Procès de Lindsay Clancy
Accusée d'avoir tué ses enfants, elle invoque une psychose post-partum. Qu'est-ce que c'est?

En janvier 2023, les trois enfants de l'Américaine Lindsay Clancy étaient retrouvés sans vie. Accusée d'homicide, la jeune femme est désormais au coeur d'un des procès les plus médiatisés de l'Histoire. Sa défense invoque une psychose post-partum, un phénomène sévère mais tabou.
Le juge a déclaré un procès sans verdict dans l'affaire de Lindsay Clancy.
Photo: Pool The Patriot Ledger
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Intensément médiatisé, le procès de Lindsay Clancy, jeune mère de famille domiciliée à Duybury, dans le Massachusetts, a pris des airs de thriller psychologique suivi par des millions de personnes. Le souffle coupé, des hordes d'internautes se sont massivement prononcés quant à cette affaire, sur toutes les plateformes possibles. Sauf qu'il ne s'agit pas d'une série. Mais de la réalité d'une femme accusée d'avoir mortellement étranglé ses trois enfants, âgés de 5 ans, 3 ans et 8 mois.

Le même soir de janvier 2023, en l'absence de son époux sorti faire des courses, l'ancienne infirmière se jette par la fenêtre, depuis le second étage de son domicile, alors que ses enfants gisent morts. Partiellement paralysée, elle survit, mais doit désormais se déplacer en fauteuil roulant. Si sa défense n'a jamais tenté de contester les faits, elle a immédiatement invoqué de graves problèmes de santé mentale, dont une lourde psychose post-partum, définie par une perte de contact totale avec la réalité.

En cas d'insomnie, d'anxiété, de tristesse, d'idées noires ou de tout symptôme inquiétant survenant durant ou après la grossesse, ne restez jamais seule. N'hésitez pas à contacter votre médecin au plus vite. De l'aide et des informations sont également disponibles sur la plateforme nationale Periparto.

Un procès «sans verdict»

Lindsay Clancy peut-elle, dès lors, être jugée pour homicide volontaire? La question est infiniment délicate. Tellement délicate, d'ailleurs, que le jury s'est retrouvé bloqué («hung jury»), même après une semaine de délibérations. Le juge s'est ainsi vu contraint de déclarer un «mistrial», soit une absence de verdict. Ainsi que le souligne «The Guardian», un seul des onze jurés se serait finalement prononcé contre l'acquittement de Lindsay Clancy, malgré «de sérieux doutes». Bien qu'un «mistrial» ouvre la possibilité d'un tout nouveau procès, l'avocat de l'accusée vient de demander au juge d'acquitter sa cliente, sans second procès. La réponse est attendue le 29 septembre.

Durant les cinq semaines d'audiences, démarrées en août 2026, de nombreuses prises de parole et de position ont inondé tous les médias possibles: certaines personnes avancent, sur les réseaux sociaux, que l'époux de Lindsay aurait profité de son état fragile pour la manipuler. D'autres, notamment des publications féministes renommées comme «Ms Magazine», estiment que le cas de la jeune mère pointe un manque de prise en charge des femmes en détresse, juste après la naissance de leur enfant et durant leur maternité. Mais le terme qui revient souvent est celui de «psychose post-partum», un phénomène qui accable deux femmes sur mille, directement après leur accouchement. Et qui reste incroyablement tabou dans notre société.

La psychose post-partum n'est «pas si rare que cela»

Pour comprendre de quoi il s'agit, détachons-le un instant de la douloureuse affaire Lindsay Clancy. Ainsi que nous l'explique la Dre Elodie Girard, psychiatre et psychothérapeute FMH, référente de Periparto, HUG et Klinik Hirslanden, le phénomène n'est pas si rare qu'on pourrait le croire: «Aux HUG, par exemple, on observe chaque année deux à trois mamans concernées par une psychose post-partum, souligne-t-elle. Si l’on accumule les cas au fil des années, cela représente tout de même plusieurs situations chaque année. A noter que la dépression post-partum est un trouble de l’humeur, ce qui est différent, et tout de même beaucoup plus fréquente, dans la mesure où elle concerne environ 15 à 20% des femmes, soit environ une femme sur six.»

Or, contrairement à la dépression post-partum, la véritable psychose correspond à «une apparition assez brutale de symptômes sévères, généralement entre le 3e et le 14e jour après l’accouchement.» Notre experte précise par ailleurs que l’un des symptômes les plus fréquents est une insomnie rebelle, qui peut être totale ou partielle, avec de l’agitation ou, au contraire, un ralentissement psychomoteur notable. «Mais, surtout, poursuit la Dre Girard, on observe une perte de contact progressive avec la réalité, qui se manifeste par l'apparition d'idées ou de croyances étranges, ne correspondant pas à la réalité. Celles-ci peuvent notamment être liées au bébé, avec par exemple la crainte qu'une menace plane sur lui ou qu’il soit bizarre, et s'apparenter à des notions délirantes et morbides.»

La psychose peut aussi prendre la forme d’hallucinations visuelles ou auditives, avec parfois un comportement brusque envers l'enfant, voire une incapacité à s'en occuper. «Dans certains cas, ces signaux se manifestent pendant la grossesse», prévient notre experte.

