Consommer du protoxyde d’azote est devenu banal. À la mode. Facile à inhaler. Facile à trouver. Bon marché. Et surtout légal. Le gaz hilarant est la nouvelle drogue de la génération Alpha. C’est très tendance: «tiktokien et instagrammable». Sur les réseaux sociaux, les jeunes filment leur consommation sans aucune honte. Ils la partagent. Ils la banalisent alors que les conséquences sont dramatiques: dépendance, paralysie et atteintes neurologiques. Ce poison peut aussi tuer. En France, trois ados ont été retrouvés noyés avec des bonbonnes dans leur voiture.
Le protoxyde d’azote ou proto est une substance gazeuse, utilisée dans les domaines de la médecine comme antalgique ou anesthésiant ou encore en cuisine notamment dans le siphon pour la crème chantilly. Mais depuis les années 1990, il est détourné à des fins récréatives. Très prisé ce cocktail est parfaitement dans l’air du temps. Il apporte un effet immédiat, fugace, euphorisant, maîtrisable en apparence. Et il ne laisse aucune trace en cas de dépistage. Un sentiment d’impunité qui favorise un usage répété, voire quotidien. Toutes les conditions sont remplies pour rendre nos adolescents dépendants.
Facilement accessible
De plus en plus de jeunes sont en effet attirés par cette drogue. En France, elle est la deuxième substance la plus consommée chez les 17 ans. Même des ados de 12 ans s’adonnent à ce redoutable psychotrope. Toutes les couches sociales sont concernées. Le phénomène est donc loin d’être passager et marginal. Au contraire. Il est bien installé et prend de l’ampleur.
D’autant plus que le proto est facilement accessible. Dans les supermarchés, les boîtes de nuit, sur les réseaux. De plus, le trafic s’amplifie et s’organise. Les simples cartouches sont remplacées par des bonbonnes. Des entreprises illégales proposent des produits avec un ciblage précis – emballage, parfum à la banane ou à la fraise. La tentation est partout. Difficile de résister à ce qui est branché.
Notre pays n’est pas épargné par ce fléau. Le Conseil fédéral constate lui aussi une augmentation des saisies de protoxyde d’azote par les douanes. 80 bonbonnes de protoxyde d’azote ont été trouvées dans le Léman. Et 90 bouteilles ont été découvertes en décembre à Vernier. Plus inquiétant. Certaines sont ramassées aux abords des écoles, alertent les milieux de prévention.
Réaction européenne
Que fait alors la Suisse pour protéger la santé de nos jeunes? Elle peine à légiférer, permettant ainsi aux fêtards de profiter d’un vide juridique. La consommation et la vente du protoxyde d’azote sont en effet en vente libre. Certains cantons ont bien pris des mesures. Mais en comparaison internationale, notre pays est à la traîne.
La preuve: la Commission européenne veut interdire la vente de bonbonnes de protoxyde d’azote au grand public d’ici 2027. Les Pays – Bas ou encore le Royaume – Uni ont décidé d’élaborer des dispositifs pour enrayer le danger. La France a carrément déclaré la guerre au gaz hilarant.
Dans le cadre du projet Ripost, le gouvernement français entend créer trois délits: celui d’inhalation, de conduite sous l’influence et de transport sans motif légitime. Des dispositions, qui seront assorties de peine d’emprisonnement et d’amendes. Le texte est actuellement examiné par le Sénat.
Nous devons aller plus loin
La Suisse doit impérativement rattraper son retard et s’inspirer des Etats européens. L’année passée déjà, j’ai demandé au Conseil fédéral d’établir un état des lieux et de faire des propositions. Il m’a répondu favorablement et se dit prêt à étudier les données disponibles et les différentes solutions pouvant être envisagées.
Une décision que je salue. Nous devons cependant aller plus loin. Mettre en œuvre une véritable stratégie de prévention, comme la Confédération le fait pour les autres addictions. Adapter avec fermeté nos lois à ces nouvelles formes de délinquance. Je vais maintenir la pression.
Il est urgent de stopper cette silencieuse et destructrice propagation du protoxyde d’azote. Le gaz hilarant doit être pris au sérieux et ne plus passer sous les radars. Déclarons lui la guerre. Il en va de la santé de nos adolescents.