Fortement exposées aux impacts du changement climatique sur la santé, nombre de grandes villes d'Europe prennent des initiatives pour tenter de s'adapter, comme le verdissement ou les mobilités douces, mais trop lentement, conclut jeudi une étude inédite du Lancet, appelant à redoubler d'efforts.
Pour des millions d'Européens urbains, les menaces liées aux fortes chaleurs, aux maladies infectieuses, aux incendies ou encore à l'exposition au pollen augmentent, selon ces travaux, qui explorent pour la première fois une palette de 28 indicateurs au croisement du climat et de la santé dans les 850 plus grandes villes. «L'étude met en lumière les disparités régionales dans la manière dont ces villes sont touchées par les risques sanitaires liés au changement climatique et y font face», expose à l'AFP le Pr Cathryn Tonne, co-pilote du Lancet Countdown Europe.
Hausses des effets
La mortalité liée à la chaleur a ainsi augmenté de près de 161% dans les villes d'Europe du sud entre 1991-2000 et 2015-2024, et le risque d'incendies de forêt de 7% dans ces mêmes villes entre 2003 et 2023, selon les auteurs. Les conditions climatiques propices à la transmission de la dengue ont bondi de 369% dans les villes d'Europe de l'Est entre 1982-2010 et 2015-2024, tandis que les concentrations de pollen ont plus que doublé dans les villes du sud et de l'est de l'Europe pendant la même période.
Dans les plus grandes villes d'Europe, les efforts d'adaptation au réchauffement climatique, causé principalement par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, progressent cependant. Alertes précoces, couverture végétale, espaces verts, protection contre les inondations... plus de 1500 actions ont été identifiées par les scientifiques.
«Beaucoup reste à faire»
Et dans 88% des 533 plus grandes villes européennes -celles de plus de 100.000 habitants-, la chaleur urbaine de surface a diminué entre 2014 et 2019, avec un repli des températures de 0,7° Celsius, selon l'étude. Les villes ayant fait le plus de verdissement ont obtenu des baisses plus marquées des températures locales.
L'étude comporte certaines limites. Comme les données sont principalement au niveau municipal, «elles masquent les différences à l'intérieur d'une ville», précise le Pr Tonne. Et, par manque de certaines données, des aspects de l'interaction climat-santé n'ont pas pu être pris en compte, comme par exemple les coûts du changement climatique pour les systèmes de santé.
«Beaucoup reste à faire», alertent les auteurs, pointant d'"importants freins financiers et techniques» et un engagement politique insuffisant. Il est «surprenant» de constater que la majorité des solutions sont «bien connues, mais peu appliquées», note le Pr Tonne. Les chercheurs appellent à combiner l'adaptation aux fortes chaleurs, la transformation urbaine et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, bénéfique aussi pour la santé par une diminution de la pollution atmosphérique.
Dans les mesures urgentes, ils appellent à renforcer les systèmes d'alerte précoce et à les intégrer aux plans d'adaptation urbains. L'adaptation de l'urbanisme et des transports ressort comme un autre axe prioritaire: accentuer le verdissement, surtout avec du couvert arboré, employer des matériaux de construction absorbant moins la chaleur, désimperméabiliser les revêtements, favoriser la marche, le vélo et les transports en commun...
L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite, environ deux fois plus que le rythme moyen mondial. Et, «chaque fraction de degré de réchauffement dû au changement climatique rend la protection de la santé plus difficile, aujourd'hui comme demain», indique Cathryn Tonne, notant aussi que «le soutien de la population à l'ambition nécessaire pour répondre aux défis est crucial».