Christophe Clivaz dézingue les critiques
«Les Vert-e-s défendent bel et bien la nature!»

À l'approche de la votation du 9 juin de la loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEI), le conseiller national vert valaisan Christophe Clivaz sort du bois. Le parlementaire balaie d'un revers de main les critiques. Interview cash.
Publié: 30.05.2024 à 18:39 heures
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Dernière mise à jour: 30.05.2024 à 20:40 heures
Philippe Clot

Les citoyennes et citoyens devront voter, le 9 juin prochain, pour ou contre La loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEI), une loi soutenue par tous les partis, hormis l’UDC qui s’y oppose finalement pour des motifs d’ordre… écologique. C’est un peu le monde à l’en… vert.

Ce compromis négocié entre partis écologistes, grandes associations environnementales et partis gouvernementaux est-il oui ou non respectueux de la nature? Ou bien ce texte ne confirme-t-il pas un sentiment de plus en plus partagé: les partis écologistes, en se focalisant sur la cause climatique notamment, se sont éloignés de la nature. Le conseiller national écologiste valaisan Christophe Clivaz n’élude aucune question.

Christophe Clivaz, en ayant participé à l’élaboration de cette loi qui revient en arrière sur certains acquis, les Verts ne tournent-ils pas le dos à leur raison d’être historique: défendre politiquement la nature?
Le curseur écologique a en effet été un petit peu déplacé pour parvenir à ce compromis. Celui-ci permet par exemple d’exploiter les nouvelles zones alluviales inscrites dans l’inventaire après le 1ᵉʳ janvier pour produire de l’hydro-électricité. Mais le plus important, c’est que nous avons réussi à retirer du projet de loi deux nouveautés bien plus dommageables pour la nature.

Lesquelles?
Nous nous sommes opposés à la suppression des débits résiduels, suppression qui aurait été une catastrophe pour la biodiversité aquatique. Et nous nous sommes opposés à la possibilité de construire des installations d’énergie renouvelable dans des biotopes d’importance nationale. Nous avons donc bel et bien défendu la nature.

La principale qualité, le grand atout de cette LApEI pour vous, c’est quoi?
C’est d’engager le pays dans la décarbonation de sa consommation d’énergie, principalement via les systèmes de chauffage et via la mobilité. Nous devons pouvoir nous passer à terme des produits pétroliers grâce à l’électricité renouvelable en remplaçant le chauffage au mazout ou à gaz par des pompes à chaleur et en électrifiant la mobilité individuelle. Et l’autre grand atout de cette loi, c’est qu’elle nous permettra de renoncer définitivement au nucléaire.

Les référendaires estiment pourtant que cette loi sacrifie la nature et les paysages.
J’estime qu’ils font une mauvaise interprétation des conséquences de ce texte pour la nature. La grande innovation de cette loi, c’est de désigner enfin et sans équivoque l’énergie solaire comme l’énergie qui doit être la plus soutenue à l’avenir. L’objectif en l’occurrence est très ambitieux puisqu’on parle de produire 35 TWh supplémentaires d’énergie renouvelable, principalement solaire, d’ici à 2035. C’est-à-dire de multiplier par plus de cinq ces énergies en onze ans.

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Alors, où est-ce que cela coince?
Nos divergences entre les référendaires et la majorité des forces écologistes se focalisent sur la tension entre cette augmentation spectaculaire de la production d’énergie renouvelable et la protection de la nature. Je ne conteste pas la réalité de cette tension. Ce que je conteste, ce sont les affirmations des opposants qui prétendent par exemple qu’on pourra dès lors construire des éoliennes partout dans la forêt. Ce scénario catastrophe est exclu.

Et pourtant, quand on tente de déchiffrer le jargon juridique dans lequel est rédigée cette loi, on a l’impression que ce risque existe bel et bien…
Je ne partage pas cette interprétation. Les cantons seront tenus de définir des zones appropriées pour les installations solaires et éoliennes. Pour cela, ils devront tenir compte de la protection des paysages, des biotopes, de la conservation des forêts, des intérêts de l’agriculture.

Quelles garanties a la population?
Ces principes sont très clairement inscrits au niveau de cette loi votée par le Parlement en 2023. C’est bien grâce à ces garde-fous que les grandes ONG environnementales soutiennent cette loi. Cette loi est bien plus équilibrée que les dispositions Solar Express adoptées l’année précédente, en 2022, et qui, elles, permettent de poser des parcs solaires à peu près partout dans les Alpes. Les opposants mélangent ces deux textes, ce qui est une grave erreur.