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C'est souvent l'entourage qui finit par sonner l'alerte, tandis que la patiente tend à résister à l'idée qu'elle a besoin d'aide. Elle s'efforce de tenir bon, jusqu’au point de rupture, pouvant aller jusqu’au suicide ou à l’infanticide.
Dre Elodie Girard, psychiatre et psychothérapeute
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Un point de rupture parfois mortel

Par définition, la psychose, quelle qu'elle soit, s'accompagne d'un puissant déni. «La psychose peut être gardée sous cloche et ne pas être repérée tout de suite, explique notre intervenante. D'ailleurs, la femme concernée n'a typiquement pas conscience de sa détresse et c'est souvent l'entourage qui finit par sonner l'alerte, tandis que la patiente tend souvent à résister, coûte que coûte, à l'idée qu'elle a besoin d'aide. Elles s'efforcent de tenir bon, jusqu’au point de rupture, pouvant aller jusqu’au suicide ou à l’infanticide.»

Pour rappel, le suicide est la première cause de mortalité post-natale aux Etats-Unis, comme en Suisse et en France. «Ce qui est intéressant dans le cas de Lindsay Clancy est qu’elle a eu trois enfants et que la science a démontré que les psychoses du post-partum peuvent s'intensifier au fil des grossesses, ajoute la psychiatre. Si la première n'avait pas été diagnostiquée, malgré de probables signes d'alerte, il est possible qu'un effet boule de neige ait eu lieu. En tout cas, il est difficile d’imaginer que cela sorte complètement de nulle part.»

D'où vient la psychose post-partum?

Par ailleurs, de récentes découvertes ont démontré que le phénomène peut être une conséquence du «tsunami hormonal» provoqué par la grossesse («avec une augmentation des œstrogènes jusqu’à 100'000 fois, note la Dre Girard) qui modifie certaines zones du cerveau de manière permanente, chez les mères.

«Ces modifications visent notamment à favoriser l’attachement maternel et l’empathie, afin de rendre les mamans totalement disponibles dans la constellation mère-bébé, rappelle notre intervenante. Il y a ensuite la chute hormonale qui conduit souvent au Baby blues, et entraîne des modifications de l’humeur, mais qui ne sont pas graves et durent environ quatre à cinq jours. Après cela, elles doivent passer. Si elles ne se dissipent pas et persistent un mois plus tard, il s’agit d’une dépression post-partum. Si le déséquilibre émotionnel s’aggrave et perdure au-delà cela parle davantage en faveur d’un risque de psychose ou d'un trouble de l’humeur chez une personne déjà fragilisée.»

A noter qu'un historique de psychoses ou de dépression, des traumatismes, des situations de violences conjugales ou de précarité, ainsi que la présence d'un trouble bipolaire ou d'une schizophrénie peuvent constituer des facteurs de risque.

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Il s'agit d'une urgence médicale psychiatrique, qui requiert d'emmener la personne à l’hôpital pour la faire examiner par des médecins.
Dre Elodie Girard, psychiatre et psychothérapeute
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Comment guérit-on d'une psychose post-partum?

La bonne nouvelle est que, lorsque la psychose puerpérale est dépistée et prise en charge par des professionnels de la santé mentale, «elle se soigne très bien par les traitements psychotropes et un suivi psychiatrique et psychothérapeutique», insiste la Dre Girard.

Cela signifie en revanche que le phénomène ne disparaît pas de lui-même: «Il s'agit d'une urgence médicale psychiatrique, qui requiert d'emmener la personne à l’hôpital pour la faire examiner par des médecins, poursuit notre experte. Dans ce contexte, des spécialistes de psychiatrie et de pédopsychiatrie se réunissent pour prendre en charge la maman avec son bébé, mais plusieurs semaines ou mois peuvent être nécessaires avant que la patiente puisse à nouveau être en contact direct avec son enfant, de manière prolongée.»

Et la dépression post-partum?

«Concernant la dépression post-partum, le symptôme le plus fréquent reste aussi le trouble du sommeil, mais cette insomnie est généralement moins rebelle que dans la psychose, précise la Dre Girard. On retrouve également le sentiment d’être une mauvaise mère, de la culpabilité, des difficultés de concentration, de l’irritabilité, un épuisement invalidant et une anxiété marquée par une hypervigilance importante. Mais il n’y a pas de perte de contact avec la réalité.»

Une patiente touchée par une dépression du post-partum tend donc plus facilement à conscientiser son état et aura moins de peine à partager son mal-être. «Cela dit, les femmes concernées peuvent quand même avoir très honte d’en parler, et il existe un tabou important autour de cette situation, déplore la psychiatre. Le système de santé est toutefois de plus en plus sensibilisé, notamment parce que le dépistage est central.»

A noter que si une dépression post-partum est ignorée et reste non-traitée, elle peut, dans certains cas, évoluer vers une psychose ou s'ancrer dans une forme de mélancolie constante: «Mais lorsqu’elle est traitée dans les semaines ou les mois après l’accouchement, elle guérit toutefois bien, se réjouit la médecin. Et la majorité des cas sont légers à moyens.»

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