Il ne fait jamais bon avoir raison trop tôt. Et je regrette de ne pas l’avoir écrit de façon plus marquée qu’un modeste post sur les réseaux sociaux à l’époque. J’avais bien aimé la résistance de Karin Keller-Sutter face aux appétits trumpiens de taxations douanières.
Il n’y avait rien de bien insolent à lui rappeler la réalité de certains chiffres de la balance commerciale entre les Etats-Unis et la Suisse pour lui signifier que les premiers avaient l’avantage sur la seconde. Un peu de normalité dans un monde de brutes, de mensonges, de fake news, de post-vérité. Cela lui a pourtant valu l’opprobre de ses pairs et on a fini par envoyer des riches entrepreneurs qui ont gavé le bureau ovale de cadeaux qui auraient valu à n’importe qui une inculpation d’acceptation d’avantage. Et qui, en plus, ne garantit en rien que Donald Trump ne s'assoira pas sur des promesses qui, elles, n’ont déjà rien d’un cadeau.
Courbettes du président
Aujourd’hui, même si certains politiciens suisses s’enfoncent encore dans les courbettes – le désormais viral «Davos sans vous ne serait pas vraiment Davos» adressé en frenglish par Guy Parmelin à son homologue américain – la Saint-Galloise a franchement été l’une des premières politiciennes à dire non. Et ce non est tellement ancré dans l’ego misogyne du magnat à la houpette qu’il en reparle plus souvent qu’à son tour. Alors oui, Karin Keller Sutter va manger des frites et des légumes au restaurant de la Migros avec le sourire pendant que Donald Trump avale Macdo sur Macdo. Les petites différences font aussi les grandes.
En fait, Davos avec Donald Trump n’est plus vraiment Davos. Cette édition marque le déclin de cette diplomatie parallèle où on paie très cher son billet d’entrée. Un peu comme ce Conseil de la Paix que veut créer le golfeur de Mar-a-lago. De la mer à tous les lacs, du Canada au Groenland en passant par le Venezuela, c’est plutôt de guerres qu’il s’agit. Et l’histoire nous a pourtant démontré qu’il faut résister aux hommes démocratiquement élus qui veulent annexer des territoires étrangers plutôt que de les laisser faire. On ne mélangera pas les grands et les moins grands résistants de l’histoire. Mais puisqu’il faut toujours plonger dans l’histoire, on rappellera que Paul Grüninger, juste parmi les justes après avoir été condamné pour avoir sauvé des centaines de réfugiés juifs du renvoi en Autriche, était Saint-Gallois. Comme Karin Keller Sutter. Ou comme le réformateur Ulrich Zwingli qui disait «Vous ne pouvez pas vraiment apporter la foi au moyen de lances et de hallebardes». La paix non plus.