Les mots de l'entraîneur tchèque Tomáš Janotka, qui avait déclaré en substance avoir eu un match facile à préparer vu que son adversaire ne changeait jamais de tactique, ont interpellé également dans les bureaux du LS et ont (un peu trop facilement?) fait oublier que ce même système avait permis de battre Besiktas et la Fiorentina, deux des plus beaux résultats de l'histoire européenne du Lausanne-Sport (même pas récente, tout court). Peter Zeidler s'agaçait, en public comme en privé, énormément de ce reproche qui lui était fait de «l'absence de plan B», une irritation encore exprimée publiquement en conférence de presse après la victoire (2-1) face à Winterthour, sa dernière avec le Lausanne-Sport.

A cette occasion, l'Allemand, très tendu, avait d'ailleurs lâché une partie de ce qu'il avait sur le coeur, réclamant d'abord plus de respect pour son travail, avant d'adoucir ses propos et de parler de considération. Mais déjà là, le malaise était perceptible, l'émotion à fleur de peau malgré la victoire.

Les émotions vécues sont concrètes et mesurables

Car Peter Zeidler, s'il laisse son équipe sous la barre et piteusement éliminée en Coupe de Suisse, estime avoir un bilan positif à défendre et a plusieurs raisons de le croire sincèrement. Déjà, et ce n'est pas anodin, sa direction ne lui a pas fixé d'objectif précis et concret en championnat, évoquant la possibilité de se battre pour le top 6, sans en faire une condition sine qua non d'un maintien en poste.

Ensuite, les émotions vécues en Conférence League sont concrètes, mesurables, et sont à mettre au crédit de l'Allemand, lequel a préparé son équipe, tactiquement, physiquement et mentalement, pour éliminer le FK Vardar, Astana et Besiktas, tout en réussissant une première partie de championnat acceptable sur le plan des résultats, en jouant tous les trois jours. YB et Bâle ont pris cinq buts chacun en venant à la Tuilière, secoués par un tourbillon offensif joyeux et spectaculaire. Ces frissons de l'automne ont été balayés ces derniers jours, mais ils ont existé.

Peter Zeidler a su créer un environnement positif

Une autre réussite de Peter Zeidler a incontestablement résidé dans sa communication externe, en tout cas jusqu'en mars. Son sens du contact, sa chaleur humaine, sa maîtrise du français et sa volonté d'intégration ont plu aux supporters du Lausanne-Sport, lesquels le regretteront sans doute sur le plan humain. Le fait de se rendre régulièrement au G-Bar après les matches pouvait être vu comme un exercice de communication, mais sa capacité à parler à tout le monde et à échanger de manière directe et spontanée sont à mettre à son crédit.

Le voir à plusieurs reprises en train de parler avec des inconditionnels du LS et leur livrer des anecdotes loin d'être des secrets de vestiaire, mais sympathiques à entendre, est rafraîchissant dans le monde actuel du football professionnel. En une phrase: Peter Zeidler a créé un environnement positif et agréable autour de son équipe. Et c'est très largement sa personnalité enthousiaste et sa communication joyeuse qui ont contribué à remplir la Tuilière pour les matches de Conference League. Son système de jeu offensif, en 4-3-3, a fait le reste. Les premiers résultats aussi.

Mais voilà, si Peter Zeidler est un bon communicant externe, ce n'est pas toujours la même chose à l'interne, et plusieurs joueurs étaient plus circonspects sur son management et sa communication, tout comme certains employés du LS. Son directeur sportif Stéphane Henchoz et lui ont cependant toujours donné le change en public, assurant que leur relation était bonne, et il sera intéressant d'entendre à ce sujet les explications de l'ancien international suisse vendredi. La manière dont plusieurs de ses joueurs ont lâché dimanche à Tourbillon a également de quoi interpeller et, aux yeux de plusieurs intimes du vestiaire, n'avait rien d'anecdotique.

Une bonne saison ou non?

Alors, «bonne saison» ou pas? Aux yeux des dirigeants du Lausanne-Sport, pas vraiment, voire pas du tout, mais l'échec de cette union avec Peter Zeidler ne doit pas occulter une réalité: il est très compliqué pour un coach, quel qu'il soit, de composer une équipe lorsque les changements sont aussi nombreux. Peter Zeidler avait des joueurs de qualité sous ses ordres, et des talents enthousiasmants, mais il a sans doute raison de dire que former une équipe prend du temps.

Il n'en a pas eu assez à son goût, mais il n'a pas forcément tout fait à l'interne pour en avoir plus, non plus, et cette aventure commune laisse un goût d'inachevé pour celui qui aime tellement le monde francophone qu'il se réjouissait sincèrement de venir travailler et vivre à Lausanne après avoir exercé son métier à Sion. Son départ du Valais, alors qu'il était troisième de Super League et qualifié pour la finale de la Coupe, lui laisse encore aujourd'hui un énorme sentiment d'incompréhension, et son éviction de Lausanne probablement aussi. Mais elle ne sort pas de nulle part.

Le profil de son successeur sera intéressant à observer

Au delà des résultats et de la dynamique actuelle, les dirigeants du Lausanne-Sport, le CEO Vincent Steinmann en tête, aimeraient avoir plus de jeunes formés au club sur le terrain, et le choix du prochain coach ira probablement dans ce sens, mais là aussi, difficile de jeter la pierre à Peter Zeidler. Ethan Bruchez, le talent numéro 1, est blessé. Et derrière lui, qui est prêt, aujourd'hui, à jouer en Super League? Le profil du successeur du technicien allemand sera intéressant à observer. Dans le communiqué annonçant le départ de Peter Zeidler, ce jeudi matin, le LS écrit avoir observé «un manque de progression tant sur le plan collectif qu’individuel» et le futur entraîneur aura cette mission-là: développer des talents qui peuvent rapporter gros, tout en faisait bien jouer son équipe. Une équation compliquée, que Peter Zeidler n'a pas su résoudre.

Super League 24/25 - Championship Round
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Thoune
FC Thoune
32
36
71
2
FC St-Gall
FC St-Gall
33
24
60
3
FC Lugano
FC Lugano
33
12
57
4
FC Bâle
FC Bâle
32
8
53
5
FC Sion
FC Sion
33
16
52
6
Young Boys
Young Boys
33
5
48
Qualifications pour la Ligue des Champions
Qualification Ligue Europa de l'UEFA
Super League 24/25 - Relégation
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Lucerne
FC Lucerne
33
3
40
2
Servette FC
Servette FC
33
0
40
3
FC Lausanne-Sport
FC Lausanne-Sport
33
-10
39
4
FC Zurich
FC Zurich
33
-18
34
5
Grasshopper Club Zurich
Grasshopper Club Zurich
33
-25
27
6
FC Winterthour
FC Winterthour
33
-51
19
Barrages de relégation
Relégation
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