Cette année encore, nombre d'entre vous allez passer vos vacances d'été chez notre voisin du sud. A vous dorer la pilule sur les plages de Sicile, des Pouilles ou des cinq terres. Sur la côte italienne, tout semble se dérouler comme d'habitude: les parasols colorés s'accumulent, l'espace entre les transats se réduit au fil de la journée, et les baigneurs dévorent des gelati pour se rafraîchir. Mais les apparences sont trompeuses...
Une réforme de l'Union européenne (UE) provoque la grogne des exploitants des plages. On peut voir ses effets par exemple à Ostie, dans la banlieue côtière de Rome. Les autorités italiennes y ont fermé pas moins de trois établissements balnéaires privés, rapportent à l'unanimité plusieurs médias locaux.
Ainsi, l'établissement balnéaire Shilling est en train d'être démoli à cause d'infractions en matière de construction, et d'une autre série d'accusations. Même sort pour l'établissement voisin, le Sporting Beach. La concession du très prisé Beachclub Village a également été retirée par la ville en raison de liens potentiels avec la mafia.
Le maire de Rome, Roberto Gualtieri, s'est donné une mission: ouvrir au public ces portions de plage jusqu'alors privatisées pour en faire des «spiaggie libere», autrement dit des plages en libre accès.
La côte de Rome est emblématique du pays
A Ostie, à peine 1,2 kilomètre des 11,3 kilomètres de littoral est actuellement en libre accès. L'objectif est d'atteindre 6,5 kilomètres et de réduire de moitié le nombre d'exploitants privés, qui tomberait à 35.
Les lidos au large de Rome symbolisent la situation des plages italiennes. En effet, de plus en plus de voix s'élèvent contre ces bouts de plages concédés à des exploitants privés. Les gens en ont marre des prix faramineux des transats et des hautes clôtures restreignant l’accès au public. D'ailleurs, certaines d’entre elles ont même été érigées sans autorisation.
Au total, les baigneurs doivent mettre la main au porte-monnaie pour accéder à environ 42% des plages italiennes. Et ce, bien que le littoral italien appartienne légalement à l’Etat. En effet, la loi stipule que l’accès à la mer doit être gratuit. C’est pourquoi les autorités d’autres provinces, la Ligurie et les Pouilles en tête, envisagent d'ordonner la fermeture des établissements balnéaires privés.
Que vont apporter les nouveaux appels d’offres?
Ce changement est lié à une réforme de l’UE qui pourrait bouleverser vos vacances balnéaires. L'Italie a jusqu'à juin 2027 pour lancer de nouveaux appels d’offres pour toutes les concessions de ses plages. Une mesure qui s’appuie sur la directive européenne dite «Bolkestein» de 2006. En Italie, cela concerne plus de 30'000 exploitants de lido, ces entreprises familiales qui gèrent les plages payantes depuis des décennies.
Avec cette réforme, l’UE souhaite stimuler la concurrence au sein du marché unique. Mais les exploitants locaux, eux, craignent d’être évincés par des prestataires internationaux. Ils s’opposent farouchement à un projet qu'ils qualifient de «braderie» et d’«expropriation». Les exploitants font valoir qu'ils investissent depuis des décennies dans leurs installations balnéaires. Aussi, ils craignent que la hausse des redevances de concession ne se traduise par une augmentation des prix pour les vacanciers.
Mais les autorités italiennes espèrent aussi répondre aux attentes des touristes en ouvrant davantage de plages au public, et donc en leur offrant un accès gratuit.