Jocelyn Gourvennec a utilisé une expression très parlante et presque émouvante, juste après la victoire face à Lausanne dans le derby lémanique (2-0) mardi. En évoquant le cas de son gardien Jeremy Frick, lequel avait été averti la veille que Servette chercherait un nouveau numéro 1, le Breton a déclaré: «Je voulais l'apaiser.»
Des mots inhabituels dans le monde cruel du football, et qui faisaient suite à l'évaluation sèche et sans appel de son directeur sportif John Williams. «On a fait une évaluation sportive du niveau de Jeremy et de là où on veut aller. Et on s'est dit qu'il fallait changer pour prendre quelqu'un de meilleur», avait déclaré le Britannique. Le changement de ton a donc été radical entre le lundi et le mardi, et il reflète une évidence: un entraîneur est plus proche de son équipe qu'un directeur sportif.
«Jeremy, c'est un père de famille, il a une carrière»
Il n'empêche, la réaction de Jocelyn Gourvennec a reflété une certaine humanité, ce dont il ne se cache pas. «On coache le joueur mais on coache l'homme aussi», a-t-il confié à Blick vendredi, à la veille du dernier match de la saison, samedi à Zurich (18h). «Quand je parle à Jérémy, c'est un père de famille, il est trentenaire, il a une carrière. Je parle à l'homme d'abord. Et je commence à connaître ce milieu: il ne faut jamais s'exprimer à chaud.»
Gérer l'humain s'apprend et s'affine au fil des expériences, assure le technicien, qui y attache une grande importance. «Vous ne pouvez pas trouver une data qui va quantifier ça», sourit-il, en prenant l'exemple d'Ablie Jallow et de Giotto Morandi, deux joueurs qui se retrouvent régulièrement sur le banc ou en tribunes. «Je n'ai pas l'impression de leur manquer de respect, bien au contraire. Les joueurs qui sont moins sur le terrain, je continue à les conseiller, à leur parler. Quand on manage, il faut comprendre ce qui se passe dans la tête d'un joueur.» Même quand il n'est pas content. «J'ai coutume de dire que des fois, j'ai un divan fictif dans mon bureau», sourit-il.
«Des fois il faut piquer, des fois il faut rassurer»
Jocelyn Gourvennec assume-t-il d'aimer ses joueurs? «Oui, complètement. Quand tu entraînes, tu es constamment entre aller chercher l'homme et aller chercher le joueur. Des fois, il faut piquer. Des fois, il faut rassurer. Et c'est plus facile quand tu les connais. Au début, ils te découvrent, ils ne savent pas comment tu fonctionnes et si ton discours repose sur quelque chose de concret. «Aujourd'hui, je les connais vraiment très bien maintenant et ils me connaissent très bien aussi.» Il explique avoir joué sous les ordres d'un entraîneur qui ne l'aimait pas et n'a pas voulu suivre cette voie.
Le message annexe est clair: laisser du temps à un entraîneur est un pré-requis du succès, ce qu'ont prouvé le FC Thoune et le FC Sion cette année, par exemple. «Quand on laisse un entraîneur travailler dans le temps, normalement, si on bosse correctement, ça prend forme», confirme le technicien breton, impatient de démarrer la saison prochaine et d'aller atteindre les grands objectifs fixés par sa direction.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Thoune | 37 | 28 | 74 | |
2 | FC St-Gall | 37 | 25 | 69 | |
3 | FC Lugano | 37 | 13 | 64 | |
4 | FC Sion | 37 | 23 | 62 | |
5 | FC Bâle | 37 | 1 | 56 | |
6 | Young Boys | 37 | 11 | 54 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Lucerne | 37 | 7 | 50 | |
2 | Servette FC | 37 | 6 | 50 | |
3 | FC Lausanne-Sport | 37 | -12 | 42 | |
4 | FC Zurich | 37 | -21 | 38 | |
5 | Grasshopper Club Zurich | 37 | -28 | 30 | |
6 | FC Winterthour | 37 | -53 | 23 |

