Les chiffres peuvent être trompeurs
Comment la Suisse pollue l'air à l'étranger

La Suisse semble produire peu d'émissions CO2. Mais lorsqu'on observe son empreinte grise, on s'aperçoit que ce n'est qu'un leurre.
Publié: 05.11.2021 à 06:07 heures
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En Suisse, l'air est pur.
Guido Felder

Environnement propre, air frais et technologie moderne: notre pays paraît idyllique. La Suisse est un exemple en matière d'émissions de CO2. Parmi les pays les plus pollueurs, elle se trouve nettement derrière des pays comme le Canada et la Norvège, pays considérés comme «propres» en matière de climat.

Mais les apparences sont trompeuses. Nous produisons des émissions par habitant d'environ 4,4 tonnes de CO2 par an. C'est certes très faible en comparaison internationale. Mais pour avoir une véritable vue de l'empreinte carbone de notre pays, il faut également ajouter les émissions de CO2 de l'étranger lors de la production de biens destinés au marché suisse. Et là, nous obtenons un tout autre résultat: dans le classement des pays polluant le plus l'air, la Suisse est l'un des mois bien classés, avec 14,3 tonnes.

Les émissions sont exportées

Kai Landwehr, attaché de presse de la fondation environnementale Myclimate basée à Zurich, raconte à Blick: «La Suisse a simplement transféré une grande partie de ses émissions à l'étranger: les émissions de CO2 ne comptent plus pour la Suisse lorsqu'elles ont franchi la frontière.» Ces émissions polluantes produites à l'étranger représentent environ deux tiers de l'empreinte totale de la Suisse. «Vous voyez tous ces véhicules sur la route? Ces quatre roues, pour la plupart de très grande taille, n'influent sur le bilan écologique de la Suisse qu'en matière de consommation de carburant. Le reste des émissions de CO2 est comptabilisé dans le bilan de pays comme l'Allemagne, l'Italie, la Chine ou le Japon.»

Le même principe s'applique pour les vêtements. «En moyenne, en Suisse, Monsieur et Madame achètent un nombre ahurissant de 60 à 70 vêtements par an. Seule une fraction d'entre eux est fabriquée ici - sans parler des matières premières», soupire Kai Landwehr.

Or, le réchauffement climatique est une préoccupation mondiale qui ne connaît pas de frontière. Comment lutter? «Nous pouvons déjà faire une immense différence en adoptant un comportement d'achat conscient, en utilisant bien nos très grandes possibilités techniques, notre prestige international et en opérant quelques autres changements», répond le porte-parole.

L'optimisme prévaut

Une nouvelle analyse de l'Agence internationale de l'énergie à Paris montre que le pacte conclu lors du sommet sur le climat COP 26 à Glasgow pour réduire le méthane, un gaz à effet de serre à l'origine du changement climatique, et les nouveaux objectifs de zéro CO2 net limiteraient le réchauffement de la planète à 1,8 degré. «C'est un grand pas en avant, mais il faut aller beaucoup plus loin», s'est exprimé son directeur exécutif Fathi Birol sur Twitter. L'objectif de la conférence mondiale sur le climat est de maintenir dans les limites du raisonnable l'objectif de 1,5 degré réaffirmé dans l'accord de Paris sur le climat.

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Kai Landwehr compte sur la représentation suisse à Glasgow, emmenée par le président Guy Parmelin, qui réclame notamment plus de transparence et d'équité dans la compensation des émissions. «La délégation suisse a toujours joué un rôle très actif lors des COP. Il en sera de même à Glasgow. Ici, ils connaissent très bien les possibilités et la responsabilité de la Suisse.»

(Adaptation par Lauriane Pipoz)

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