«Pour moi, c’était soit Servette Chênois, soit partir à l’étranger.» Contre toute attente, Maéva Clémaron s’est finalement engagée avec Yverdon Sport l’été dernier à l’issue de son aventure en grenat. Attirée par le plan de développement sur sept ans présenté par le club nord-vaudois pour sa section féminine, la milieu de terrain française de 33 ans voulait soutenir ce projet en aidant YSF à retrouver l’élite. «Je me suis dit que c’était certes un autre club en Suisse, mais en LNB, donc c’était différent», justifie l’ancienne joueuse d’Everton et de Tottenham. Victime d’une déchirure du ligament du genou droit lors d’un match à Wil le 14 février dernier, celle qui compte six sélections avec les Bleues ne peut actuellement pas être sur le terrain pour le barrage de promotion/relégation et notamment pour le derby crucial contre Sion samedi au Stade municipal (18h). L’architecte a donc dû changer ses plans. Interview.
Maéva Clémaron, ces matches depuis les tribunes, comment les vivez-vous?
C’est forcément frustrant par moments, je ne vais pas mentir. J'ai travaillé très dur pour qu'on atteigne notre objectif et vivre ces matches décisifs depuis les gradins, ce n’est pas évident. Mais j’ai la chance de rester impliquée malgré tout.
Dans quel rôle?
Avant les matches, je parle beaucoup avec les filles, parfois sur des éléments liés au jeu, parfois simplement pour apporter de la confiance ou du calme. Avec l’expérience, on apprend l’importance de ces petits échanges-là. Avec l’entraîneur (ndlr: Arnaud Vialatte), on échange beaucoup, notamment à la mi-temps. Depuis les tribunes, on a parfois une autre lecture de certaines phases de jeu, donc si je vois des détails qui peuvent aider l’équipe, je lui transmets et ensuite il décide ce qu’il veut utiliser avec les joueuses. C’est important pour moi de continuer à avoir un impact, même d’une autre manière. Mais je tiens à préciser que tout se fait toujours en collaboration avec le coach et le staff.
Vous semblez très investie. Cela signifie que vous avez été très bien accueillie dans votre nouvelle équipe, non?
Oui, clairement. Dès le premier jour, je me suis sentie accueillie humainement, écoutée et très rapidement intégrée dans le club. Même avec la blessure, je n’ai jamais eu le sentiment d’être mise de côté. Au contraire, le staff et les joueuses m’ont toujours permis de rester impliquée dans la vie du groupe. Ça compte énormément dans ces moments plus compliqués personnellement.
Comment est-ce qu’on explique qu’une joueuse comme vous rebondisse en LNB?
Après mon départ de Servette, j’avais le sentiment qu’il me restait encore un défi à relever avant la fin de ma carrière. Je ne voulais pas terminer sur cette dernière expérience-là. Au départ, j’imaginais plutôt quelque chose d’un peu différent, peut-être à l’étranger. Et puis le projet d’Yverdon est arrivé. J’ai senti que je pouvais encore apporter quelque chose.
Qu’est-ce qui vous a attirée?
Ce qui m’a plu, c’est avant tout la vision du club. Dès les premiers échanges avec le coach, la direction et le président, j’ai senti une vraie envie de faire évoluer les conditions du football féminin, de professionnaliser davantage la section et de construire quelque chose de sérieux sur le long terme. Il y a aussi les valeurs humaines. J’ai rencontré des personnes bienveillantes, ouvertes à la discussion, avec une vraie envie d’avancer ensemble. Honnêtement, si c’était à refaire, je referais exactement le même choix.
Et sur le plan footballistique?
A Yverdon, il y a un vrai plan de jeu. Le club voulait mettre en place une équipe capable de faire vivre le ballon, d’avoir la possession, de développer un football ambitieux. En tant que milieu de terrain, c’est évidemment quelque chose qui me parle beaucoup. À ce moment de ma carrière, j’avais aussi envie de transmettre, d’apporter mon expérience et d’aider un groupe à grandir. Participer à un projet comme celui-là, dans un environnement sain et ambitieux, ça avait beaucoup de sens pour moi.
