Les divisions inférieures du football suisses sont pleines d'injustices: ces joueurs au talent supérieur qui devraient leur permettre d'évoluer bien plus haut. Les exemples sont nombreux, mais l'une de ces injustices a été réparée cet été depuis que Martin François, le très élégant milieu de terrain formé au FC Sochaux-Montbéliard, a pu monter voilà quelques semaines avec le SC Kriens en Challenge League. A 29 ans, le Doubiste retrouve un niveau de jeu plus conforme à ses qualités footballistiques, ce qu'il démontre d'ailleurs depuis le début de la saison en deuxième division.
Si le club lucernois, confortable 5e avec 10 points en 7 matches, s'est bien adapté à sa nouvelle réalité, c'est également à son milieu de terrain qu'il le doit. Titulaire indiscutable (il a disputé chaque minute de chaque match), le Français a notamment ouvert la marque lors du surprenant succès 2-0 face à Winterthour, tout frais relégué de Super League.
Pas de quoi étonner ceux qui le suivent de près depuis plusieurs années, tant il était évident que sa technique et son sens de la passe pouvaient lui permettre de faire la différence bien plus haut qu'en 1re ligue, ou même en Promotion League. La tête toujours levée, l'anticipation comme arme maîtresse, le pied qui ne tremble pas et une agressivité appréciable à la perte de balle: difficile d'imaginer un milieu de terrain plus complet.
Des débuts en Ligue 2 avec Marcus Thuram et Karl Toko Ekambi
Formé au FCSM, il y a effectué ses débuts professionnels et une feuille de match d'août 2015, alors qu'il était âgé de 18 ans, vient souligner son potentiel, puisque ce jour-là, il entre en jeu à la 75e à Niort en Ligue 2, soit treize minutes avant... Marcus Thuram. Un certain Karl Toko Ekambi avait marqué le seul but sochalien. Son parcours l'a ensuite mené à Belfort, Dunkerque, Villefranche et Louhans-Cuiseaux, avant qu'il ne traverse la frontière en 2021 pour rejoindre les SR Delémont, alors en 1re ligue.
Une belle aventure à Delémont, avec une fin tragique
L'aventure a été belle dans le Jura, avec la montée en Promotion League au terme d'une saison 22/23 époustouflante (20 victoires en 30 matches), une belle aventure en Coupe de Suisse dans la foulée (éliminations de Saint-Gall et Lucerne, défaite en quarts contre Servette). Mais elle sera aussi marquée par une blessure éternelle avec cette relégation si cruelle en 2025, où il prend ses responsabilités et manque le penalty du maintien à la 96e du dernier match à Brühl. Kriens, comme d'autres, l'avait cependant repéré et lui a aussitôt donné la possibilité de se relancer sur le plan personnel et de rejoindre un projet ambitieux, couronné un an plus tard par la montée en Challenge League.
«C'était le projet qu'on m'avait présenté. Dès que je suis arrivé, j'ai vu dès les premiers matches que c'était un club ambitieux et sérieux. On est restés en haut toute la saison et on est montés assez logiquement au final», a confié Martin François à Blick vendredi dernier, dans les couloirs du Kleinfeld, sa nouvelle maison.
Est-il surpris par le niveau affiché par ses coéquipiers et lui lors de ce sept premiers matches de Challenge League? «On a travaillé pour ça. On joue avec nos qualités et on essaie de poser le jeu. On essaie de construire et on ne change pas de philosophie parce qu'on est montés en Challenge League, au contraire. On a gardés quasiment la même équipe, cela n'aurait pas de sens de jouer différemment. On savait déjà la saison dernière où on voulait aller et on est dans la continuité.»
Kriens veut se mettre à l'abri très vite
Cet état d'esprit joueur n'a cependant pas suffi à faire tomber le SLO vendredi, les Lausannois venant très logiquement s'imposer 2-0 au Kleinfeld. «Ils ne sont pas premiers pour rien, mais je pense qu'on a quand même fait un bon match. C'est normal, on apprend, c'est la première saison, on est challengés», contre Martin François, qui compte bien prendre le maximum de points en ce début de saison, afin de laisser Nyon le plus loin possible et de ne pas être concerné par la relégation.
Son choix de rejoindre Kriens a donc été le bon. «La fin de saison à Delémont a été délicate à gérer, avec de l'émotion. Ce n'était pas simple du tout», relève-t-il aujourd'hui pudiquement, lui qui suit toujours de près l'actualité des SRD. «J'avais quelques projets qui s'offraient à moi, que ce soit à l'étranger ou en Suisse. Kriens était intéressant, même si c'était totalement nouveau pour moi. J'ai bien aimé le discours du directeur sportif et du coach et je me suis renseigné un peu via des connaissances qui avaient joué ici. Tout le monde m'a dit que c'était un club sérieux.» Alors, même sans parler allemand, direction le canton de Lucerne.
Les trajets depuis Montbéliard
«Je connais un peu les bases de l'allemand et je peux parler sur le terrain. Mais plus, non. Je parle anglais avec le coach et français avec plusieurs coéquipiers», explique-t-il, lui qui effectue très régulièrement les trajets entre Montbéliard et Kriens, soit deux heures de route à peu près. «Je peux dormir à l'hôtel ici quand je veux, c'est parfait. C'était compliqué de faire déménager ma famille, on a une petite de deux ans maintenant. Ça va très bien comme ça», assure-t-il.
Et comme tout se passe très bien sur le terrain, pas question de se prendre la tête au-delà de son contrat qui se termine en juin prochain. «Ce n'est pas le moment d'y penser, mais de bosser dur.» Et de gravir encore les échelons d'un football suisse souvent trop frileux avec les talent de ses ligues inférieures? Là aussi, il tempère. «Oui, j'ai connu un peu le monde pro en France, mais là, c'est un nouveau championnat que je découvre et je ne pense pas à la suite. Il faut que je continue à faire des bons matches et à être performant, c'est tout.»
Le FCSM de retour en Ligue 2, une vraie joie
Le Doubiste continue à suivre de près l'actualité de son club formateur, remonté en Ligue 2 l'été dernier et qui a débuté le championnat avec six points en cinq matches. «Bien sûr! Je suis super content qu'ils soient remontés et qu'ils aient retrouvé leur place dans le monde professionnel, celle du FCSM. J'ai encore deux ou trois amis qui sont dans le staff, et des connaissances sur. le terrain. Pour eux et pour toute la région, voir Sochaux en Ligue 2, c'est une très bonne nouvelle pour tout le monde.» Son chemin à lui, il l'a tracé patiemment dans le monde du football suisse. Et il n'a pas fini de le parcourir.
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