«Que la nation prenne la décision»
Erdogan propose un référendum sur le port du voile

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a proposé samedi un référendum sur un changement constitutionnel pour garantir le droit de porter un voile dans la fonction publique, les écoles et les universités lors d'une intervention télévisée.
Publié: 22.10.2022 à 18:19 heures
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Dernière mise à jour: 22.10.2022 à 20:19 heures
Les Turcs pourraient être appelés à voter sur le port du voile (Photo d'illustration).

«Si tu as le courage, viens, soumettons ceci au référendum (...) Que la nation prenne la décision», a lancé le chef de l'Etat turc en s'adressant au chef du principal parti de l'opposition Kemal Kilicdaroglu qui avait initialement proposé une loi pour garantir le droit de porter le voile. En réponse au président turc, M. Kilicdaroglu a rejeté samedi soir l'idée d'un référendum en lui reprochant «d'imiter» le dirigeant nationaliste hongrois Victor Orban, devenu l'icône des droites dures.

«As-tu l'intention d'imiter Orban, Erdogan? (...) D'où tu sors le référendum? Si tu ne fuis pas, cette question sera résolue. Les hommes ne pourront plus avoir leur mot sur les vêtements des femmes. As-tu ce courage?», a-t-il tweeté. Le débat sur le port du voile s'est récemment enflammé en Turquie à l'approche des élections présidentielles et législatives prévues en 2023.

Changement constitutionnel

A majorité musulmane, mais ayant inscrit la laïcité dans sa constitution, la Turquie a été longtemps un pays où le port du voile était interdit dans la fonction publique, les écoles et les universités, ainsi que dans certains lieux comme le parlement ou les locaux de l'armée. Les restrictions concernant le port du voile ont été levées en 2013 par le gouvernement de M. Erdogan.

A la différence des années 1990, où le sujet provoquait de vifs débats, aucun mouvement politique ne propose aujourd'hui son interdiction en Turquie. «Nous avons eu des erreurs dans le passé à propos du voile. (..) Il est temps de laisser derrière nous cette question et qu'elle cesse d'être suspendue aux lèvres des politiciens», a même lancé début octobre le chef du principal parti de l'opposition, CHP (parti républicain du peuple), Kemal Kilicdaroglu.

Selon des observateurs, M. Kilicdaroglu aurait ainsi voulu montrer aux électeurs conservateurs - traditionnellement votant pour l'AKP, le parti de M. Erdogan - qu'ils n'avaient rien à craindre en cas de changement de pouvoir. Face à cette tentative de récupérer les votes des conservateurs, M. Erdogan a riposté début octobre en appelant son adversaire à effectuer un changement constitutionnel à ce sujet. «Est-ce qu'il y a une discrimination envers les voilées ou pas voilées aujourd'hui dans la fonction publique? Dans les écoles? Non. (...) Nous avons réussi ceci», a affirmé M. Erdogan samedi.

Une nouvelle disposition anti-LGBT

«Nous allons prochainement envoyer au parlement la modification de la constitution. (...) Mais si cela ne peut être résolu au parlement, soumettons-la au peuple», a-t-il ajouté. Dans le texte que le chef de l'Etat turc propose désormais de soumettre au référendum, il y aura aussi une disposition anti-LGBT, visant à «renforcer la protection de la famille», a-t-il annoncé sans donner plus de détails.

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«Une famille forte veut dire une nation forte. (...) Est-ce qu'il peut y avoir des LGBT dans une famille forte? Non», a-t-il martelé. «En tant que représentant de la volonté du peuple, protégeons notre nation des attaques des courants déviants et pervers», a-t-il ajouté.

(ATS)

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