Sandrine Gaillard se confie
«J'ai appris à prendre des risques et à oser relever de nouveaux défis»

Après une année aux Etats-Unis, Sandrine Gaillard a fait son retour aux sources dans la cité thermale. L’internationale suisse se confie longuement à Blick sur cette aventure.
Sandrine Gaillard a fait son retour dans son club de cœur.
Photo: keystone-sda.ch
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Florian PaccaudFlorian Paccaud - Journaliste Blick

«C'est un retour à la maison et ça fait plaisir, surtout dans un cadre aussi agréable pour travailler.» Sandrine Gaillard (ex Mauron) a quitté le rêve américain cet été pour poursuivre le sien à Yverdon Sport Women. Pour Blick, elle évoque son retour dans le Nord vaudois, la vie en Floride, le football aux Etats-Unis, le projet Yverdon Sport Women et l’équipe de Suisse.

Le retour dans le Nord vaudois

«La boucle est bouclée.» Après avoir disputé ses premières minutes dans l’élite du football suisse il y a une quinzaine d’années, Sandrine Gaillard a fait son retour dans le Nord vaudois cet été, un an seulement après son transfert de Servette Chênois au Tampa Bay Sun FC. «J'avais besoin de découvrir une autre culture et je ne regrette absolument rien. J'aurais peut-être pu rester une année supplémentaire aux États-Unis, mais on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve.» L’envie de réaliser quelque chose de bien dans la région où elle a grandi a pris le dessus.

L’idée de revenir là où tout a commencé a germé dès le printemps dernier. D’autres clubs de Women’s Super League ont tenté de faire les yeux doux à la milieu de terrain de 29 ans, mais Yverdon occupe une place très importante dans son cœur. «J'habitais à dix minutes du stade. L'identité locale est très importante ici. Pour moi, Yverdon était vraiment le club et la ville de référence du football féminin dans la région. Je suis très reconnaissante envers ce club.» Ses premières minutes au Stade municipal lui ont ouvert la porte d’une brillante carrière, qui l’a amenée à Zurich et à Francfort, avant Genève et la Floride, avec de nombreux titres à la clé.

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«J'ai toujours admiré Marta. Le Mondial au Brésil serait une compétition extraordinaire, c'est certain que cela fait rêver.»
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«Quand on vit à l'étranger, ce n'est pas toujours facile de tout organiser pour son retour, notamment de trouver un appartement.» Sandrine Gaillard a pu compter sur l’aide du club pour ses démarches. Comme lorsqu’elle évoluait à Servette, l’internationale helvétique travaille désormais à côté. Elle occupe un poste à 50% au Service des sports et de l’activité physique de la ville d'Yverdon-les-Bains. «Le fait d'être originaire de la région et d'avoir évolué dans le sport d'élite a joué un rôle. Une des idées est de promouvoir le sport et les valeurs liées au monde professionnel.» Ou quand opportunité idéale rime avec identité régionale.

Quitter le football professionnel et tous ses avantages a-t-il été une décision difficile à prendre? «Oui et non. Je savais où je mettais les pieds. Je connaissais le potentiel de progression et les perspectives de ce projet à Yverdon.» Finies les journées qui tournent uniquement autour du ballon rond. «Cela me fait du bien de retrouver un autre rythme. J'ai un travail intéressant, dans un domaine qui me tient à cœur.» Seul nuage à l'horizon: après une année en Floride «où il fait beau et chaud toute l’année», l’arrivée de l’hiver et la chute des températures. «J'ai déjà prévu mes affaires thermiques, je suis prête», dit-elle en rigolant.

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Outre le froid, Sandrine Gaillard pointe du doigt un autre problème avec les jours qui raccourcissent. YSW s’entraîne le soir et, pour le moment, les conditions sont encore agréables pour la pratique du football. «Mais nous savons très bien ce qui nous attend en hiver, lorsque nous commencerons l'entraînement à 18h30 alors qu'il fera déjà nuit depuis longtemps. Cela demande davantage d'énergie, il faudra être particulièrement attentives à la récupération.» Pour éviter les blessures après une pénible journée de travail.

La vie en Floride

Vivre une année au pays de l’Oncle Sam a été un véritable enrichissement personnel. «Cela m'a apporté davantage d'ouverture d'esprit. J'ai appris à prendre des risques et à oser relever de nouveaux défis.» Contrairement à son aventure à Francfort, la distance l’empêche de voir ses proches régulièrement. Bien sûr, elle n’était pas seule, puisque son mari, Quentin Gaillard, ancien joueur du Stade Nyonnais notamment, était à ses côtés. «Cette expérience m'a rendue plus forte et m'a offert davantage d'options.»

