Cela paraît fou, mais c’est pourtant vrai. Une jeune Suissesse surgit soudain au sommet de l’athlétisme mondial, dépasse en une seule année les plus grandes stars et les meilleurs chronos, puis s’impose comme la reine absolue du 800 m. Auparavant, elle était considérée dans le milieu comme un diamant brut qu’il ne restait plus qu’à polir. Retour sur les principales étapes de sa jeune carrière.
De grandes performances chez les juniors
Audrey Werro n’a que 17 ans lorsqu’elle se révèle véritablement pour la première fois. En 2021, à Tallinn (Est), elle remporte la médaille d’or du 800 m aux Championnats d’Europe M20 en 2’03’’12. La même année, elle établit également en pentathlon un record de Suisse M18 toujours en vigueur aujourd’hui. La jeune fille de Courtepin (FR) apprend très tôt à exploiter efficacement ses remarquables qualités athlétiques. En 2022, à seulement 18 ans, elle décroche l’argent aux Championnats du monde M20 de Cali (Col).
Un record qui tient toujours
En 2023, à Jérusalem, elle conserve son titre de championne d’Europe M20. Mais c’est surtout sa performance sensationnelle lors du meeting de Nice qui marque les esprits. Pour une fois, Audrey Werro s’aligne sur 1000 m et établit avec autorité le record du monde M20 en 2’34’’89. Depuis ce 17 juillet, aucune autre femme de cette catégorie d’âge n’a couru plus vite sur cette distance.
Les débuts olympiques
À 20 ans, Werro connaît son baptême olympique lors des Jeux d’été de Paris en 2024. L’immense talent fribourgeois emmagasine une précieuse expérience, mais paie également pour apprendre. La concurrence se révèle trop rapide. La Fribourgeoise, créditée d’un chrono de 1’59’’38, est éliminée avant même les demi-finales.
La première grosse chute
Lors des Championnats d’Europe en salle élites d’Apeldoorn (PB), Werro peut rêver d’une médaille. Mais elle chute alors qu’elle occupe une position favorable, voit le peloton s’éloigner et verse ensuite quelques larmes. Elle repart les mains vides.
Enchantée, Audrey Werro!
Durant l’été 2025, l’année où elle décroche sa maturité au Collège de Gambach, à Fribourg, Werro devient championne d’Europe M23 à Bergen (Nor). À ce moment-là, elle détient déjà depuis longtemps le record de Suisse du 800 m. Elle améliorera d’ailleurs encore son chrono au cours de l’année. Son ascension fulgurante au sein de l’élite commence alors.
Un mois de rêve
Elle n’oubliera sans doute jamais le mois d’août 2025. Elle monte d’abord pour la première fois sur un podium de Diamond League à Lausanne. Elle devient ensuite championne de Suisse à Frauenfeld en établissant une nouvelle référence nationale, qu’elle abaisse aussitôt lors de sa victoire à Weltklasse Zurich, avec un remarquable chrono de 1’55’’91. «C’est fou», lâche Werro, presque gênée, lorsqu’elle prend conscience de l’enthousiasme qu’elle suscite dans son pays. «C’est tout simplement magique!»
Des Mondiaux sans exploit
Un nouveau grand rendez-vous, et une nouvelle leçon pour l’athlète aux immenses qualités. Werro termine sixième des Championnats du monde de Tokyo en septembre 2025.
La délivrance tant attendue
En mars 2026, le moment est enfin venu. Werro décroche sa première médaille au niveau élite. Elle remporte l’argent aux Championnats du monde en salle de Torun (Pol), derrière la gagnante et superstar Keely Hodgkinson (24 ans, GB), qui deviendra ensuite sa grande rivale.
La naissance d’une star mondiale
Plus rien ne semble désormais pouvoir arrêter Audrey Werro. Partout où elle prend le départ en 2026, elle rafle tout. Après sa victoire en Diamond League à Rabat, elle signe une performance exceptionnelle une semaine plus tard, le 7 juin à Stockholm. En 1’53’’90, elle remporte pour la première fois un duel face à Hodgkinson. Les spécialistes sont stupéfaits et la pensent désormais capable de tout.
Un temps historique
Elle fait encore mieux lors de l’étape de Diamond League à Paris, le 28 juin, en réalisant un chrono de 1’53’’80. Elle devient ainsi la coureuse de 800 m la plus rapide de ce siècle et la troisième femme la plus rapide de tous les temps sur cette distance. Seules la Tchèque Jarmila Kratochvilova (1’53’’28) et Nadija Olisarenko, qui représentait l’Union soviétique (1’53’’43), ont couru plus vite. Leurs chronos remontent respectivement à 1983 et 1980.
Une deuxième chute, cette fois avec une fin heureuse
Lors des Championnats d’Europe de Birmingham, au début du mois d’août, tout le monde attend le grand duel entre Werro et la favorite locale Hodgkinson. Mais la Suissesse chute une nouvelle fois en demi-finale et s’écorche le genou ainsi que la hanche. Elle n’est toutefois pas éliminée, puisque le jury la repêche. Déséquilibrée par une adversaire, elle est finalement autorisée à disputer la finale. Et elle y devance une nouvelle fois toutes ses concurrentes: médaille d’or européenne en 1’54’’81! Hodgkinson termine deuxième. Ses parents Philomène et Claude, présents sur place, débordent de fierté.
D’émouvantes retrouvailles avec son public
La nouvelle championne d’Europe est accueillie avec ferveur par le public lors d’Athletissima, à Lausanne. À environ 54 kilomètres à vol d’oiseau de son domicile dans le canton de Fribourg, elle s’impose sur la mythique piste de la Pontaise. Elle gagne en 1’55’’33 et établit un nouveau record du meeting. Moins d’une semaine plus tard, elle brille à Weltklasse Zurich en améliorant encore son chrono exceptionnel réalisé à Paris. 1’53’’70! Plus que 42 centièmes la séparent de l’antique record de Kratochvilova.
Le couronnement (provisoire)
Fatiguée après une longue saison? Pas le moins du monde. Audrey Werro commence par remporter la Diamond League lors de la finale à Bruxelles. Puis elle jette une dernière fois toutes ses forces dans la bataille lors de l’Ultimate Championship de Budapest et s’adjuge l’ultime rendez-vous de l’année en 1’55’’88. Elle ne bat donc pas cette année le record du monde qu’elle visait. Pas encore, serait-on tenté d’ajouter. Sa saison n’en demeure pas moins historique et héroïque.