«Je l’appréhende un peu»
Laura Tufo évoque son retour à la Praille pour le derby

Transférée cet été à Yverdon, la détentrice du record de nombre matches joués avec Servette Chênois fait son retour au Stade de Genève ce mercredi pour le premier derby de la saison.
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Laura Tufo en action lors du match nul contre Young Boys, dimanche dernier (1-1).
Photo: Claudio De Capitani/freshfocus
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Florian PaccaudFlorian Paccaud - Journaliste Blick

Il y a des choses qui ne changent pas. Laura Tufo est rarement la première – plutôt la dernière – à regagner les vestiaires à l’issue d’un match, passant du temps au bord du terrain avec les personnes venues la soutenir. Mais, lorsqu’elle arrive (enfin) en zone mixte, elle donne toujours beaucoup de son temps aux journalistes. Quitte à faire attendre le car de l’équipe, elle a répondu avec le sourire à Blick pour évoquer sa nouvelle aventure dans le Nord vaudois et son retour à la Praille, dimanche après le nul contre YB (1-1).

Preuve que rien n'est éternel, la Genevoise de 25 ans, après neuf saisons passées au SFCCF, a quitté son club de cœur pour rejoindre Yverdon Sport Women. Comment se passe son arrivée au Stade municipal? «Les filles sont vraiment très chouettes et elles m’ont immédiatement très bien intégrée. J’en connaissais certaines qui avaient évolué à Servette Chênois. Il y a beaucoup de bienveillance. Tout le monde parle français et vient de la région. C’est agréable.» Une nouvelle aventure qui la réjouit, même si YSW n’a récolté qu’un point en quatre matches. «Humainement, c’est presque mieux que ce que j’espérais.»

Il faut dire que le feeling est tout de suite passé avec Arnaud Vialatte. Voyant que Servette Chênois tardait à lui octroyer une prolongation de contrat, Laura Tufo a pris les devants en contactant l'entraîneur-manager nord-vaudois. Et le projet lui a directement plu. Seul bémol, YSF évoluait alors en LNB, tandis que la Genevoise voulait «conserver un certain niveau de compétition». «Une semaine avant la fin du championnat, je l’ai recontacté et je lui ai dit que même si Yverdon ne montait pas, je voulais partir de Servette.» Mais il y avait une condition.

«J’ai davantage mal aux jambes»

En plus de passer du grenat au vert, la milieu dû s’adapter à une nouvelle position: celle de latérale. «Nous avions déjà un effectif bien fourni au milieu du terrain, justifie Arnaud Vialatte. J’ai été clair et honnête avec elle en lui disant que les places dans l’entrejeu étaient restreintes et que j’avais besoin d’une latérale.» Un poste pas totalement inconnu pour elle, où elle possède encore une certaine marge de progression. «C’est une joueuse polyvalente que nous pourrons utiliser à différents endroits», ajoute le coach.

«Honnêtement, je préfère jouer au milieu, c’est certain, confie Laura Tufo. Mais nous avons de très bonnes joueuses à cette position et je pense pouvoir quand même apporter beaucoup en tant que latérale.» Un rôle différent, où elle a moins l’occasion de toucher le ballon. «Cela peut être un peu frustrant», avoue la Genevoise. Physiquement aussi, elle a encore besoin d’un temps d’adaptation. «Au milieu, tu es constamment active, mais ce sont davantage de petites courses et de petites intensités. Sur le côté, les courses sont beaucoup plus longues. J’ai davantage mal aux jambes.» Et il n’y a pas que sur le terrain qu’elle doit enchaîner les aller-retours.

En parallèle de sa nouvelle expérience footballistique, la Genevoise poursuit ses études dans la Cité de Calvin, en deuxième année de Master en médecine. Alors qu’au SFCCF, elle s’entraînait le matin, les séances en deuxième partie de journée bouleversent ses habitudes. «Je n’ai pas encore vraiment trouvé mon rythme. Le train n’est pas direct (ndlr: 55 minutes pour l’aller, avec changement à Renens) et ce n’est pas forcément évident d’y travailler.» Les wagons sont bondés aux heures de pointe. Avec un retour tard le soir au bout du lac, pas évident de préparer au mieux ses examens de novembre.