Mais il y a la loi, et il y a son interprétation qu’en feront les cantons. Or en écologie les sensibilités cantonales sont très diverses.
Soyons clairs: il est hors de question de construire des éoliennes et des parcs solaires n’importe où. Mais vous avez raison de souligner les risques d’abus. Une loi doit être précisée notamment par des ordonnances. Le DETEC a publié un document de huit pages qui détaille ce qui sera possible et ce qui ne le sera pas. C’est un texte d’excellente qualité, très rassurant pour les défenseurs de la nature. Bien sûr, ce n’est pas le texte définitif, mais il permet de vérifier que la pesée d’intérêts entre l’approvisionnement en électricité et la protection de la nature sera effectuée avec rigueur quand il s’agira d’élaborer la loi d’application.

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Les défenseurs les plus ardents de la nature n’ont-ils pas de bonnes raisons de se méfier du Parlement fédéral actuel qui détricote le droit de recours des associations écologistes, pourtant plébiscité naguère par le peuple, et qui vide de sa substance la fameuse lex Weber sur les résidences secondaires, loi elle aussi votée par le peuple?
Cette tendance inquiétante est hélas bien réelle. Cela fait vingt ans que je fais de la politique et que je me dis que tout évolue trop lentement dans ce pays. Mais en l’occurrence, c’est le contraire. Je constate qu’il faut freiner des deux fers pour ne pas régresser sur la protection de la biodiversité. Mais en ce qui concerne cette LApEI, ce n’est pas le cas. Après avoir étudié en détail et accompagné cette loi sur l’énergie, je confirme qu’elle est tout à fait acceptable sur le plan de la protection de la nature. Elle permettra aussi de faire d’énormes progrès en termes de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Et le changement climatique, c’est, rappelons-le, une des causes de l’effondrement de la biodiversité.

Cet argument climatique revient en boucle pour convaincre le peuple de voter cette loi. Et pourtant, la Suisse n’est responsable, directement du moins, que de un pour mille des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En revanche, la biodiversité s’effondre en Suisse. Et là, la responsabilité est avant tout nationale.
En tenant compte de nos émissions indirectes, celles qu’on délègue par exemple à la Chine pour fabriquer nos biens de consommations, notre pays est responsable de plus d’un pour cent des émissions mondiales. Mais surtout, ne mettons pas en opposition les différents défis écologiques à relever. Cela dit, il est vrai que notre marge de manœuvre pour la biodiversité est plus grande et que nous sommes un très mauvais élève. Malheureusement, il y a plus de divergences, et donc de freins, sur les actions à mener pour sauver la biodiversité que dans le dossier climatique.

Le média numérique suisse allemand Republik a récemment sorti un scoop à ce sujet: le conseiller fédéral Albert Rösti aurait fait pression sur son Office fédéral pour embellir massivement des rapports sur l’efficacité des mesures fédérales en faveur de la biodiversité. Et bizarrement, les Verts sont restés discrets sur ce qui pourrait être un véritable scandale politique.
Nous suivons de près cette affaire et attendons de pouvoir mettre la main sur ces dossiers avant de demander des explications au Conseil fédéral lors de la prochaine session. Si ces faits sont confirmés, ce serait en effet une véritable honte et une mise en danger du fonctionnement de notre démocratie. Et cela jetterait une suspicion générale sur l’ensemble de la communication du Département de M. Rösti. Devons-nous par exemple mettre en doute les bons résultats du nouveau programme de subventions pour que les paysans se passent de pesticides, résultats qui viennent d’être communiqués en conférence de presse?

L’initiative sur la biodiversité, qui sera soumise au peuple le 22 septembre, semble peu motiver votre parti.
Je n’ai pas été personnellement impliqué dans le lancement de cette initiative. Mais j’ai déjà rejoint, comme mes collègues verts, le comité qui soutient l’initiative et notre Assemblée des déléguées a décidé à l’unanimité de soutenir l’initiative. Il est normal de se focaliser d’abord sur les votations qui viennent. Dès le 9 juin, les Vert-e-s s’engageront avec conviction pour défendre l’initiative Biodiversité.

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Franchement, Monsieur Clivaz, la sauvegarde de la biodiversité, de la nature, des paysages, est-ce encore un enjeu pour les Verts, ou bien n’y a-t-il plus que le climat, les énergies renouvelables et les droits des minorités qui vous mobilisent?
Il est délicat pour moi de parler au nom de tous les Verts. Personnellement, je me suis toujours battu pour la nature, pour le loup, plus récemment pour le référendum contre Solar Express en Valais. Et j’ai l’impression que c’est le cas des membres et sympathisants de mon parti avec des nuances. Certains ont une approche plus anthropocentrée que d’autres. Ce qui est sûr, c’est que défendre la nature, aujourd’hui dans le jeu politique, est bien plus difficile que de faire progresser le dossier climatique. Le déclin de la biodiversité est moins visible que la fonte des glaciers et que les hivers peu enneigés. Et dans le dossier climatique, il y a des débouchés économiques, de la création d’emplois. On peut donc trouver des majorités en jouant sur plusieurs tableaux. Avec la protection de la nature, il n’y a pas toujours ces leviers. Ce qu’il faudrait en priorité, c’est une meilleure prise de conscience de la gravité du problème et de ses conséquences.

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