L’Assemblée générale annuelle des Nations unies à New York n’est, d’habitude, pas un lieu où l’on pleure sur le sort des pays les plus riches du monde. Au contraire. D’ordinaire, ceux-ci s’emploient à y démontrer leur puissance et à écouter les doléances des plus pauvres.
C’est ce que Donald Trump vient encore de faire dans un discours dominé par sa rhétorique «America First» et par la promotion de son «Conseil de la paix». En promettant de nouveau une paix prochaine entre l’Ukraine et la Russie, et une décision imminente sur l’Iran.
MBS assiégé
Un pays, toutefois, est au centre des discussions dans les couloirs de la 81e AG de l’ONU: l’Arabie saoudite. Raison évidente: la vulnérabilité du premier producteur mondial de pétrole vient d’être mise en évidence par l’offensive des miliciens houthistes du Yémen dans le détroit de Bab el-Mandeb, crucial pour le commerce maritime mondial et pour le marché des hydrocarbures.
Au siège des Nations unies, tous les pays importateurs d’or noir se demandent si le pouvoir de Mohammed ben Salmane, alias MBS, résistera aux coups portés par le mouvement chiite yéménite, qui a remporté plusieurs victoires contre une armée saoudienne suréquipée mais très peu motivée.
Un arsenal sophistiqué
Comment intervenir pour secourir un royaume qui peut se payer les armes les plus sophistiquées au monde? D’abord, en lui facturant de nouveaux matériels. C’est ce que Donald Trump vient de faire en s’assurant, avant toute opération de soutien militaire à Riyad, de l’achat par les Saoudiens de 35 avions F-35, pour un montant de 24,3 milliards de dollars. Rien d’étonnant, puisque les Etats-Unis sont, de très loin, le premier fournisseur du pays.
L’Arabie saoudite a dépensé environ 83,2 milliards de dollars pour sa défense en 2025, ce qui en fait le 8e budget militaire mondial. Ce qui n’a pas empêché la défense saoudienne de solliciter aussi l’aide de la France, du Royaume-Uni, du Pakistan et de l’Egypte. Alors qu’en face, les Houthis, désormais installés sur plusieurs îles à l’embouchure du détroit de Bab el-Mandeb, utilisent des drones et des missiles bien moins coûteux.
Deuxième possibilité pour venir au secours de l’Arabie saoudite: le déploiement de contingents internationaux et de matériel antiaérien, pour protéger ses installations pétrolières. L’or noir représente encore environ 22% de son PIB, plus de la moitié de ses recettes publiques et environ 60% de ses exportations, selon le Fonds monétaire international.
La priorité est aujourd’hui de remettre en fonction l’oléoduc Est-Ouest, qui contourne Ormuz, jusqu’au port de Yanbu, situé sur la mer Rouge. Sa capacité maximale est d’environ 7 millions de barils/jour, dont environ 5 millions peuvent être exportés comme brut. Mais cet oléoduc a lui-même été attaqué et fermé en septembre. L’agence Reuters signalait encore le 22 septembre qu’aucun chargement n’était visible à Yanbu depuis le 16 septembre.
Déblocage des détroits
Troisième moyen d’intervention: le déblocage des détroits. A commencer par le détroit d’Ormuz, sous la menace des drones et des missiles iraniens. C’est pour cette raison que le président français Emmanuel Macron a proposé, lors de son entretien avec Donald Trump, de solliciter un mandat de l’ONU qui permettrait d’agir de façon légitime. L’idée d’un double mandat onusien, avec pour objectif de reprendre le trafic maritime dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, circule aussi.
Et il y a urgence à l’approche de l’hiver, qui verra les pays européens commander encore plus d’hydrocarbures. Les exportations saoudiennes sont tombées à seulement 2,4 millions de barils/jour en août, leur niveau le plus bas depuis au moins 2013, avant de remonter à un peu plus de 4 millions de barils/jour en septembre. Avec pour conséquence une flambée des prix du carburant que le monde entier paie à la pompe.