Le F-35, appareil de haut vol?
«L'avion le plus meurtrier du monde» a été choisi par le Conseil fédéral

Le Conseil fédéral s'est prononcé: le nouvel avion de combat suisse sera le F-35 américain. Quels sont les avantages de ce jet? Cache-t-il des défauts?
Publié: 30.06.2021 à 17:09 heures
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Dernière mise à jour: 08.07.2021 à 06:20 heures
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La ministre de la Défense Viola Amherd a recommandé l'achat du F-35 au Conseil fédéral.
Daniel Ballmer

Le F-35 est «l’avion de combat le plus meurtrier du monde», comme l’annonce avec panache le fabricant américain Lockheed Martin. Une chose est sûre: le F-35 est le plus moderne des quatre avions parmi lesquels le Conseil fédéral devait faire son choix. Il y a donc peu de chances qu’il soit bientôt dépassé techniquement.

Mais le F-35 souffre de quelques défauts. On relève de nombreux manquements, des retards et des coûts élevés pour sa fabrication. Et le fait que le modèle soit américain suscite des critiques et des inquiétudes. Malgré tous ces éléments, le Conseil fédéral a fini par choisir ce modèle.

Petit tour d’horizon des avantages et des inconvénients de l’avion.

Avantage: un faible coût d'achat

Le F-35 n’est pas seulement à la pointe de la technologie, il est également censé être nettement moins cher que ses concurrents à l’achat. Sur une durée d’exploitation de 30 ans, il devrait coûter jusqu’à deux milliards de francs de moins. La ministre de la défense, Viola Amherd, n’a donc pas eu d’autre choix que de proposer l’achat du jet américain. On parle de prix de dumping. En raison de coûts de construction exorbitants, les États-Unis voulaient vendre le plus d’avions possible.

L'opposition a cependant toujours de la peine à croire à ce prix très bas. Ce dernier dépend effectivement surtout du coût à l’heure de vol. Ce dernier est environ deux fois plus élevé qu’avec le Super Hornet de Boeing, le Rafale de Dassault ou l’Eurofighter d’Airbus.

Il y aurait une solution: Lockheed pourrait remplacer les heures de vol, coûteuses, par des heures sur simulateur, moins onéreuses. Les autres fournisseurs n’ont pas eu cette possibilité, ce qui les a conduits à dénoncer des «conditions déloyales».

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De plus, Lockheed aurait promis de réduire le prix des heures de vol à 25’000 dollars d’ici 2025. Mais aux États-Unis, on a du mal à croire que cet objectif sera un jour atteint.

Avantage: une option camouflage

Le revêtement et l’alliage du fuselage du F-35 sont à la pointe de la technologie et sont composés d’un mélange classé secret-défense de matériaux. Ces derniers permettent de rendre le F-35 pratiquement invisible pour les radars. Cet avantage est censé permettre aux aviateurs de s’engager en territoire ennemi sans être détectés par les appareils de l’adversaire.

Il est toutefois difficile de comprendre pourquoi un pays neutre comme la Suisse aurait besoin d’un tel dispositif de camouflage. Pour les missions de police aérienne et de surveillance prévues, cette capacité ne serait pas nécessaire comme certains experts du milieu militaire le relèvent.

Avantage: échange de données

Le F-35 est un véritable ordinateur volant. La technologie moderne des capteurs reconnaît et traite des données en continu. Mais le «Tages Anzeiger» relève que cette incroyable qualité ne peut être pleinement exploitée que lorsque de nombreux avions, 12 à 20 jets environ, volent en même temps et disposent des mêmes informations simultanément. Ainsi, si deux avions seulement volent côte à côte, ces fonctionnalités ne pourront pas être exploitées.

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C’est précisément dans le domaine des données que les détracteurs du F-35 émettent le plus de réserves. Ils attirent l’attention sur le fait que les États-Unis pourraient consulter des données relatives à la sécurité, voire contrôler les avions à distance ou les maintenir au sol. Mais cela n’a jamais été prouvé.

Avantage: formation bilatérale pour les pilotes

Le F/A-18 utilisé actuellement par l’armée de l’air suisse est américain. Cette dernière bénéficie d’une formation commune des pilotes entre les deux pays, et souhaite continuer à tirer profit de cet avantage. Des pilotes suisses ont déjà pu suivre des formations de plusieurs semaines entièrement payées aux États-Unis.

Relevons néanmoins un point noir: la Suisse devra probablement laisser en stationnement des avions pour cette formation aux États-Unis. La même procédure devrait s’appliquer pour d’éventuelles réparations ou mises à jour. Les Pays-Bas, par exemple, ont dû y laisser les huit premiers F-35 américains afin de former leurs pilotes. Selon le «Tages Anzeiger», le premier jet a atterri dans le pays qui l’a acheté trois ans après sa mise en service.

Inconvénient: des coûts de maintenance élevés

Les coûts de maintenance du F-35, que l’on prétend particulièrement bas, sont peut-être l’arbre qui cache la forêt. La Suisse devra probablement payer des coûts supplémentaires à ceux annoncés. Elle devra certainement investir des centaines de millions supplémentaires dans l’infrastructure de ses aérodromes. Effectivement, les États-Unis exigent des normes de sécurité nettement plus élevées pour le F-35; la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark pourront en témoigner. Quant à l’Australie, elle a dû moderniser une base aérienne pour un coût d’un demi-milliard de dollars.

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Si l’un des trois jets concurrents avait été sélectionné, de tels ajustements n’auraient probablement pas été nécessaires. Ces coûts de maintenance n’ont pas été pris en compte dans le calcul du rapport coût-bénéfice suisse. Ils seront ajoutés à l’enveloppe finale, ce qui rendra le calcul global très différent.

Inconvénient: de nombreux problèmes au démarrage

Le F-35 est confronté à des problèmes de démarrage depuis des années. Le rapport d’essai du ministère américain de la défense de février 2020 a dénombré un total de 873 défauts de logiciels. En outre, la précision du canon embarqué n’était pas optimale. Aux États-Unis, ces défauts ont provoqué à plusieurs reprises une controverse politique.

Ce jet rapide devait également éviter efficacement les orages et les éclairs. Or, lors de tests de maintenance, on a découvert des dommages dans l’un des systèmes censés protéger l’avion de la foudre. Si ce système, qui distribue du gaz inerte dans le réservoir de carburant, venait à être défectueux, Lockheed Martin a admis que l’avion pourrait exploser en cas d’impact.

Même au sein de l’Armée suisse, des doutes ont surgi face au choix de cet avion. Elle a relevé, par exemple, de «graves problèmes d’utilisation de la postcombustion» sur certains types de F-35 qui pourraient conduire à une surchauffe de la queue de l’avion. Une telle chaleur pourrait entraîner la formation de cloques sur la couche extérieure du jet, ont également admis les États-Unis. Le fabricant Lockheed Martin a toujours nié ces faits.

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Inconvénient: moins efficace en montée

Le F-35 n’est en fait simplement pas destiné à un service de police aérienne. Avec un seul moteur, il met plus de temps que les autres modèles à atteindre l’altitude nécessaire, ce qui peut constituer un sérieux inconvénient lorsqu’il s’agit d’intercepter un avion suspect. Le jet américain est également moins maniable. Voilà encore un désavantage sérieux pour la Suisse, qui possède un petit territoire.

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