Sur le point d’entrer dans sa dernière ligne droite, avant la finale dimanche 19 juillet, la Coupe du monde de football a déjà tenu l’une de ses promesses: remettre en jeu le destin de ses stars. Certaines sont parties sur la pointe des pieds, comme Cristiano Ronaldo, éliminé avec le Portugal dès les huitièmes de finale; d’autres ont été à la hauteur de la pression, comme Lionel Messi et Kylian Mbappé, qui trônent tous les deux sur la première marche du classement des meilleurs buteurs de la compétition. Mais un tel événement est surtout l’occasion de révéler aux yeux du monde des talents qui n’attendaient que ça. Si le milieu de terrain du SC Fribourg, Johan Manzambi, en fait indéniablement partie, un homme tire son épingle du jeu plus que tout autre: Erling Braut Haaland.
Ce n’est pas tant pour ses (belles) performances sur le terrain que l’attaquant norvégien de 25 ans s’est illustré. Incroyable caisse de résonance, le mondial a surtout révélé un sportif à la cool attitude d’autant plus notable qu’elle est rare. Loin des communications policées qui sont désormais la norme pour les superstars du ballon rond, Erling Haaland enchaîne les vlogs, les selfies et les pranks, au point d’être devenu un objet de fascination sur Internet. Entre mèmes, montages et t-shirts qui lui rendent hommage, la pop culture s’est emparée de son nouveau héros, sur lequel les fans projettent un modèle de masculinité moderne loin du virilisme du sport de haut niveau.
Le foot dans le sang
Si la Coupe du monde a popularisé son nom jusqu’aux Etats-Unis, où le soccer est loin d’être un sport national, Erling Haaland ne sort pas de nulle part. En réalité, ses sept buts marqués avant de disputer un quart de finale relevé contre l’Angleterre, ce samedi soir, ne surprennent pas les amateurs de football. Le grand (1,95 mètre) blond impressionne depuis au moins 2019, lorsque, recruté par le club de Salzbourg, il est élu meilleur joueur de l’année en Autriche. Transféré au bout d’un an au Borussia Dortmund, en Allemagne, Erling Haaland y suit un parcours à l’image de son tout premier match sous les couleurs jaune et noir: entré à la 56e minute alors que Dortmund est mené 3-1, il retourne le cours du jeu avec un triplé. Transféré en 2022 à Manchester City, celui qui a aussi la nationalité britannique (il est d’ailleurs né à Leeds) ne cesse d’y briller, jusqu’à porter son club sur le toit de l’Europe en 2023, avec la première Ligue des champions de son histoire.
Ses statistiques démentielles débouchent sur autant de surnoms hyperboliques. Celui qu’on appelle volontiers le cyborg est «un monstre» pour l’entraîneur Arsène Wenger, une «force de la nature» pour l’Allemand Jürgen Klopp, d’une «nouvelle race d’attaquant», à en croire l’ancien international français Thierry Henry. Le sport en général, et le football en particulier, Erling Haaland a ça dans le sang. Sa mère, Gry Marita Braut, est une heptathlète, son père, Alf-Inge Håland (le fils a fait changer la graphie du nom de famille en quittant la première division norvégienne pour l’Autriche), a lui aussi joué pour Manchester City, 20 ans avant son rejeton. Erling grandit en admirant Zlatan, Van Persie, Messi, Edin Dzeko ou Vardy. Mais surtout en jouant, tout le temps. «Quand il neigeait, on jouait à l'intérieur», raconte celui qui est retourné en Norvège à l’âge de 3 ans à «GQ» et a montré des talents très précoces. «J’essaie toujours de faire les trucs que je faisais quand j’avais 13 ans, dans la ville dans laquelle j’ai grandi [Bryne]. Je cours exactement de la même façon. Regardez des vidéos de moi à 13 ans, vous verrez exactement la même chose.»
