En bref
- Les Etats-Unis ont accordé une dérogation pour les exportations de gazole russe jusqu'en avril 2027, provoquant un contraste avec l'Union européenne qui a durci ses sanctions en juillet 2026.
- Moscou pourrait générer 1,2 milliard de dollars de recettes supplémentaires sur six mois, mais avec seulement 100 millions de dollars pour le budget fédéral russe
- Les frappes ukrainiennes ont temporairement affecté jusqu'à 45 % des capacités de raffinage russes, provoquant des pénuries d'essence en Russie. Ces attaques exercent une pression économique et militaire sur Moscou, mais un accord politique pourrait réduire ces frappes sans garanties pour l'Ukraine.
La fin de partie n'a heureusement pas sonné pour l'Ukraine, toujours assiégée. Pour l'heure, les pays européens solidaires de Volodymyr Zelensky ne lâchent pas prise, malgré le rapprochement pétrolier de ces derniers jours entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Restent les faits. En demandant au président russe d'ouvrir les vannes et de déverser, sans sanctions, son diesel sur le marché mondial, le président des Etats-Unis démontre qu'il veut tout faire pour réintégrer la Russie dans le grand jeu mondial avant le sommet du G20 de Miami (Floride), en novembre. Autant dire qu'il y a de bonnes raisons d'avoir peur...
Moscou n'est plus étranglé. Adieu les sanctions internationales contre la Russie de Vladimir Poutine, déclenchées dès l'assaut de l'armée russe contre l'Ukraine, le 24 février 2022? Cela en prend en tout cas le chemin. En levant les sanctions américaines sur le diesel russe, pour des raisons entièrement électorales, à moins d'un mois des «midterms» du 3 novembre, les élections législatives de mi-mandat aux Etats-Unis, Donald Trump a desserré l'étreinte. Ironie du calendrier: le locataire de la Maison Blanche avait signé, voici quelques semaines, le paquet de sanctions «Graham», destiné à étrangler davantage la Russie et à s'en prendre aux pays qui importent massivement son pétrole. On s'en doutait, mais Trump a un tout autre objectif: ces sanctions sont une arme qu'il peut activer à souhait. Mais certainement pas contre Poutine.
Les sanctions européennes sont KO
L'Union européenne et ses partenaires, dont la Suisse, ont adopté 21 paquets de sanctions économiques et financières contre la Russie, avec pour objectif de mettre le pays à genoux. Au final? Le régime de Vladimir Poutine a militarisé son économie, et les proches du président russe ont renforcé leur emprise sur la richesse du pays. Impossible, dès lors, que les sanctions européennes atteignent leur but. La Chine et l'Inde, rappelons-le, commercent avec Moscou sans scrupules. La Turquie aussi, alors qu'elle est membre de l'OTAN, l'Alliance atlantique.
Difficile, dès lors, de défendre politiquement les sanctions devant les opinions publiques européennes, qui redoutent l'hiver et ne décolèrent pas face au prix de l'essence. Simple rappel: le pétrole et le gaz russes sont des ressources dont les économies du Vieux Continent ont besoin. Va-t-on encore pouvoir s'en priver longtemps?
L'Ukraine est seule
Ce n'est pas encore le cas. Il faut le redire : les pays européens continuent, pour l'heure, de se montrer solidaires de ce pays assiégé, à la tête duquel Donald Trump veut voir d'urgence un nouveau président pour remplacer Volodymyr Zelensky. Mais il faut aussi être réaliste : le prix que le pays paie face à un Vladimir Poutine prêt aux pires massacres et aux pires campagnes de frappes aériennes risque de devenir intenable. En Ukraine même, des voix s'élèvent pour revenir à la table des négociations. Donald Trump attend ce moment pour se donner le beau rôle: celui de pacificateur en chef, comme il l'avait promis durant sa campagne.
L'Europe est nue
La géographie et les ressources naturelles sont des facteurs qui ne disparaissent pas d'un coup de baguette magique politique. En juillet 2026, l'Union européenne a adopté son 21ᵉ paquet de sanctions contre la Russie. Il comprend notamment l'ajout de 41 navires à sa liste noire, portant à 673 le nombre de bâtiments visés dans la lutte contre la flotte fantôme russe. L'UE a également ciblé 18 entités et une personne du secteur pétrolier, dont plusieurs raffineries. Et maintenant? Que faire si le pétrole russe redevient exportable, avec la bénédiction de Washington? Pour mémoire, les frappes ukrainiennes ont mis hors service jusqu'à 45% des capacités de raffinage russes à certains moments. Si elles s'arrêtent, la Russie en profitera pour poursuivre encore davantage ses opérations de déstabilisation et d'ingérence dans les élections au sein de l'UE.
La guerre hybride va se poursuivre
L'Union européenne a fortement réduit ses achats de pétrole russe, mais elle n'a pas supprimé sa dépendance au marché pétrolier mondial. En 2025, les Européens ont importé 435 millions de tonnes de pétrole brut, pour une facture dépassant 212 milliards d'euros. En clair : l'UE demeure dépendante et elle est, simultanément, vulnérable. Les attaques de drones non identifiés, attribuées à la Russie, ne vont pas s'arrêter. La présidentielle française de 2027 aiguise les appétits politiques de Moscou et de Washington. Attention, danger !