«Nous pensions qu'ils allaient nous abattre»
Des prisonniers de guerre ukrainiens racontent leur détention en Russie

En 2023, onze prisonniers de guerre ukrainiens ont été libérés des barreaux russes. Et c'est la Hongrie qui aurait joué un rôle aussi déterminant que douteux dans leur libération. Deux ex-prisonniers de guerre concernés racontent.
Publié: 01.04.2024 à 12:21 heures
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Des prisonniers de guerre ukrainiens racontent au journal «DW» ce qu'ils ont vécu en Russie.

Chants de l'hymne russe, coups et nourriture misérable: deux anciens prisonniers de guerre ukrainiens révèlent publiquement à la «Deutsche Welle (DW)» ce qu'ils ont vécu pendant leur détention dans une prison russe.

Ivan* et Andrij* font partie d'un groupe de onze soldats ukrainiens, prétendument d'origine hongroise, qui ont été libérés de leur captivité russe en juin 2023 avant d'être transférés en Hongrie. Mais pourquoi ont-ils été libérés?

«Nous pensions qu'ils allaient nous abattre»

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la captivité russe a transformé les deux hommes. Après s'être portés volontaires pour une mission militaire en février 2022, les Ukrainiens ont été capturés en juin 2022, dans l'est de l'Ukraine, dans la région de Lougansk. Selon la «DW», ils auraient ensuite été envoyés dans un camp de prisonniers dans l'est de l'Ukraine.

«De temps en temps, nous étions battus», raconte Andrij au journal allemand. Tous les matins, les prisonniers devaient chanter l'hymne national russe. Ceux qui ne chantaient pas avec eux étaient punis par des coups. La nourriture se composait de gruau et de légumes pourris. Selon ses propres dires, Andrij a perdu près de 30 kilos en captivité.

«Dis que tu es hongrois»

Environ un an après leur incarcération, les deux soldats ont été embarqués dans un camion avec neuf autres hommes, les yeux bandés. Le groupe a été conduit à Moscou. «J'ai d'abord pensé qu'ils nous emmenaient dans un autre camp ou qu'ils nous conduisaient pour nous faire fusiller», raconte Andrij. A Moscou, on leur a finalement annoncé qu'ils pouvaient être libérés en Hongrie. Les services secrets russes leur ont demandé de déclarer qu'ils étaient hongrois. C'était la seule condition à leur libération.

L'incident avait alors mis le feu aux poudres diplomatiques entre l'Ukraine et la Hongrie. En effet, la Hongrie a révélé qu'elle n'avait pas informé l'Ukraine de la libération des soldats. En droit international, le pays d'origine des personnes concernées doit être informé en cas de transfert de prisonniers vers des pays tiers.

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Le Kremlin a-t-il voulu diviser l'Occident?

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán avait alors présenté cette action comme un «cadeau humanitaire» pour sauver des membres de la minorité hongroise en Ukraine occidentale. Mais selon Ivan et Andrij, seul un des onze libérés est effectivement d'origine hongroise.

Du côté hongrois, on leur aurait ordonné de ne plus retourner en Ukraine, faute de quoi les libérations d'autres camarades ne seraient plus possibles. Le gouvernement hongrois a contesté cette version, et affirme que les hommes sont libres et peuvent aller où ils veulent.

Les soldats ne savent pas comment ce deal avec les Hongrois a été conclu. Une fois le marché conclu, le silence a régné dans la Hongrie officielle, rapporte encore la «DW». Le politologue ukrainien Dmytro Tushanskyi a suggéré au média allemand que le transfert était «une opération spéciale hybride du Kremlin» visant à saper l'unité de l'Occident dans son soutien à l'Ukraine.

*Les noms ont été modifiés

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