Les habitants sont en furie
Des lieux de vacances mythiques commencent à fermer leurs portes

Dans plusieurs pays, le tourisme de masse engendre la colère des habitants. De Barcelone à Lisbonne, de Santorin au mont Fuji, ils dénoncent des logements hors de prix, des infrastructures saturées et une qualité de vie dégradée.
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Une manifestation contre le surtourisme à Majorque en août dernier.
Photo: IMAGO/Europa Press

Les Suisses font partie des populations qui voyagent le plus au monde: la majorité d’entre nous prévoit au moins deux séjours à l’étranger chaque année. Cependant, les classes moyennes supérieures d’autres pays rattrapent rapidement leur retard, ce qui contribue à l’augmentation constante du nombre de nuitées de touristes étrangers dans les destinations touristiques les plus prisées.

Selon le rapport de l’ONU Tourisme, un record a été enregistré l’an dernier, avec plus de 1,5 milliard d’arrivées de touristes internationaux enregistrées à l’échelle mondiale. Un chiffre qui pourrait être battu cette année. Dans le même temps, les protestations contre le surtourisme se multiplient, ainsi que contre les digital nomads, ces personnes qui peuvent travailler depuis n’importe où. Voici un petit tour d’horizon des destinations les plus saturées par le surtourisme.

Espagne

L’Espagne est devenue l’un des épicentres des protestations. Cette année, le pays devrait franchir pour la première fois la barre des 100 millions de touristes étrangers. A Ibiza, ce week-end, des manifestants ont occupé la célèbre crique de Cala Saladeta et bloqué l’accès aux visiteurs étrangers, rapportent plusieurs médias internationaux. Ils dénoncent un modèle touristique jugé néfaste, qui rendrait la vie de plus en plus pénible aux résidents.

Une semaine plus tôt, à Majorque, des habitants ont formé une chaîne humaine de plusieurs kilomètres, assis sur des chaises pliantes. Leur message était symbolique: «Voici la file d’attente pour louer un appartement à Palma!» Fin juillet, plusieurs dizaines de milliers d’habitants de l’île avaient déjà manifesté sous le slogan «Majorque à bout».

A Barcelone, la colère accumulée depuis des années vise désormais le projet d’extension de l’aéroport, dont la capacité pourrait atteindre jusqu’à 70 millions de passagers par an. Les opposants disent ne plus vouloir «un seul touriste». La tension est telle que dans les rues de la capitale catalane, les rencontres entre manifestants et visiteurs donnent parfois lieu à de vives altercations.

Portugal

A Lisbonne, l’écart entre les loyers et les salaires des locaux est devenu criant. Selon Euronews, le prix médian d’une chambre en colocation dépasse désormais 500 euros, soit à peine moins que le salaire minimum. Cette flambée des loyers provoque régulièrement d’importantes manifestations.

Dans la capitale portugaise, des rues entières se sont transformées en logements pour Airbnb. Mais depuis la fin de l’année dernière, la municipalité durcit le ton contre les locations de courte durée. Désormais, les logements touristiques ne peuvent représenter plus de 10% du parc immobilier d’un quartier. Cette année, environ 40% des licences de location de courte durée ont également été supprimées sans compensation. Résultat: de nombreux propriétaires se tournent désormais vers des locations de plusieurs mois. Autrement dit, vers les digital nomads, ces actifs qui peuvent travailler de n’importe où et pour qui Lisbonne reste relativement abordable.

Grèce

En Grèce aussi, les ménages souffrent des coûts du logement. Selon Eurostat, les familles consacrent souvent près de 40% de leur revenu net pour se loger. Le pays traverse une crise générale du pouvoir d’achat, qui contraste fortement avec les chiffres records du tourisme. Ce week-end, plus de 25’000 personnes sont descendues dans les rues de Thessalonique, rapporte «ABC News».

Ces problèmes en Grèce sont similaires à ceux observés dans d’autres pays méditerranéens. Les plateformes comme Airbnb et Booking prospèrent, tandis que le gouvernement a accordé des «visas dorés» à de riches ressortissants étrangers, à condition qu’ils achètent un bien immobilier. A Athènes aussi, le prix de l’immobilier a poussé de nombreux habitants à habiter hors du centre-ville.

Le tourisme de croisière et le surtourisme suscitent aussi de vives tensions. En juin, les chauffeurs de bus de Santorin ont fait grève. Chaque année, environ 3,4 millions de visiteurs débarquent sur cette île idyllique, qui compte à peine 15’000 habitants. Les chauffeurs de bus dénoncent des infrastructures saturées: rues bondées, mouvements de foule dans les ruelles mondialement connues d’Oia, pénurie d’eau et accumulation de déchets.

Face à la pression, le gouvernement a notamment instauré une taxe pour les passagers de croisière et limité les débarquements à 8000 personnes par jour, ainsi qu’une interdiction temporaire de construire de nouveaux hôtels.

France

La France reste la destination la plus visitée au monde. Mais certaines villes, portées par les tendances sur TikTok et Instagram, se retrouvent aujourd’hui sous pression. C’est notamment le cas de Marseille, actuellement submergée par l’afflux de visiteurs. Selon le magazine économique français «Capital», de vives manifestations ont éclaté en août dernier face à la dégradation de la qualité de vie des habitants.

La cité phocéenne compte désormais plus de 13’000 logements Airbnb. Les foules de touristes envahissent les plages, rendent les places de stationnement de plus en plus rares et contribuent à la hausse des prix dans les commerces alimentaires.

A Paris et à Nice aussi, des habitants sont descendus plusieurs fois dans la rue cette année, protestant contre la transformation des quartiers historiques en décors touristiques, tandis que les logements abordables se font toujours plus rares. Comme ces dernières années, des habitants excédés s’en prennent aussi aux boîtes à clés des logements Airbnb.

Italie

En Italie, la contestation est surtout portée par les jeunes, dans des villes comme Milan, Bologne, Rome ou Florence. Milan est considérée comme la ville la plus chère du pays, où les logements abordables sont devenus presque introuvables pour les jeunes. Face à la pression politique, le gouvernement a durci les règles: toute personne proposant plus de trois logements sur des plateformes comme Airbnb est désormais considérée, sur le plan fiscal, comme exerçant une activité commerciale. Une mesure censée alléger la pression sur le marché immobilier.

A Rome, Venise et Florence, des manifestations sont aussi régulièrement organisées pour défendre le patrimoine historique. Chaque année, des millions de touristes affluent dans les ruelles et autour de sites emblématiques comme le Colisée. Une fréquentation qui met les infrastructures à rude épreuve.

Japon

Au Japon aussi, les records de fréquentation touristique provoquent des critiques de plus en plus vives. La faiblesse historique du yen dope l’afflux de visiteurs étrangers, avec une croissance à deux chiffres. Au printemps, la ville de Fujiyoshida a même annulé sa célèbre fête des cerisiers en fleurs, après des plaintes d’habitants excédés par les montagnes de déchets, le chaos routier et le comportement de certains touristes.

Un mur de protection a également été installé à un point de vue très prisé sur le mont Fuji pour empêcher les visiteurs de bloquer les lieux en prenant des photos.

Mexique

A Mexico et dans les régions côtières, les manifestations se multiplient contre l’éviction des habitants. Des investisseurs étrangers rachètent des immeubles entiers avant de les louer beaucoup plus cher à des digital nomads.

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