Pas un scénario de film, un cas réel: un ex-compagnon veut enlever son enfant et passer de l’autre côté de la frontière. Désemparée, la maman alerte la police. Un avis de recherche est diffusé immédiatement à travers toute l’Europe, grâce au Système d’information Schengen (SIS). Les douaniers contrôlent les véhicules et obtiennent une correspondance. Quelques heures après l’appel d’urgence, la mère et son enfant sont à nouveau réunis.
Avec l’initiative d’une Suisse à 10 millions, la Suisse n’aurait plus accès à ces renseignements vitaux. Cela ne serait plus possible. Car les accords Schengen/Dublin tomberaient. Ils sont en effet liés à la libre circulation des personnes qui devrait être résiliée en cas d’acceptation. Un oui entraînerait d’importants dommages collatéraux pour notre sécurité intérieure.
Le SIS est une pierre angulaire dans le dispositif sécuritaire. Nos forces de police le consultent entre 300'000 et 350’000 fois par jour. Il contient des renseignements sur des personnes recherchées par la police et la justice ou frappées d'une interdiction d'entrée, des véhicules et des documents d'identité. Entre 40 et 60 personnes potentiellement dangereuses sont quotidiennement signalées.
De plus, cet instrument permet un soutien fructueux dans le combat contre le trafic international d’armes et de stupéfiants. Ce qui est loin d’être négligeable en ces temps troublés.
Une erreur lourde de conséquences
Renoncer à un tel dispositif serait une erreur lourde de conséquences. La police et les services de renseignement deviendraient sourds et aveugles. Ils seraient privés d'informations essentielles. La preuve? La Grande-Bretagne a perdu son accès au SIS depuis le premier jour qui a suivi le Brexit.
Sans le SIS, la protection des frontières et la lutte contre la criminalité seraient donc considérablement affaiblies. La Suisse deviendrait une base arrière pour la criminalité organisée et le terrorisme. Une atteinte grave à notre sécurité et à notre réputation d’Etat stable.
Dans le contexte géopolitique actuel, l’échange d’informations et la collaboration sont plus que jamais nécessaires si nous voulons être informés correctement. D’autant plus que nous assistons à une montée du crime organisé. Des réseaux criminels internationaux en provenance de France, d’Italie, de Belgique, des Pays-Bas, d'Europe de l'Est, des Balkans, de Turquie ou encore d’Afrique utilisent notre territoire comme terrain d’opérations ou de zone de repli. Voulons-nous vraiment que notre pays devienne le refuge des criminels étrangers? Leur laisser le champ libre? Le chaos au lieu de la stabilité?
Dire oui à l’initiative est aussi un formidable autogoal en matière d’asile. Car aujourd’hui, le règlement Dublin allège considérablement notre charge de travail. Eurodac enregistre les empreintes digitales des requérants. Et la Suisse peut transférer les demandeurs vers les États compétents.
Un système d’asile submergé
La fin de Schengen/Dublin submergerait complètement notre système d’asile. Aujourd’hui, ces accords empêchent plus de 300'000 migrants déboutés chaque année dans l’UE de déposer une nouvelle demande dans notre pays. Cela ne serait plus le cas.
Dès lors, du Cap nord à Malte, du Portugal à la Grèce, la Suisse deviendrait le point de chute – le seul en Europe! – pour les passeurs sans scrupules et les requérants refusés, qui pourraient alors soumettre une nouvelle requête chez nous après avoir échoué dans un autre pays européen.
Pire: les renvois deviendraient impossibles, alors que la Suisse réexpédie actuellement deux fois plus de requérants vers les Etats de Dublin qu’elle n’en accepte. La situation deviendrait incontrôlable pour les communes et les cantons déjà débordés, qui devraient gérer cet afflux supplémentaire. Un comble pour une initiative qui veut maîtriser notre immigration.
Répondre par des solutions concrètes et ciblées
La Suisse n'a pas besoin d’un plafond démographique rigide mais de relations stables avec ses voisins, d'une gestion rigoureuse de l'immigration et d'une application stricte de la loi.
Plutôt que de compromettre notre sécurité en nous privant d’accords qui ont fait leurs preuves, répondons aux inquiétudes de la population en apportant des solutions concrètes et ciblées aux effets indésirables de l’immigration.
Sanctionnons les pays qui ne coopèrent pas lors de la réadmission de leurs ressortissants. Renvoyons les requérants délinquants. Raccourcissons les procédures. Mettons un terme au tourisme médical. Arrêtons les admissions «provisoires» de séjour qui durent des années ! Stoppons les abus. En clair: la stabilité plutôt que le chaos.
Faisons preuve de pragmatisme et refusons le 14 juin une initiative qui n’a rien de durable.