Michael Phelps se confie
«Voir jouer Roger Federer, c’était incroyable»

Dans le cadre des European Masters de golf, la légende de la natation Michael Phelps a été invité par son sponsor, Omega. Blick a eu la chance de s’entretenir avec lui en Valais.
1/2
Michael Phelps était présent à Crans-Montana au début du mois.
Photo: Omega
matthias davet..png
Matthias DavetSport-Journalist

Michael Phelps vient de finir sa compétition de «pro-am» – un joueur professionnel de golf est associé à un amateur – du côté de Crans-Montana. Lorsqu’il se rend dans le salon d’Omega – sponsor principal de l’European Masters, qui a organisé notre entretien –, la légende de la natation se fait fréquemment arrêter, pour prendre une photo.

Même dix ans après sa retraite, l’Américain n’a rien perdu de sa superbe. Il faut dire qu’il a grandement marqué l’histoire du sport, avec 28 médailles olympiques (dont 23 d’or) entre 2004 et 2016. Indéniablement l’un des plus grands, tous sports confondus.

En 2008 à Pékin, Omega a pu mettre en avant sa précision puisque, à l’arrivée de la finale du 100 m papillon, Michael Phelps a devancé son adversaire Milorad Cavic… d’un centième. Un moment dont l’ambassadeur de la marque de montres se souvient forcément…

Depuis 2008, Omega est-il ton sponsor préféré?

C'est en tout cas l'un de mes partenaires préférés avec qui travailler. Les événements auxquels je peux me rendre, les choses que je peux faire et les personnes que je peux rencontrer sont incroyables. C'est mon partenariat le plus long, depuis 2004. Pour moi, c'est la famille: je connais beaucoup de gens. Alors, quand je peux venir à des événements aussi sympathiques que les Omega European Masters de Crans-Montana, c’est super. Ça ne ressemble pas à du travail.

En 2008, Michael Phelps avait battu Milorad Cavic d'un cheveu.
Photo: AP

Grâce à leur précision et, surtout, ton talent, tu as pu battre Milorad Cavic à Pékin. Te souviens-tu de ta première réaction lors de l’officialisation?

Je me souviens qu'à environ 15 mètres du mur, je pouvais sentir l'eau projetée par le bras de Cavic. Dans ma tête, je me suis dit: «Oh oh, ça va être bien plus serré que ce que je le pensais.» Et quand j'ai touché le mur, mon esprit étant programmé ainsi, je ne regarde pas le temps en premier: je regarde le classement. Si tu vois un «1» à côté de ton nom, tu as gagné. C'est quand j'ai vu ça que j’ai célébré en grande pompe.

Une de tes plus belles victoires…

Oui, mais il n’y a pas seulement eu lui. Ryan Lochte, Ian Thorpe... J'ai eu des concurrents incroyables qui m'ont aidé à tirer le meilleur de moi-même. Je suis un compétiteur dans l'âme, et si tu me mets dans un combat, je peux passer au niveau supérieur et je ne ressens pas la douleur. Dans ces moments-là, mon esprit surpasse tout le reste.

Tu as passé ta carrière de nageur à te battre avec les chronos. Quelle est ta relation avec le temps qui passe aujourd'hui?

C'est tout l’inverse: je veux qu'il ralentisse! Je trouve ça fou d'y repenser, parce qu'avant j'essayais d'arrêter le chrono le plus vite possible, que ce soit un centième ou deux avant quelqu'un d'autre, peu importait. Et maintenant, avec quatre enfants, tu veux t'assurer de conserver les souvenirs de chaque petite chose qui arrive, parce que ça passe tellement vite. Le temps est quelque chose qu'on ne récupère pas, alors profitez de votre temps et utilisez-le intelligemment.

Tu as gagné tant de courses dans ta carrière. Y a-t-il une course que tu revois encore en te disant que tu aurais dû faire les choses différemment?

S’il y en a une que je referais, c'est peut-être le 400 m 4 nages à Londres en 2012 (ndlr: il termine 4e). J'ai nagé la course différemment, mais le résultat a été ce qu'il a été. Après, cette course a servi de tremplin pour me permettre d'avoir une bonne semaine par la suite, parce que j'avais ce goût amer en bouche d'avoir perdu. Ça a été le déclic qui m'a aidé à me re-concentrer et à me préparer pour le reste de la semaine.

Qu'est-ce qui te manque le plus de «Michael le nageur»?

C'est d'avoir la chance d'être sur le podium et d'entendre son hymne national. Pouvoir porter une médaille d'or pendant que ton hymne retentit, c'est la meilleure sensation au monde. Et avoir pu le faire 23 fois aux Jeux olympiques, c'est un rêve devenu réalité.

Aux Jeux olympiques, Michael Phelps a fait résonner à 23 reprises l'hymne américain.
Photo: AP

Tu es devenu l'un des visages des Jeux olympiques au cours de ta carrière. As-tu déjà eu l'impression que Michael Phelps l'athlète était devenu plus grand que Michael Phelps l'être humain?