De l'appréhension avant les retrouvailles

Ce mercredi, elle n’aura toutefois pas besoin de faire le trajet depuis le Stade municipal jusqu’à chez elle. Dans le cadre de la 5e journée de Women’s Super League, Yverdon affronte Servette Chênois à la Praille (18h). Un match bien évidemment très spécial pour Laura Tufo. «Je ne vais pas mentir: je l’appréhende un peu. J’ai envie que nous réalisions une grosse performance. Aussi au niveau personnel, je n’ai pas envie que mes anciennes coéquipières nous mettent la misère, surtout que je sais comment elles jouent.» Elle se méfie notamment des ballons joués dans son dos, alors que «la vitesse n’est pas forcément mon point fort» et que l'attaque servettienne, portée par Magdalena Sobal, est en forme en ce début de saison.

Il faudra notamment réussir à gérer les émotions au coup d’envoi. «Je pense que ce ne sera pas facile, honnêtement. Je serai un peu bizarre au début, surtout dans ce stade. Cela va me rappeler énormément de souvenirs», avoue celle qui détient le record du nombre de matches joués avec le SFCCF. Avant d’ajouter: «Mais cela reste un match de football. Une fois que le coup d’envoi sera donné, nous serons dans notre match.»

Des néopromues en progression

Une rencontre qui sera également spéciale pour d’autres Yverdonnoises: Ilona Guede Redondo, qui avait disputé la Champions League avec le club genevois il y a cinq ans, Sandrine Mauron, qui avait fêté le doublé en 2024, et Denisa Hasanaj, transférée cet été après avoir brillé avec les M20 grenat (24 réalisations) ont joué en grenat. La gardienne Mickaela Bottega, qui a fêté le doublé en 2024 et 2026 avec le SFCCF, est incertaine en raison d’une blessure à l’épaule, tandis que Maéva Clémaron est toujours à l’infirmerie.

Entre Servette et Yverdon, les championnes de Suisse, qualifiées pour la Champions League, et les néopromues, ce derby a un petit air de David contre Goliath. Mais les Nord-Vaudoises ne partiront pas battues d’avance. D’autant plus qu’YSW a débloqué son compteur en obtenant le nul contre Young Boys dimanche dernier (1-1), une pelouse sur laquelle les Servettiennes se sont inclinées (3-2). «Je ressens de la fierté d’avoir décroché ce premier point, confie Arnaud Vialatte. Nous avons confiance dans ce que nous faisons. Face à une bonne équipe de YB, nous avons su montrer nos qualités. Surtout en deuxième mi-temps, où je pense que les Bernoises n’ont pas beaucoup eu le ballon.» Un résultat et une performance qui montrent que les Yverdonnoises progressent dans l’élite.

Un match capital dimanche

Mais ce derby ne doit pas faire perdre de vue l’objectif premier des néopromues, pour l’instant avant-dernières: figurer dans le top 8. «Le bilan n’est clairement pas celui que nous espérions, avoue le coach. Il y a une mise à niveau à effectuer en termes d’intensité et dans ce que nous devons mettre en place. Mais nous progressons.» Ce n’est pas une défaite sur la pelouse des championnes de Suisse, ce mercredi, qui jouera un rôle dans la qualification pour les play-off. En revanche, YSW dispute un match capital contre Aarau, actuel lanterne rouge, dimanche au Stade municipal.

«Nous tentons de gagner chaque match, poursuit Arnaud Vialatte. C’est ma mentalité et celle que nous essayons d’inculquer à l’équipe. Maintenant, contre Servette, cela sera évidemment compliqué. Nous devons aussi conserver des forces pour le match de dimanche, qui est le plus important.» Il est donc possible que l’entraîneur fasse un peu tourner son effectif. «Il faudra tenir compte de l’état physique des joueuses, nous allons encore discuter avec le staff. Mais j’ai confiance dans l’ensemble de mon groupe.»

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