Le point sur les événements
L’offensive russe se poursuit, les négociations aussi

Le président américain Joe Biden a annoncé mercredi l’envoi de systèmes de défense antiaérienne de plus longue portée à l’Ukraine où au moins treize civils ont été tués. Car l’offensive russe se poursuit, tout comme les négociations sur fonds de sanctions renforcées.
Publié: 16.03.2022 à 23:01 heures
Partager
Écouter
Le point sur les événements en Ukraine
Photo: Mihail Andronik

Dans une courte allocution, Joe Biden a confirmé que son pays fournirait 800 millions de dollars de plus au titre de l’aide militaire à Kiev, soit une enveloppe «sans précédent» d’un milliard de dollars en une semaine pour soutenir son armée.

«A la demande» de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s’était auparavant adressé au Congrès des Etats-Unis, «nous aidons l’Ukraine à se doter de systèmes de défense antiaérienne supplémentaires et de plus longue portée», a-t-il dit, précisant que des drones seraient aussi livrés.

Peu après le président américain a déclaré à une journaliste que Vladimir Poutine est un «criminel de guerre», qualificatif qu’il a employé pour la première fois. Des propos jugés «inacceptables et impardonnables» par le Kremlin dont la réponse n’a pas tardé.

Tirs sur une file d’attente

En Ukraine, dix personnes qui faisaient la queue pour acheter du pain à Tcherniguiv, à 150 km au nord de Kiev, ont péri dans la matinée lorsque des soldats ont ouvert le feu sur elles de manière «préméditée», a annoncé le parquet général.

Dans l’après-midi, des tirs de roquettes Grad sur un convoi de civils qui quittaient la cité portuaire assiégée et sans cesse pilonnée de Marioupol ont fait un nombre pour le moment indéterminé de morts et de blessés, dont un enfant grièvement atteint, d’après l’armée ukrainienne.

Un théâtre qui abritait «des centaines» de civils» y a été détruit dans l’explosion d’une bombe larguée par un avion russe, a ajouté la mairie.

La ville de Zaporojie, largement épargnée jusqu’ici et refuge des personnes fuyant Marioupol, a quant à elle pour la première fois depuis le début du conflit été visée par au moins un missile, apparemment sans faire de victimes. C’est dans cette région que se trouve la plus grande centrale nucléaire d’Europe, que les Russes occupent depuis le 4 mars.

Trois autres personnes ont perdu la vie et cinq ont été blessées sur un marché dans un incendie provoqué par un bombardement à Kharkiv, dans le nord-est, selon les secours.

Moscou dément

Moscou a démenti la plupart de ces accusations, le porte-parole de l’armée dénonçant notamment un acte de «propagande» du régime ukrainien, en assurant lors d’un briefing télévisé qu'«aucun militaire russe n’a été et ne se trouve à Tcherniguiv […] et aucune offensive n’y est menée».

Selon les secours ukrainiens, 500 personnes au moins avaient été tuées depuis le début de la guerre à Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, dans le nord-est, sans répit bombardée.

Des explosions ont en outre à nouveau été entendues à l’aube à Kiev où d’épaisses colonnes de fumées noires s’élevaient.

La capitale, vidée de plus de la moitié de ses 3,5 millions d’habitants, est sous couvre-feu depuis jusqu’à jeudi 07h00, après que plusieurs missiles eurent touché des immeubles d’habitation lundi et mardi.

Conséquence du conflit, plus de trois millions d’Ukrainiens – dont près de la moitié d’enfants – ont déjà pris les routes de l’exil, en grande majorité vers la Pologne.

Pas de troupes de l’Otan

C’est dans ce contexte que la Cour internationale de justice (CIJ), le plus haut tribunal de l’ONU, a ordonné mercredi à Moscou d’immédiatement interrompre ses opérations militaires en Ukraine, se disant «profondément préoccupée» par l’ampleur des combats; et que le Conseil de l’Europe, garant de l’état de droit sur ce continent, excluait officiellement la Russie, tandis que la Cour européenne des droits de l’homme suspendait l’examen de toutes les requêtes concernant la Russie.

Imperturbable, Vladimir Poutine a martelé dans un discours que l’opération militaire déclenchée trois semaines plus tôt, le 24 février, était «un succès». Cela alors que son armée ne pouvait revendiquer la prise d’aucune grande ville et progressait au ralenti.

Juste avant, son homologue ukrainien avait par visioconférence, ovationné par les parlementaires américains, réclamé à nouveau l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de son pays.

Joe Biden a jusqu’ici rejeté une zone d’exclusion aérienne, de peur de voir les Etats-Unis et l’Otan, qui a répété mercredi qu’il n’était «pas question de déployer des troupes de l’Otan ni des avions en Ukraine», entraînés dans un conflit susceptible de se transformer en 3e guerre mondiale.

L’Alliance atlantique a toutefois fait part de son intention de renforcer son dispositif sur son flanc oriental.

Un «compromis»?

L’offensive et la détermination des deux camps n’empêchaient pas la poursuite en parallèle de pourparlers, relancés lundi par visioconférence au niveau des délégations.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré mercredi que les négociateurs discutaient désormais d'«un compromis», qui ferait de l’Ukraine un pays neutre, sur le modèle de la Suède et de l’Autriche.

«Il y a des formules très concrètes qui, je pense, sont proches d’un accord», a également lancé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Sans démentir des discussions sur une neutralité, le négociateur en chef ukrainien Mykhaïlo Podoliak a rejeté «un modèle suédois ou autrichien» et insisté sur des «garanties de sécurité absolues» face à la Russie, avec engagement d’intervenir aux côtés de l’Ukraine en cas d’agression.

Le président Zelensky avait estimé dans la nuit de mardi que les positions des deux camps étaient désormais «plus réalistes», tout en estimant qu’il faudrait «encore du temps pour que les décisions soient dans l’intérêt de l’Ukraine».

Il s’était dit auparavant prêt à renoncer à toute adhésion de son pays à l’Otan, un casus belli pour la Russie.

Médias bloqués

Mercredi, Vladimir Poutine a promis des aides financières aux particuliers et aux entreprises, qualifiant les sanctions à un «blitzkrieg» contre la Russie.

Les autorités russes continuent en parallèle à réprimer toute opposition à la guerre.

Après l’arrestation d’une employée de la Première chaîne russe qui avait protesté contre la guerre en faisant irruption lundi soir sur le plateau du journal télévisé, les autorités ont bloqué les sites internet d’une trentaine de médias supplémentaires, dont celui de la BBC.

(ATS)

Partager
Vous avez trouvé une erreur? Signalez-la
Articles les plus lus
    Articles les plus lus