Vous êtes locataire? J’ai deux mauvaises nouvelles. La première, vous la connaissez: votre loyer est probablement l’une des dépenses qui pèse le plus lourd dans votre budget. Et comme tout le monde, vous avez vu grimper vos primes maladie, vos courses et vos factures. Les fins de mois sont difficiles.
La deuxième: le 27 septembre, vous pourriez décider de verser, en quelque sorte, l’équivalent d’un 13e loyer à votre propriétaire. C’est le drôle de résultat auquel peut conduire l’initiative «12%» en cas d’acceptation. Tordu comme raisonnement? Pas tant que ça. Regardez.
Bernard Nicod, le symbole
Bernard Nicod est un bon symbole. Son groupe gère 2350 immeubles, représentant 18 milliards de francs de parc immobilier, et encaisse 670 millions de francs de loyers par année. Qu’on se comprenne bien. Ce n’est pas Bernard Nicod qui m’intéresse ici, ni sa situation fiscale personnelle, que je ne connais pas. C’est ce qu’il incarne.
Et il y a un détail qui n’en est peut-être pas un. Qui a lancé cette initiative censée «redonner du pouvoir d’achat à la classe moyenne»? Notamment la Chambre vaudoise immobilière (CVI), qui représente les intérêts des propriétaires immobiliers. Simple hasard? Chacun se fera son opinion. Mais cela mérite au moins qu’on regarde d’un peu plus près à qui profiteront réellement ces 12%. Car une chose est certaine, plus votre fortune est grande, plus le cadeau est gros.
Quel moyen et pour qui?
Avec 200’000 francs de fortune imposable, la baisse promise représente 49 francs par année. Avec 20 millions, c’est plus de 12’000 francs. Même pourcentage. Pas vraiment le même cadeau. Et surtout, ce cadeau, il faudra bien le financer. Parce que l’argent qui n’entre plus dans les caisses de l’État manquera ailleurs.
Dans les écoles, les soins, la police, les transports publics ou l’accueil de jour. C’est là que le tour de passe-passe apparaît. On retire des centaines de millions aux caisses publiques, donc à des prestations qui bénéficient à la majorité, pour financer une baisse d’impôts dont les plus fortunés seront les grands gagnants. C’est un transfert. De ceux qui ont besoin des prestations publiques vers ceux qui ont le moins besoin qu’on leur donne un coup de pouce. Et pour un locataire, l’image est assez parlante. Vous payez déjà douze loyers par année.
Avec cette initiative, c’est comme si on vous demandait d’en payer symboliquement un treizième pour financer la baisse d’impôts des plus grandes fortunes immobilières. Soyons clairs, la question n’est pas d’être «pour ou contre les riches», ni «pour ou contre les bailleurs». Ce serait un débat assez pauvre. La vraie question est de savoir à qui nous choisissons de redonner du pouvoir d’achat. Et par quel moyen.
Pas besoin de 13e loyer
A celui qui possède 20 millions et à qui on offre plus de 12’000 francs de baisse d’impôts? Ou à celle qui jongle entre son loyer, ses primes maladie et ses courses à la fin du mois? Moi, mon choix est fait. Parce que pendant que certains possèdent toujours plus, la majorité, elle, continue de galérer à payer son loyer, ses primes, ses factures, ses courses.
Elle n’a pas besoin qu’on lui invente un 13e loyer. Elle a besoin qu’on lui redonne réellement du pouvoir d’achat avec des mesures ciblées comme nous l’avons fait avec, par exemple, les subsides à l’assurance maladie. Le 27 septembre, je vote non au 13e loyer. Et je vous invite à refuser sèchement l’initiative dite des «12%».