Photo: instagram.com/sandrinemauron_/

«J'ai également apprécié la mentalité des gens, leur enthousiasme et leur côté très positif. Cela pouvait certes parfois sembler un peu artificiel, un peu fake, comme on dit. Mais pour s'intégrer, c'était vraiment agréable. La vie était facile.» La Floride, ce n’est pas le Bronx et lui et son mari ont pu en profiter pour visiter. «Nous sommes descendus jusqu'à Key West, nous sommes allés à Miami, à Orlando et dans les parcs d'attractions. Nous avons aussi passé deux semaines à découvrir les canyons, la côte Ouest et la Californie.» Des souvenirs mémorables dans des endroits où «la nature est tellement belle qu'on déconnecte complètement». Sans manquer de respect au Chasseron.

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Les Etats-Unis, c’est une autre culture, notamment dans le domaine sportif. Un match est plus considéré comme un show qui inclut les spectateurs. Les avant-matches et les pauses sont beaucoup plus animés que ce qu’on a l’habitude de voir par chez nous. «Il y a des mascottes qui dansent, des jeux, des cadeaux à gagner… Les supporters sont également habillés de la tête aux pieds aux couleurs de leur équipe. Tout ce qui entoure le sport est très développé, notamment au niveau des stands et du merchandising.» Sandrine Gaillard a pu s’en rendre compte lors de la Coupe du monde, où elle a assisté à Suisse-Qatar, mais aussi en profitant d’être outre-Atlantique pour voir des matches de MLS, NFL, NHL et NBA.

«Nous avons eu énormément d'occasions d'assister à des rencontres de haut niveau. Nous étions parfois invités à certaines. Nous sommes allés voir le Tampa Bay Lightning au hockey. Nous avons également vu du basket à Orlando et nous sommes allés deux fois voir des matches de soccer de l'Inter Miami.» Sans oublier le football américain. «Nous avions dû regarder quelques vidéos sur YouTube pour comprendre les règles avant d'aller voir des matches.» Avec une spécificité propre au public américain: «Certaines familles arrivaient alors que le match avait déjà commencé depuis quinze minutes, puis repartaient avant la fin.»

Le football aux Etats-Unis

Mais Sandrine Gaillard n’a pas traversé l’Atlantique pour faire une année sabbatique sous le soleil floridien. Le football féminin fait figure de référence aux Etats-Unis.«Il y avait une énorme concurrence, avec ce côté parfois très individualiste des joueuses américaines qui veulent montrer qu'elles sont les meilleures. Cela m'a appris à me donner encore davantage à l'entraînement.» Tout en conservant son «côté européen», en gardant les pieds sur terre et en restant humble. «J'ai également appris à lâcher un peu prise et je pense que j'ai trouvé un équilibre entre ces deux mentalités.» Avec aussi une grosse différence au niveau du style de jeu.

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Dans la ligue qu’elle a découverte, «c'est un jeu très athlétique, dans lequel on court énormément.» Beaucoup de jeu long et de box-to-box, moins de construction et de ballons dans les pieds, au contraire de ce qu’essaie de présenter Yverdon Sport Women. «C'était aussi un jeu très individuel, avec parfois des gestes spectaculaires, des bicyclettes… En revanche, le rythme et l'intensité étaient plus élevés que dans le championnat suisse.»

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«Nous avions tout de même environ 2000 spectateurs de moyenne à domicile.»
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Les journées aussi étaient différentes. «Elles commençaient vers 7h ou 7h30 et se terminaient vers 14h. Nous passions tout ce temps au centre d'entraînement. Nous avions les repas, les soins, tout était organisé de A à Z. Ensuite, nous pouvions profiter de notre temps libre.» Et récupérer des longs voyages.

Quelque 1550 kilomètres séparent Tampa de Dallas ou de New York. «Nous prenions des avions de ligne. Généralement, nous partions le vendredi, nous jouions le samedi et nous rentrions le dimanche. Les vols duraient au minimum deux heures.» Normal pour des Américains, beaucoup moins pour des gens ayant grandi dans le Nord vaudois. «Heureusement», il y avait aussi d’autres équipes basées en Floride. «Pour ces déplacements, nous prenions le bus, avec parfois six ou sept heures de trajet le vendredi.» Avec retour le dimanche également. Rien à voir avec un déplacement du Stade municipal à la Praille un mercredi soir.

Photo: keystone-sda.ch

L’USL Super League, ligue professionnelle lancée en 2024 et censée concurrencer la NWSL, n’a pas la renommée de sa rivale. «Les attentes étaient un peu moins importantes. Mais nous avions tout de même environ 2000 spectateurs de moyenne à domicile.» Soit l’objectif sur 7 ans du projet d’Yverdon Sport Women.