Tout au long de ma carrière, j'étais simplement concentré sur mes objectifs. Comme tu l'as dit, je me battais contre le temps, je me battais contre le chrono. Pour moi, si je pouvais battre quelqu'un d'autre au mur, c'était tout ce qui comptait. Je pense que c'est la seule différence.

Réalisais-tu à Athènes, Pékin et Londres que ces victoires et ces objectifs allaient autant changer ta vie?

Je ne pense pas que ça ait tant changé ma vie. Évidemment, j'ai eu plus d'attention. Mais pour moi, je fais toujours ce que j'ai envie de faire, je vis la vie que je veux vivre. Je suis mon propre être humain et je pense qu'après ma retraite, j’ai pu me regarder dans le miroir et aimer la personne que j’ai vue.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de Léon Marchand, surtout après ses exploits à Paris. Penses-tu qu'il puisse devenir le «prochain Michael Phelps», c'est-à-dire un nageur qui dépasse le cadre de la natation?

C'est certain. Ce qu'il a fait à Paris était incroyable. Il a réalisé d'excellents chronos ces deux dernières années. J'ai hâte de le voir à Los Angeles. Je ne sais pas quelles épreuves il va nager. Le programme des épreuves n'est probablement pas établi exactement dans son meilleur intérêt, mais pour les courses qu'il nagera, il sera prêt. Bob Bowman, mon ancien entraîneur, est très bon dans ce qu'il fait et Léon sera prêt pour gagner.

Léon Marchand sera-t-il le digne successeur de Michael Phelps?
Photo: EPA

Qu'est-ce que cela fera d'avoir un Français favori sur tes terres aux JO de Los Angeles?

Je trouve que c'est l'un des côtés cool du sport en général. En natation, ça a longtemps été les États-Unis contre l’Australie. Maintenant, il y a tellement de pays différents qui ont une chance d’entendre leur hymne national. C'est génial de voir qu'il y a des enfants et des adultes qui n'ont pas peur de rêver. Et c'est le plus important: si tu peux rêver aussi grand que possible, regarde ce qui se passe. C'est ce que j'ai fait: je voulais devenir le premier Michael Phelps et faire quelque chose que personne d'autre n'avait jamais fait auparavant. C'est ce que j'essayais de faire chaque jour. Donc nous verrons bien.

Es-tu fier d'être l'un de ces visages qui ont donné envie aux petits enfants de devenir le prochain grand champion?

C'est cool. En grandissant dans ce sport, j'idolâtrais certains nageurs avec qui j'ai ensuite eu la chance de nager, d'être en équipe nationale ou d'être en compétition contre eux. Pouvoir transmettre cela et donner de la motivation à un enfant, c'est tout ce qui compte. Un gamin qui se dit «Je veux être comme lui», c'était moi quand je grandissais. Je regardais Michael Jordan et je me disais: «Je veux être le plus grand de tous les temps.»

Concernant la Suisse, y a-t-il un athlète suisse que tu as le plus admiré?

Tout au long de ma carrière, j'ai eu le privilège de voir certains des plus grands athlètes de la planète. En tennis, Roger Federer. Au sommet de ma carrière, ses matches contre Rafael Nadal et tous les autres étaient d'une intensité folle. C'était incroyable à regarder.

Vois-tu des similitudes entre toi et Roger Federer?

Je n'ai jamais eu de conversation très approfondie avec lui, mais je peux parler des autres grands champions. Quand j’ai échangé avec Michael Jordan, Kobe Bryant ou Tiger Woods, nous avions tous exactement la même mentalité au quotidien. Nous sommes concentrés sur les choses que nous pouvons contrôler et sur ces petits détails chaque jour pour devenir grands.

Quelle est ta relation avec notre pays, la Suisse?

Je suis venu ici quelques fois, c'est magnifique. Les vues depuis l'hôtel à Crans-Montana sont à couper le souffle. Quand on passe le trou No 6 pour aller au No 7 et qu'on voit toute cette chaîne de montagnes, ça me laisse sans voix. J'habite dans le désert, donc je ne vois pas de paysages pittoresques comme celui-ci. C'est toujours un plaisir de revenir.

Crans-Montana est plutôt connue en hiver pour le ski. Si tu avais dû choisir un sport d'hiver durant ta carrière, lequel aurait-ce été?

Ouf… Un sport d'été serait plus facile! Ce n'est pas que je n'aime pas le ski, mais je suis nul. (Quelqu’un autour lui suggère d’en faire) Je connais Lindsey Vonn et sa façon de dévaler une pente à 130 km/h sur de la glace… Non merci, très peu pour moi! J'aime que mon eau ne soit pas gelée (rires).

Donc pas de hockey sur glace non plus?

Non, je ne sais pas patiner, je suis comme un poisson hors de l'eau. Si je devais choisir un autre sport d'été, ce serait le golf. J'adorerais jouer au golf, même s'il me faudrait affronter le No 1 mondial, Scottie Scheffler, qui est imbattable et tellement fort en ce moment.

Articles les plus lus