Le Qatar, «la Suisse des pays du Golfe», bombardé. Le Liban, «la Suisse du Moyen-Orient», envahi. La Suisse, la vraie, préservée. Mais jusqu’à quand? Cette question dérangeante est trop souvent éludée. L’actualité internationale anxiogène pousse à se réfugier dans une illusion de paix éternelle: «Notre diplomatie reconnue loin à la ronde nous protège! Et puis, avec nos banques, qui aurait véritablement intérêt à nous attaquer?»
Cette vue de l’esprit endort notre vigilance. Thomas Süssli, ancien chef de l’armée, tire la sonnette d’alarme depuis des années. La menace russe dépasse les frontières ukrainiennes et nos moyens actuels de défense nous permettraient de tenir quelques semaines maximum en cas d’agression. Plus largement, alors que les belligérants de tout poil se massacrent désormais à coups de missiles balistiques, nous ne disposons d’aucune ressource pour nous défendre contre des attaques à longue distance.
Un effort au détriment de qui?
«La guerre paraît inconcevable jusqu’à ce qu’elle ait lieu», prévient Stéphane Audoin-Rouzeau, historien français spécialiste de la Première Guerre mondiale. A nous d’observer le réel tel qu’il se présente et de considérer la terrible hypothèse d’une Suisse attaquée. Pas parce que cette vision, synonyme d’investissements conséquents, procure des frissons à quelques excités de la gâchette. Mais parce que la neutralité, l’un des piliers de la prospérité helvétique, nous oblige à être en mesure de nous défendre nous-mêmes.
L’ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey a raison quand elle souligne qu’augmenter encore et encore les budgets des armées n’est jamais la solution pour sortir de l’impasse. Ce mécanisme, s’il est effréné, est généralement un prélude à la guerre et non pas à la paix. En Suisse, nous n’en sommes pas là. Notre pays souffre d’importantes lacunes de sécurité objectives qu’il est vital de combler.
Cet effort collectif ne doit néanmoins pas se faire au détriment des plus pauvres. En voulant augmenter la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 0,8% à partir de 2028 pour une durée de dix ans, le Conseil fédéral prévoit de faire payer identiquement Federer, l’ouvrier, l’étudiant et le retraité. C’est inacceptable, même dans l’urgence. Le gouvernement doit revoir sa copie.
Cet article a été publié initialement dans le n°11 de «L'illustré», paru en kiosque le 12 mars 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°11 de «L'illustré», paru en kiosque le 12 mars 2026.