Des touristes informés en temps réel par leur téléphone que le site qu'ils veulent visiter est bondé, et incités à préférer un autre monument: la lutte contre le surtourisme pourrait passer par les nouvelles technologies, de plus en plus utilisées par le secteur. Depuis cet été, le Parc du Marquenterre en Baie de Somme, un lieu majeur d'observation des oiseaux sauvages, prédit l'affluence attendue sur les 15 prochains jours, heure par heure, sur son site internet.
«Nous avons des personnes qui travaillent depuis très longtemps au Parc, qui savent dire le jeudi si le week-end sera rempli ou calme», explique à l'AFP François Goudeau, directeur de la communication pour le Syndicat Mixte Baie de Somme. «Mais on ne savait pas modéliser cette information. Et on voulait aussi que le public puisse être sensibilisé à cette question et puisse reporter sa visite ou choisir un autre lieu», ajoute-t-il.
Le nouvel outil, qui a passé à la moulinette de l'IA données météorologiques et affluence, a permis de déterminer les pics de fréquentation sur toute l'année. Cathy Sahuc, issue du secteur de l'aérospatial, a cofondé la start-up Murmuration dans la région de Toulouse, il y a sept ans. «On a beaucoup travaillé avec les satellites dans nos précédentes vies et on s'est rendu compte de l'impact de l'activité humaine sur l'environnement, notamment touristique», raconte-t-elle.
Pour évaluer le nombre de visiteurs qu'un site peut accueillir sans dégradation excessive, Murmuration, qui utilise notamment les données satellitaires, a développé sa propre méthode à partir d'indicateurs environnementaux: la santé de la végétation, la biodiversité, la qualité de l'air, le stress hydrique, auxquels s'ajoute une mesure de la pression touristique.
«Pour un département par exemple, on va dire: +Voilà la marge que vous avez encore pour continuer à accueillir du monde+. Ou alors +vous êtes à la limite, il faut arrêter de faire du marketing ou réfléchir à une meilleure répartition+», souligne Cathy Sahuc.
Incitations
Face à des rues prises d'assaut, comme à Barcelone, les habitants réclament des mesures de protection, à l'image des réservations obligatoires mises en place dans des calanques à Marseille. La préfecture de Haute-Savoie a déjà mis en place des mesures de régulation de l'accès au Mont-Blanc en raison de sa surfréquentation. En Italie, dans les Dolomites, certains sites connaissent aussi une forte fréquentation, comme les Tre Cime di Lavaredo, très populaires sur les réseaux sociaux.
Originaire de la région, Julian Palmarin a cofondé Touristinfo.ai, qui aide les sites à mieux gérer leurs flux. «L'IA malheureusement fournit la réponse la plus probable. Si vous demandez quoi faire, elle va vous envoyer à trois heures de route dans le site le plus fréquenté», dit-il à l'AFP. L'enjeu est d'inciter les visiteurs à modifier leur destination ou leurs horaires, avant d'en arriver aux restrictions.
«La façon dont nous l'utilisons, c'est en prenant l'information issue des sources officielles, des destinations, et en la présentant au public d'une manière décidée par la destination elle-même», précise-t-il, en faisant éviter certaines zones par exemple. Les opérateurs disposent de nombreuses données: satellites, billetteries, parkings, mais aussi dossiers de réservation aérienne.
Le public ne change pas encore de comportement
«On peut voir (...) quand un voyageur recherche et quand il réserve finalement. Cette donnée permet aux destinations et aux acteurs du voyage d'anticiper, de pouvoir capter le voyageur qui fait la recherche et le déplacer avec des offres plus intéressantes, ou à d'autres moments», détaille Evantia Giumba, directrice France d'Amadeus, un grand acteur de la tech dans le transport aérien, présent au salon des professionnels du tourisme IFTM, qui se termine jeudi à Paris.
Ces outils pourraient devenir un levier important de gestion. «C'est vital pour certains sites de plus en plus dégradés», fait valoir Cathy Sahuc. «L'outil de travail d'une agence touristique, c'est le territoire. S'il est détruit, il n'y a plus d'activité économique.» «Après cet été de test, on remarque que le public ne change pas encore de comportement, mais il a une meilleure acceptabilité» en cas d'attente, reconnaît François Goudeau. Ce dernier observe qu'il faut désormais travailler «avec tous les prescripteurs, les offices de tourisme, les hébergeurs pour qu'ils accompagnent leurs clients avec de bons conseils».