Les annonces ont été nombreuses ce mardi du côté du Lausanne-Sport, et pas toujours simples à décrypter. Dans le désordre, Leen Heemskerk démissionne de son poste de président, Vincent Steinmann prend le rôle ad interim et est nommé directeur général dans le même temps, tandis que la propriété du club est transférée à une société indépendante basée au Royaume-Uni. Que veulent dire ces changements et comment les interpréter? Avant la victoire de l'équipe de Suisse féminine face à l'Irlande du Nord à la Tuilière, Vincent Steinmann a pris le temps, pour Blick, d'apporter la lumière.
Vincent Steinmann, le communiqué de presse parle de «moment clé» du développement du LS. Pourquoi spécialement maintenant?
Le club s'est beaucoup, beaucoup, développé ces dernières années, avec l'arrivée à la Tuilière, les investissements dans le staff, les structures, l'équipe. Et là, on a connu une accélération particulière avec notre aventure européenne. Le Lausanne-Sport, aujourd'hui, c'est 150 salaires à la fin du mois, pour une centaine d'emplois à plein temps. Il y a la première équipe, les féminines, l'académie, la gestion du stade et de la restauration, le marketing, la communication, les ventes ou les finances. Quand on dit qu'on est à un moment charnière, c'est qu'on a fait le constat qu'il y avait besoin de renforcer la cohérence dans tout ce que l'on faisait et que cela nécessitait d'avoir un dirigeant qui soit au quotidien dans le club. Un directeur général, donc. Un poste qui était assumé jusqu'à ce jour par Leen Heemskerk, en même temps que la présidence.
Vous prenez du galon, donc?
Ce que je retiens surtout, c'est qu'on met de la clarté pour le développement du club, mais aussi sur le plan humain. On a des gens extraordinaires aujourd'hui au LS dans les différents pôles d'activité du club. Devenir directeur général me permettra de prendre un pas de recul et de leur laisser la place de s'exprimer. On veut installer une vraie dynamique, cohérente et qui s'inscrive dans la durée.
Que signifie le fait que vous deveniez président ad interim, comme la dernière fois? Occuperez-vous les deux fonctions?
J'occupe les deux fonctions en attendant que la propriété du club soit transférée, donc au moins jusqu'au mois de juin. J'exerce ces fonctions en pleine et entière indépendance et sans influence. La structure est un modèle de fonctionnement fixé par l'UEFA dans le cadre des enjeux d'indépendance des clubs liés à la multipropriété. Ce qui veut dire très concrètement qu'une fois que nous serons libérés de ce modèle de fonctionnement, Leen redeviendra président. C'est le fonctionnement que nous avons choisi au LS et qui témoigne, si besoin est, des relations de confiance qui existent entre nous deux, entre le club et son propriétaire également. Je resterai de mon côté CEO, en charge de l'entier des opérations du club, avec ou sans la structure mise en place.
Pourquoi avoir créé une société indépendante basée au Royaume-Uni?
Pour éviter les conflits d'intérêts liés à la multipropriété. Cette société est complètement indépendante de Manchester United et de Nice, ce qui est une exigence de l'UEFA si nous devions être amenés à jouer les mêmes compétitions. Pour la saison à venir, la question ne devrait malheureusement pas se poser, je vous l'accorde. Mais c'est indispensable.
Pour vous, l'histoire est belle quand même sur le plan personnel. De supporter du LS à CEO...
C'est vrai, j'y pense parfois (rires). J'étais un malade de ce club et je le suis toujours. J'y suis entré en 2018 grâce à INEOS, qui était venu me rencontrer en tant que président de la Confrérie, pour préparer un peu le terrain de leur venue. Mais rien de plus. Et voilà que je me retrouve au marketing, d'abord dans l'optique de donner un coup de main, puis de manière fixe. J'étais à un tournant de ma carrière professionnelle, les planètes se sont alignées sans que je le provoque. Mais bien sûr que c'est beau.
Directeur marketing et commercial, directeur des opérations et communication, vice-président, président ad interim, maintenant CEO... Vu que vous êtes supporter, vous avez forcément un avis passionné sur les performances d'un joueur et pouvez vous énerver sur une passe ratée. La différence, c'est que le lundi, vous avez le pouvoir d'intervenir auprès du staff technique. A quel point vous l'interdisez-vous?
C'est très naturel en fait. Vous avez raison, je suis le premier à gueuler sur une passe ratée. Mais j'ai été façonné par mon parcours professionnel et j'ai appris ce qui est efficace ou non. Quand je travaillais dans des cabinets d'audit, tout était cloisonné. Il y a un problème fiscal? Va voir le fiscaliste, c'est son boulot. Un problème juridique? Le bureau du juriste est là. J'avais 25 ans, j'étais au marketing et des gars de 50 ans venaient me voir en me demandant des conseils dans mon domaine, alors qu'ils étaient plus compétents et expérimentés que moi. Ce sont eux qui m'ont fait comprendre que chacun avait un boulot, avec les responsabilités qui vont avec. Donc voilà, les questions sportives, ce sont Stéphane Henchoz et Peter Zeidler qui ont la réponse et qui doivent rendre des comptes. Moi, dans les discussions, j'ai un avis de supporter, pas plus. La donne est claire: chacun son boulot et son champ de compétences. Je dois développer un club qui mette le sportif dans les meilleures conditions. Au sportif ensuite de livrer les résultats. Et c'est la même chose pour l'ensemble des pôles d'activités.
Quels sont vos défis en tant que CEO?