Le projet Yverdon Sport Women

«Nous avons aussi plutôt bien commencé le championnat. Nous livrons de bonnes performances et les résultats commencent à suivre.» Avant de disputer son dernier match du premier tour, YSW occupe le 7e rang de Women’s Super League à égalité de points avec Rapperswil, son adversaire dimanche. Pourtant, les choses avaient mal commencé pour les néopromues, avec trois revers de rang. Mais la troupe d’Arnaud Vialatte, dont l’objectif cette année est une place dans le top 8, monte en puissance. Ce ne sont pas Young Boys (1-1) et Bâle (victoire 3-2) qui diront le contraire.

Photo: Claudio De Capitani/freshfocus

A Yverdon, on ne brûle pas les étapes. Ce n’est que la deuxième année du plan stratégique et on construit brique par brique. «C'est un magnifique projet. Si toutes les pièces se mettent en place dans le bon ordre, il peut vraiment se développer. Il y a tout pour bien faire.» Les gens sont investis, avec un véritable esprit local et familial. Déjà présente il y a 15 ans, Sandrine Gaillard est bien placée pour observer l’évolution que le club a suivie.

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«Je ne ferme jamais complètement la porte à une opportunité, mais je suis là pour rester.»
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«Les terrains ont toujours été de bonne qualité, mais je trouve qu'un cap supplémentaire a été franchi dans la volonté de bien faire les choses. Et puis, il y a des détails qui changent beaucoup le quotidien, comme le fait que le club s'occupe de la lessive.» Plus besoin d'arriver avec son gros sac et de transporter toutes ses affaires à chaque fois. Un cap que toutes les équipes suisses de l’élite n’ont pas encore franchi.

Un autre élément qui «peut paraître anodin» mais qui plaît beaucoup à Sandrine Gaillard, c’est le fait de bénéficier de repas après les entraînements. «Cela évite de devoir cuisiner à 21h en rentrant chez soi. Les joueuses qui prennent le train peuvent manger directement, et les autres peuvent réchauffer leur repas.» Outre une nutritionniste, un psychologue est également à disposition. Mens sana in corpore sano.

Ce qui n’empêche pas l’internationale helvétique d’avoir de l’appétit, surtout quand elle voit que son ancien club, Servette Chênois, dispute la Champions League avec des affiches de prestige contre l’OL Lyonnes ou le FC Barcelone. «C'est aussi un objectif que nous devons garder en tête à Yverdon. Nous devons continuer à développer le projet pour ne pas nous contenter de jouer le milieu de tableau ou de lutter pour le maintien.»

De quoi donner envie à Sandrine Gaillard de finir sa carrière au Stade municipal? «Tout peut arriver et je ne ferme jamais complètement la porte à une opportunité, mais je suis là pour rester. Je me sens vraiment bien ici.» L’ancrage régional et le fait que «tout le monde se connaisse» jouent un rôle majeur dans son attachement au club phare du Nord vaudois. Même si elle ne dirait pas non à passer quelques semaines au Brésil l’été prochain.

L’équipe de Suisse

Photo: Claudio De Capitani/freshfocus

Celle qui compte 46 sélections sous les drapeaux n’a encore jamais été convoquée en équipe de Suisse par le nouveau sélectionneur, Rafel Navarro. Présente lors du dernier Euro, elle figure toutefois toujours sur la liste des joueuses de piquet. «C’est le sélectionneur qui décide. Je n’ai pas reçu d’appel personnel de sa part, mais on verra.» La milieu de terrain espère que son retour en Suisse lui donnera davantage de visibilité.

D’autant plus qu’Yverdon présente un jeu basé sur la construction et la circulation du ballon, un peu ce que tente d’inculquer le Barcelonais à la Nati. Un point en sa faveur? «Je l'espère! C'est tout ce qu'on peut souhaiter. A moi de tout donner pour y arriver. Et pourquoi ne pas permettre aussi à d'autres joueuses d'Yverdon d'être convoquées?» Alors que l’équipe de Suisse n’a pas beaucoup de défenseures centrales, Zia Girardin, à seulement 21 ans, fait déjà figure de pilier dans l’arrière-garde nord-vaudoise et progresse saison après saison.

Photo: keystone-sda.ch

En tout cas, Sandrine Gaillard conserve l’envie de représenter son pays. «Si je suis appelée, j'y vais directement!» D’autant plus que jouer une Coupe du monde au Brésil, le pays du football, représente un rêve pour toute personne aimant le beau jeu. «J'ai toujours admiré Marta. Ce serait une compétition extraordinaire, c'est certain que cela fait rêver.» Elle n’est pas la seule et, encore plus au milieu du terrain, la concurrence est rude.

Mais, dans le cas où la Nati se qualifie - ce qui n’est de loin pas encore fait - et qu’elle n’est pas convoquée, il n’y aurait pas de quoi en faire un drame. «Si on m'avait dit il y a quinze ans que je disputerais trois Euros et une Coupe du monde, j'aurais signé tout de suite! Je suis déjà très contente de mon parcours.» Une nouvelle Coupe du monde serait tout simplement la cerise sur le gâteau d’une savoureuse carrière.

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