La chronique de Baptiste Hurni
Chère Mathilde, non, tout le monde ne déteste pas la police

Baptiste Hurni, conseiller aux Etats (PS/NE) et vice-président du Parti socialiste suisse, réagit aux critiques de Mathilde Mottet visant la police. Certes, celle de Lausanne a un problème. Mais non, tout le monde ne la déteste pas.
Publié: 08:32 heures
Partager
Baptiste Hurni réagit à la chronique de Mathilde Mottet visant la police avec consternation.
Photo: DR
Baptiste Hurni, conseiller aux Etats (PS/NE), vice-président du parti socialiste suisse

Chère Mathilde,

J’ai lu ta chronique «tout le monde déteste la police» avec consternation. Oui, la police lausannoise a aujourd’hui un sérieux problème. Oui, il existe des agents de police qui salissent leur uniforme par des propos racistes ou par une violence excessive. Oui, les révélations de ces derniers jours sont absolument choquantes et dénotent une grave dérive.

Mais non, tout le monde ne déteste pas la police. Non, elle n’est pas inutile. Non, elle n’est pas hors de prix et non, elle n’utilise pas toujours la force de façon disproportionnée ou aveugle.

Au péril de leurs vies

J’habite le village de Corcelles (NE) qui fût la scène il y a quelques jours d’un triple féminicide absolument horrible. Dans cette affaire, la police est intervenue avec doigté, rigueur et proportionnalité. Elle l’a fait le plus vite possible mais c’était malheureusement trop tard – elle a été prévenue par un membre de la famille alors même que ces meurtres avaient déjà été commis.

Au péril de leurs vies, les agents sont entrés dans le domicile des victimes, où l’assassin était encore présent et armé. Alors qu’ils étaient attaqués au couteau dans une scène de crime dont l’horreur nous rappelle que la fiction des polars peut vite être dépassée par la réalité, les policiers ont su garder la tête froide en blessant l’agresseur pour le mettre hors d’état de nuire. Avec rigueur et proportionnalité, ni plus, ni moins.

La répression seule ne résout pas tout

Ces policiers ont fait leur travail et, comme citoyen, je leur en suis infiniment reconnaissant. Reconnaissant qu’ils ont mis leur vie en danger pour protéger la société, pour me protéger, pour te protéger. Reconnaissant qu’ils sont parvenus, malgré l’horreur absolue de la scène, à conserver le sens de la proportionnalité. Reconnaissant qu’ils ont fait usage de la force publique, celle qui sert l’intérêt public, pour qu’un dangereux assassin ne rôde pas à quelques centaines de mètres d’où mes enfants grandissent.

Chère Mathilde, «tout ce qui est excessif est insignifiant», écrivait Talleyrand. Et considérer que personne n’aime la police ou qu’elle ne sert à rien est totalement excessif. Considérer a contrario que tout ce qui vient d’elle est forcément justifié l’est tout autant, et comme avocat, j’en sais quelque chose. Comme garante de la force publique, au service de toutes et tous, nous attendons de la police qu’elle soit irréprochable. Evidemment, la répression seule ne résoudra pas tous les problèmes d’insécurité. Evidemment, il faut accompagner cela de mesures sociales. Mais nous avons aussi besoin d’une police intègre qui fait preuve de déontologie et représente ainsi dignement l’autorité de l’Etat.

«
Cracher sur un service public et s’attaquer à son existence même, c’est ouvrir la porte à une société où l’usage de la force ne répond plus au peuple mais à l’argent
»

Dans notre société où l’on a de cesse de privatiser la sécurité et l’usage de la force, notre tâche, en tant que socialistes, c’est de tout faire pour avoir une police bien formée, notamment à soutenir les victimes d’infraction sexuelle, et capable d’user de la force en dernier recours selon des règles et un code. C’est la tâche de nos camarades à Lausanne de mettre de l’ordre dans ce corps de police qui dysfonctionne gravement. Nous devons être exigeants et prendre ce grave problème à bras-le-corps pour le réformer en profondeur. Mais cracher sur un service public et s’attaquer à son existence même, c’est ouvrir la porte à une société où l’usage de la force ne répond plus au peuple mais à l’argent. Et cela porte un nom: l’ultralibéralisme.

Avec salutations sociales et solidaires.

Partager
Vous avez trouvé une erreur? Signalez-la
Articles les plus lus
    Articles les plus lus