Tout d'abord, inscrire le club dans la durée avec une stabilité et des structures clarifiées pour garantir les conditions d'une performance durable. Renforcer l'identité et développer la culture de la gagne. On veut l'inculquer à nos joueurs, au staff, de l'académie à la première équipe, jusque dans les bureaux. Des employés fiers de bosser au LS qui sont dans l'exigence et la compétitivité c'est ce qui nous permettra aussi d'atteindre notre objectif ultime: l'autonomie financière. Le club ne peut pas garantir son avenir sans développer ses revenus.
Quel est le degré d'implication d'INEOS aujourd'hui au Lausanne-Sport?
Il est conséquent, comme depuis le début. Aujourd'hui, le LS n'est pas auto-suffisant financièrement, ce qui est le but à terme.
Avez-vous des garanties sur l'engagement de votre actionnaire dans les années à venir?
Oui. Et des très concrètes.
De quel genre?
INEOS a prolongé de trois ans son partenariat avec le FC Lausanne-Sport. Pour un montant conséquent qui se chiffres en millions, au pluriel.
Attendez, INEOS est propriétaire du Lausanne-Sport, non?
Ce sont deux choses différentes. Ce que je vous annonce aujourd'hui, c'est qu'INEOS continuera de soutenir le club financièrement, au titre de partenaire, jusqu'en 2029 au moins.
Le montant?
Je ne peux pas vous le dire. Mais c'est beaucoup d'argent. De quoi permettre au club de continuer à progresser et investir.
Théoriquement, INEOS pourrait ne plus être propriétaire du LS, tout en étant lié par ce contrat de partenariat.
Rien ne va dans ce sens actuellement. Rien. Mais théoriquement, oui. En signant pour trois ans supplémentaires, au minimum, ils montrent plutôt qu'ils sont là et bien là. C'est une opportunité extraordinaire pour nous.
Et donc, vu qu'il n'y a plus besoin d'investir pour les infrastructures puisque le stade est neuf et que le projet de centre d'entraînement a été abandonné, cet argent peut être investi dans le secteur sportif?
Pour faire tourner le club tout simplement et le rendre pérenne.
Si je comprends bien, votre nomination en tant que directeur général, cette cohérence dont vous parlez, elle a été rendue possible, disons, par cette garantie de trois ans?
Le tout va ensemble. Aujourd'hui, oui, nous avons la garantie financière et structurelle de notre actionnaire que le club va pouvoir continuer à se développer.
Vous parlez d'identité et vous l'incarnez en tant que supporter du LS. Mais la voit-on encore sur le terrain, lorsqu'un latéral droit vaudois, formé au club, est envoyé en Challenge League pour faire venir un joueur de Suède à son poste?
Cela fait partie des éléments sur lesquels les discussions sont animées et où on est attendus. Aujourd'hui, au-delà des cas particuliers, nous devons nous demander: qu'est-ce qu'on doit faire de plus pour que nos jeunes passent ce cap? Qu'est-ce qu'on rate aujourd'hui? Ces questions, on se les pose véritablement aujourd'hui. Quand on parle de cohérence, sportive et opérationnelle, ce sont de ces éléments-là aussi dont je parle.
Vous savez ce qu'on dit: au LS, il n'y a plus que le papet qui est vaudois... Et Olivier Custodio.
Evidemment qu'on ne veut pas passer les quatre prochaines années sans jouer avec un jeune de l'académie. Les supporters le disent, on le dit à l'interne. On y travaille tous à l'échelle du club, que ce soit à l'académie avec Massimo Ceccaroni, avec Stéphane Henchoz, avec Peter Zeidler. Je ne vais pas parler d'un cas particulier, ce n'est pas mon rôle. Mais sur le constat global, je vous rejoins.
Mais justement, en tant que CEO, vous n'avez pas la compétence technique pour décréter quel latéral doit jouer le samedi. Mais vous pouvez quand même orienter le recrutement, en demandant à votre directeur sportif d'avoir, par exemple, un tiers de joueurs formés au club, un tiers de Suisses et un tiers d'étrangers, non?
Mais ces réflexions, on les a au quotidien. Le constat aujourd'hui, c'est qu'on n'a toujours pas été champions de Suisse dans l'académie et que la transition vers la première équipe est compliquée. Nous devons travailler sur ces deux fronts.
C'est une question de volonté, non?
Non. Dan Ndoye, Andi Zeqiri, tous ces joueurs-là, je vous laisse compléter la liste, ils sont passés par la Challenge League avant d'exploser. La réalité aujourd'hui, c'est que le Lausanne-Sport a su développer des jeunes quand il faisait le yoyo entre la Super League et la Challenge League. Aujourd'hui qu'on joue l'Europe, dans une ligue qui est passée d'un budget de 20 millions à 30 millions pour espérer régater, l'intégration est plus difficile, l'exigence est beaucoup plus élevée. Ca fait partie des choses qui doivent évoluer, sachant, et c'est important pour moi de le préciser, que beaucoup sont à la porte de la premuère équipe. Je suis donc confiant, très confiant, de la capacité du club à se mobiliser -et des talents à se faire mal- pour avoir des talents locaux en première équipe. J'en prends même l'engagement formel.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Thoune | 28 | 33 | 65 | |
2 | FC St-Gall | 28 | 20 | 51 | |
3 | FC Lugano | 28 | 12 | 49 | |
4 | FC Bâle | 28 | 7 | 46 | |
5 | Young Boys | 28 | 4 | 42 | |
6 | FC Sion | 28 | 8 | 41 | |
7 | FC Lucerne | 28 | 1 | 33 | |
8 | FC Lausanne-Sport | 28 | -3 | 33 | |
9 | FC Zurich | 28 | -15 | 31 | |
10 | Servette FC | 28 | -7 | 30 | |
11 | Grasshopper Club Zurich | 28 | -13 | 24 | |
12 | FC Winterthour | 28 | -47 | 15 |

