A la frontière polonaise, la guerre se joue désormais sous terre. Varsovie accuse la Russie et la Biélorussie d’avoir franchi un nouveau cap dans leur «guerre hybride»: des tunnels secrets sont découverts le long de la frontière avec la Biélorussie et servent à faire passer des migrants vers l’Union européenne. Selon «The Telegraph», ces opérations auraient lieu avec le soutien de Moscou.
Le régime biélorusse d’Alexandre Loukachenko, fidèle allié de Vladimir Poutine, aurait fait appel à des spécialistes du Moyen-Orient disposant «d’une grande expertise technique». Ainsi, ils chercheraient à contourner les dispositifs de sécurité polonais en creusant des passages souterrains sophistiqués. Rien qu’en 2025, les gardes-frontières polonais ont mis au jour quatre tunnels.
La Russie impliquée?
L’un des plus importants, découvert en décembre dernier près du village de Narewka en Pologne, mesurait environ 1,5 mètre de haut pour 60 mètres de long. Il aurait été utilisé par 180 migrants, principalement originaires d’Afghanistan et du Pakistan. A leur sortie, 130 personnes ont été arrêtées après avoir rampé dans ce conduit étroit renforcé par des structures en béton pour éviter les effondrements.
Pour Varsovie, ces tunnels illustrent une stratégie assumée: instrumentaliser la migration comme arme politique. Les autorités polonaises estiment que cette méthode s’inscrit dans une «guerre hybride» visant à déstabiliser l’Occident et à le sanctionner pour son soutien à Kiev. Au pouvoir depuis plus de 30 ans, Alexandre Loukachenko aurait joué un rôle clé dans cette pression migratoire, en coordination avec Moscou.
Une stratégie rôdée
Bien avant l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, la Biélorussie servait déjà de plateforme pour pousser des milliers de migrants vers la frontière polonaise. En réponse, Varsovie a érigé une clôture de 200 kilomètres équipée de 300 caméras. «Des caméras thermiques et des systèmes de détection nous permettent de repérer immédiatement toute violation de la frontière, même souterraine», assure la lieutenante-colonelle Katarzyna Zdanowicz.
La Pologne affirme être en mesure de localiser et de neutraliser ces tunnels. Mais certains responsables redoutent une course sans fin: chaque passage condamné pourrait être remplacé par un autre.
L'EI, le Hamas ou le Hezbollah derrière?
Les images diffusées montrent des galeries étroites consolidées par des étais en béton, témoignant d’un savoir-faire avancé. Des experts militaires évoquent l’expertise de groupes rompus à la guerre souterraine.
Selon eux, parmi les organisations du Moyen-Orient capables de telles constructions figurent le Hamas, le Hezbollah, certaines milices kurdes ou encore l’organisation Etat islamique. Aucune preuve formelle n’établit toutefois leur implication à ce stade.
La pression ne s’arrête pas là. La Biélorussie a déjà envoyé des ballons chargés de marchandises de contrebande, notamment des cigarettes, vers des pays voisins membres de l’OTAN afin de tester leurs défenses et perturber l’espace aérien. Depuis l’invasion de l’Ukraine, la Russie a parallèlement multiplié les incursions de drones et les actes de sabotage sur le sol européen, alimentant les accusations d’une offensive hybride de grande ampleur.