«Sourire et prendre du plaisir»
Si Erling Haaland figure parmi les meilleurs buteurs du monde, il appartient aussi à cette catégorie très particulière de joueurs qui n’ont pas d’équipe nationale aussi flamboyante qu’eux. La Norvège, qui mise généralement plus sur les sports d’hiver que sur le football, revient en Coupe du monde pour la première fois depuis 1998. Mais ce n’est pas un hasard: le pays mise beaucoup sur le sport chez les jeunes, avec la mise en place d’un système qui l’encourage en évitant trop de pression. «Ce ne sont pas les entraînements qui ont fait d’Erling Haaland un bon joueur», explique son premier entraîneur, Alf Ingve Berntsen, dans les colonnes du «Monde». «Mais l’espace mental que Bryne lui a offert. Nous lui avons permis de bénéficier d’un environnement sûr et favorable, dans lequel il a pu s’épanouir, tout en ayant le droit de vivre pleinement son enfance et son adolescence.»
De ces méthodes très scandinaves, qui stipulent par exemple de ne pas compter les points lors des tournois de foot avant que les enfants aient 11 ans, et de récompenser tout le monde jusqu’à 16 ans, Erling Haaland a gardé un état d’esprit décidément cool. Avant le match contre le Brésil, que la Norvège a éliminé à la surprise générale en huitième de finale, «j’ai dit [à mes coéquipiers] que quoi qu’il arrive, il fallait sourire et prendre du plaisir», raconte l’avant-centre dans l’un des vlogs qu’il consacre au mondial sur sa chaîne YouTube. Et rien ne plaît plus que les outsiders qui gardent le sourire.
Une pop-culturisation en marche
Le sourire d’Erling Haaland, justement, fait des ravages. Sur les réseaux sociaux, rien n’amuse plus les internautes que de rire du contraste entre sa carrure de Viking et ses expressions presqu’enfantines. Son corps un peu courbé lorsqu’il se lance à pleine vitesse sur le terrain fait peur; ses clins d'œil et ses mimiques font fondre tout un chacun. L’attaquant se montre sous un jour très différent des autres footballeurs superstars, dont la communication est aujourd’hui ultra verrouillée. Sur YouTube, il documente une virée dans des magasins texans pour aller s’acheter des santiags et des Stetson. Sur Instagram, il poste la fausse audition de sosies pour une pub Nike, dont l’acteur Channing Tatum qui arbore une magnifique perruque blonde. Sur Snapchat, il balance des selfies avec son «jumeau»… Shrek, le fameux ogre vert des studios Dreamworks. Et ne cesse de prendre avec beaucoup de distance les messages méprisants qu’il reçoit souvent sur son physique. Avec ses longs cheveux blonds, qu’il attache avec un élastique dont la couleur est soigneusement assortie avec celle de son maillot, le footballeur est souvent traité de fille. «Je m’en fous», assure-t-il à «GQ». «Je ne suis pas constamment sur les réseaux sociaux en train de lire ce qu’on écrit de moi.»
Son humour dévastateur fait aujourd’hui le tour du monde mais ne date pas d’hier. En 2022, alors qu’il était le seul joueur de Manchester City à ne pas être sélectionné pour la Coupe du monde au Qatar, Erling Haaland se fendait d’une hilarante vidéo dans laquelle il racontait ses journées solitaires en attendant le retour de ses coéquipiers. Surtout, l’avant-centre n’est aujourd’hui plus le seul à l’initiative. Sa pop-culturisation le dépasse, avec par exemple la commercialisation d’un t-shirt «Braut Summer», sur le modèle du «Brat Summer» popularisé par la chanteuse Charli XCX en 2024 (Braut étant le nom de jeune fille de la mère d’Erling, qui figure donc dans son patronyme complet).
Une nouvelle masculinité
Plus encore qu’un objet de fascination rigolote, Erling Haaland devient aujourd’hui un corps sur lequel on projette bien des fantasmes. Ceux d’une masculinité épanouie et pas toxique, dans un milieu si compétitif que l’agressivité et le virilisme sont souvent la norme. Son comportement sur le terrain, implacable lors des touches de balle mais souvent très amical avec ses adversaires et calme même lorsqu’il est victime de fautes éhontées, est loué. Ses célébrations? Lorsqu’il n’imite pas un robot, il se met dans la position du lotus, celle-là même qu’il adopte tous les jours pour ses séances de méditation. «Il a l’air d’exister hors du moule habituel de la masculinité associée au football», résume l’artiste indienne Ira Patil, absolument pas fan de foot mais néanmoins détentrice d’un compte Instagram consacré à l’attaquant norvégien, auprès de «Vogue». «Il renvoie une impression de gentillesse et de sincérité inattendues dans un sport associé à l'agressivité.»
