«Cela aurait pu être évité»
Un expert en visas critique l'ASF sur le cas Breel Embolo

L'arrivée de Breel Embolo à San Diego est encore retardée. L'avocat Lorenz Wolffers, spécialisé dans les questions de visas, critique l'ASF et explique comment ce cas aurait pu être évité.
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Le départ de Breel Embolo pour les Etats-Unis est encore retardé.
Photo: TOTO MARTI
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Christian Finkbeiner

Le cas de Breel Embolo continue de faire parler. Jeudi encore, l’attaquant de l’équipe de Suisse n'a pu s’envoler pour les États-Unis. Déjà bloqué mardi, il n’avait pas été en mesure de décoller avec le reste de la sélection.

Breel Embolo est rattrapé par son passé. En avril, il a fait l’objet d’une condamnation définitive dans une affaire remontant à 2018. L’autorisation ESTA, qu’il avait obtenue en mai dernier, n’était donc plus valable, ce qui l’a contraint à déposer personnellement une demande de visa mercredi auprès de l’ambassade des États-Unis à Berne. Où son dossier est toujours en cours de traitement.

Plusieurs questions se posent désormais: Qui porte la responsabilité de ce retard qui empêche l'attaquant suisse de rejoindre les États-Unis? Toute cette situation aurait-elle pu être évitée? Et quel rôle a joué l’Association suisse de football (ASF)?

L'ASF n'a pas été proactive

Une chose est sûre: l’ASF a mal évalué la situation et en a sous-estimé les conséquences. Mardi, avant même le départ de l’équipe, la fédération espérait encore que Breel Embolo puisse rejoindre le groupe dans les 24 heures. Le fait qu’il n’ait été bloqué qu’au comptoir d’enregistrement s’explique par la procédure habituelle: les compagnies aériennes transmettent les données des passagers aux autorités américaines quelques heures avant le décollage, ce qui permet aux systèmes de contrôle d’effectuer les vérifications nécessaires.

Pour Lorenz Wolffers, avocat établi à New York et spécialiste des questions de visas, la fédération aurait dû agir bien plus tôt. «L’ASF aurait pu déposer une demande de visa B-1 auprès de l’ambassade américaine à Berne plusieurs mois à l’avance. Dans ce cadre, la procédure pénale aurait dû être signalée. Étant donné qu’il s’agit d’un cas particulier lié à la Coupe du monde, la demande aurait très probablement été acceptée », explique à Blick ce juriste possédant la double nationalité suisse et américaine.

Selon Lorenz Wolffers, les ambassades et consulats américains déconseillent clairement le recours à l’ESTA lorsqu’une personne a déjà été arrêtée ou condamnée. «Tout avocat sérieux déconseillerait l’utilisation d’un ESTA dans une telle situation et recommanderait plutôt une demande de visa. Cela offre davantage de sécurité et de clarté», affirme-t-il. «Je ne comprends pas pourquoi cette démarche n’a pas été entreprise pour Embolo. Si le dossier avait été traité avec toute l’attention nécessaire, cette procédure d’urgence aurait pu être évitée. Avec un visa en poche, il aurait pu voyager avec l’équipe sans difficulté.»

Pas de traitement de défaveur

Lorenz Wolffers se montre également critique envers les déclarations d’Adrian Arnold, responsable de la communication de l’ASF, faites mercredi lors de la conférence de presse à San Diego. Ce dernier avait expliqué que, selon l’interprétation de la fédération, Breel Embolo pouvait répondre par la négative à la question figurant sur le formulaire ESTA demandant si la personne avait déjà été arrêtée ou condamnée pour une infraction ayant causé des dommages matériels importants ou des préjudices graves à une autre personne ou à une autorité publique.

Pour Lorenz Wolffers, la formulation de cette question est effectivement problématique et difficile à interpréter pour un non-spécialiste. «Il n’existe aucune définition précise de ce qui constitue un 'serious harm' (préjudice grave). Mais on ne marque pas des buts avec des arguments juridiques purement formels, que ce soit sur un terrain de football ou face aux services américains de l’immigration», souligne-t-il.

L’ASF est-elle victime d’un traitement plus sévère en raison de tensions politiques? Les autorités américaines veulent-elles faire de Breel Embolo un exemple? Pour Lorenz Wolffers, la réponse est claire: «Monsieur Embolo n’est pas traité différemment de nombreuses autres personnes, beaucoup moins connues que lui.»

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