Est-ce que, lorsque votre aventure servettienne s’est terminée, vous avez songé à ranger les crampons?
Pas immédiatement, non. Au fond de moi, je sentais qu’il me restait encore quelque chose à vivre dans ma carrière. Je n’avais pas l’impression d’avoir terminé comme j’en avais envie, donc l’idée d’arrêter ne s’est pas imposée tout de suite.
Vous avez notamment joué à Tottenham et à Servette Chênois. En termes d’infrastructures, comment situez-vous Yverdon par rapport à ces deux clubs?
Je pense qu’il faut rester mesuré dans les comparaisons. Comparer Yverdon à Tottenham, ce n’est pas pertinent. L’Angleterre, c’est un championnat et un contexte où le football féminin est développé depuis beaucoup plus longtemps, avec des moyens totalement différents. En revanche, par rapport à ce que j’ai connu en Suisse, j’ai été très agréablement surprise. Il n’y a pas énormément de différences au quotidien avec certains clubs de Super League. À Yverdon, les joueuses ont accès à de très bonnes conditions de travail : le suivi médical, la récupération, les infrastructures, la salle de musculation. On a aussi des repas après l’entraînement. Même à Servette, il n’y en avait pas. Honnêtement, à part la masse salariale et l’argent investi individuellement dans les contrats des joueuses, il n’y a pas grand-chose qui change.
Qu’est-ce que vous connaissiez d’Yverdon avant d’arriver au Stade municipal?
Je connaissais un peu le club, forcément, notamment parce qu’on les avait affrontées il y a quelques années avec Servette en Women’s Super League. Et puis il y a aussi un petit clin d’œil personnel: quand je suis arrivée en Suisse pour travailler dans mon bureau d’architecture, l’un de mes premiers projets concernait justement un concours à Yverdon-les-Bains. C’était la première ville sur laquelle j’ai travaillé en arrivant ici, donc il y avait peut-être un petit signe du destin dans tout ça.
A Genève, il était facile pour vous de concilier votre travail d’architecte avec la pratique du football à Servette. Qu’en est-il maintenant?
Finalement, ça se passe très bien aussi. J’ai eu la chance que mon bureau d’architecture, CCHE, s’adapte à ce changement sportif. Il y a aussi une vraie relation de confiance avec mon employeur. Aujourd’hui, je fais principalement du télétravail et je vais dans nos locaux une journée par semaine, généralement le jour où nous sommes off avec l’équipe. Ça me permet de continuer à concilier les deux sereinement. Pouvoir continuer à mener à la fois ma carrière d’architecte et mon parcours dans le football, c’est une chance.
Le plan présenté par le président Jamie Welch porte sur sept ans. Comment voyez-vous votre futur à YSF?
Je ne me vois pas jouer encore sept ans, on va être honnête. À 33 ans, il faut aussi savoir penser à la suite et progressivement passer le relais. Aujourd’hui, ma priorité est d’abord de revenir correctement de cette blessure afin de pouvoir terminer mon aventure sportive sur le terrain comme je le souhaite. Après, oui, il y a des discussions avec le club concernant la suite. J’aimerais continuer à transmettre d’une certaine manière, parce que je pense que l’expérience accumulée au fil des années peut être utile. En revanche, je ne me vois pas forcément devenir entraîneure principale. Ce qui m’intéresse davantage, c’est le travail plus technique et tactique, l’analyse, les détails du jeu, l’accompagnement des joueuses. J’ai aussi ma carrière d’architecte que je souhaite continuer. L’idée, c’est surtout de trouver un équilibre et de continuer à apporter quelque chose au club et au football féminin, d’une manière ou d’une autre.