Le fait qu’il possède toute une collection de sacs à main Birkin (modèles iconiques de la marque Hermès) et qu’il s’affiche sur YouTube en train de faire joyeusement la cuisine et d’expliquer en long, en large et en travers la meilleure manière de cuire un steak, ne fait que renforcer cette impression. Comme son couple avec Isabel Haugseng Johansen, rencontrée très jeune sur les terrains de football, et qui ne le quitte plus depuis de nombreuses années. Qu’importe que la plupart des joueurs se mettent en couple et fondent une famille très tôt: chez Haaland, voilà qui est perçu comme une indéfectible preuve de loyauté.
En atteignant les quarts de finale, la Norvège a déjà dépassé toutes les prévisions de succès lors de cette Coupe du monde. La chorégraphie de la victoire de leurs supporters, qui imitent le fait de ramer sur un drakkar, est devenue aussi culte que le clapping des Islandais lors de l’Euro 2016. Comme leurs perruques, un grand nombre ayant choisi de se coller le petit chignon blond d’Erling Haaland sur la tête. Car indéniablement, l’attaquant est devenu le joueur chouchou d’Internet. Avec tous les risques que cela comporte, notamment celui de la déception. Mais le jeune homme, qui s’apprête à fêter ses 26 ans dans quelques jours, a les épaules pour tenir face à la déferlante de popularité qui s’abat sur lui. «Être concentré, être prêt, être calme dans sa tête, je crois que c’est l’une des choses les plus importantes pour un footballeur», explique-t-il à «GQ». Sur le terrain, comme en dehors.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Mexique | 3 | 6 | 9 | |
2 | Afrique du Sud | 3 | -1 | 4 | |
3 | République de Corée | 3 | -1 | 3 | |
4 | République Tchèque | 3 | -4 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Suisse | 3 | 4 | 7 | |
2 | Canada | 3 | 5 | 4 | |
3 | Bosnie-Herzégovine | 3 | -1 | 4 | |
4 | Qatar | 3 | -8 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Brésil | 3 | 6 | 7 | |
2 | Maroc | 3 | 3 | 7 | |
3 | Écosse | 3 | -3 | 3 | |
4 | Haïti | 3 | -6 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Etats-Unis | 3 | 4 | 6 | |
2 | Australie | 3 | 0 | 4 | |
3 | Paraguay | 3 | -2 | 4 | |
4 | Turquie | 3 | -2 | 3 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Allemagne | 3 | 6 | 6 | |
2 | Côte d´Ivoire | 3 | 2 | 6 | |
3 | Equateur | 3 | 0 | 4 | |
4 | Curaçao | 3 | -8 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Pays-Bas | 3 | 6 | 7 | |
2 | Japon | 3 | 4 | 5 | |
3 | Suède | 3 | 0 | 4 | |
4 | Tunisie | 3 | -10 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Belgique | 3 | 4 | 5 | |
2 | Egypte | 3 | 2 | 5 | |
3 | Iran | 3 | 0 | 3 | |
4 | Nouvelle-Zélande | 3 | -6 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Espagne | 3 | 5 | 7 | |
2 | Cap Vert | 3 | 0 | 3 | |
3 | Uruguay | 3 | -1 | 2 | |
4 | Arabie Saoudite | 3 | -4 | 2 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | France | 3 | 8 | 9 | |
2 | Norvège | 3 | 1 | 6 | |
3 | Sénégal | 3 | 2 | 3 | |
4 | Irak | 3 | -11 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Argentine | 3 | 7 | 9 | |
2 | Autriche | 3 | 0 | 4 | |
3 | Algérie | 3 | -2 | 4 | |
4 | Jordanie | 3 | -5 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Colombie | 3 | 3 | 7 | |
2 | Portugal | 3 | 5 | 5 | |
3 | République Démocratique du Congo | 3 | 1 | 4 | |
4 | Ouzbékistan | 3 | -9 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Angleterre | 3 | 4 | 7 | |
2 | Croatie | 3 | 0 | 6 | |
3 | Ghana | 3 | 0 | 4 | |
4 | Panama | 3 | -4 | 0 |