Le N°1 chinois aux Etats-Unis
Le nouveau choc américain: Xi et Trump sont partenaires

Le président chinois Xi Jinping l'a dit dès son arrivée aux Etats-Unis pour une visite d'Etat historique: les deux premières puissances mondiales doivent agir en partenaires. Et si c'était déjà le cas, dans les faits?
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Donald Trump est venu en personne à l'aéroport accueillir Xi Jinping aux Etats-Unis.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Xi Jinping a prononcé un mot-clé, dès son arrivée sur le sol américain, mercredi 23 septembre: partenaires. Pour le président chinois, l’adversité entre les Etats-Unis et la Chine, illustrée depuis le 28 février par la guerre en Iran qui nuit aux intérêts chinois, n’a pas de sens pour les deux premières puissances mondiales. Il va de soi que Xi a aussi dans son collimateur la guerre douanière entre Washington et Pékin. Une approche bien éloignée de la théorie classique des deux géants ennemis.

La réalité n’est pourtant pas si éloignée des propos du numéro un chinois, président à vie de son pays, ce que Donald Trump aimerait sans doute être aussi, alors qu’il ne pourra pas se représenter pour un troisième mandat en 2028. Dans les faits, ni les Etats-Unis ni la Chine n’ont intérêt à un véritable découplage économique. Les deux pays sont liés par des flux commerciaux indispensables à leur prospérité commune, du moins pour la décennie en cours. Les géants de la Tech, si courtisés par Trump, savent que leur domination dépend de la fourniture par la Chine, usine informatique du monde, des matériels indispensables à l’utilisation massive de l’intelligence artificielle (IA). Bien sûr, le caillou de Taïwan est problématique, car c’est dans l’île rebelle que sont fabriqués l’essentiel des puces et des processeurs qui permettent les progrès de l’IA. Mais pour l’heure, il n’y a guère d’alternative à la convergence sino-américaine. Confirmation de cette réalité: le diner d'Etat qui réunira à Washington les présidents Xi et Trump, aux côtés des géants de la tech «Made in USA». Les vrais maitres du monde se retrouveront, en quelque sorte.

Guerre des tarifs

Résumons: malgré la guerre des tarifs douaniers qui pourrait trouver son épilogue lors de la visite d’Etat de Xi Jinping, via un accord commercial durable entre les deux pays, Washington et Pékin doivent calmer le jeu. A preuve, la trêve actuelle vient d'être prolongée jusqu'à janvier par l'administration américaine. Logique. Sur les sept premiers mois de 2026, les seuls échanges de marchandises entre les deux pays dépassaient déjà 221 milliards de dollars. Le Fonds monétaire international (FMI) constate bien un découplage partiel, mais aussi une profonde réorganisation des chaînes de valeur plutôt que leur disparition: beaucoup de composants chinois continuent notamment à parvenir au marché mondial via l’ASEAN ou d’autres pays intermédiaires. En clair: les industriels chinois délocalisent leurs usines au Vietnam, en Thaïlande ou en Indonésie pour mieux fournir leurs clients américains, qui ferment les yeux sur les nouvelles étiquettes.

Autre sujet de convergence que Donald Trump a bien en tête, malgré ses déclarations et ses coups de menton: la Chine et les Etats-Unis ont un intérêt commun à préserver la stabilité financière mondiale – et donc, paradoxalement, le système du dollar. Certes, Pékin voudrait se débarrasser de la tutelle du billet vert sur les échanges mondiaux, car elle donne aux Etats-Unis une possibilité infinie de chantage et de sanctions, mais la Chine détenait encore 618 milliards de dollars de titres du Trésor américain en juillet 2026. Une crise financière américaine majeure ferait donc aussi courir un risque à la Chine. Et inversement.

La question du pétrole

Troisième sujet de convergence: le pétrole. La guerre en Iran et la fermeture des détroits du Moyen-Orient sont une très mauvaise nouvelle pour la Chine, importatrice massive d’hydrocarbures et exportatrice massive de biens et de marchandises, en particulier vers l’Europe. 40% du commerce entre le Vieux Continent et l’Asie passe par le détroit (aujourd’hui presque fermé) de Bab el-Mandeb! Mais Donald Trump sait que l’or noir a besoin de débouchés. Le fait d’avoir mis la main, via les compagnies pétrolières américaines, sur les immenses réserves de pétrole du Venezuela ne signifie pas que l’argent va couler à flots. Il faut vendre ce brut! Les Etats-Unis ont donc besoin d’une machine économique chinoise qui tourne, pour absorber ce pétrole et ce gaz. Parallèlement, Pékin observe avec attention, grâce à ses navires espions dans le golfe Persique, toutes les faiblesses et vulnérabilités de l'armada aéronavale américaine.

La Chine, enfin, a trois faiblesses structurelles sur lesquelles les Etats-Unis peuvent agir, et elle doit éviter tout clash qui les mettrait à nu. La première faiblesse est la structure fondamentalement exportatrice de son économie, qui doit faire face à une arrivée massive de jeunes sur le marché du travail. Pour faire bref, Pékin a besoin de clients pour ses produits et, donc, d’un commerce mondial stabilisé. Seconde fragilité: le secteur « gris » de l’économie et de l’influence chinoise, comme les ramifications prouvées de la mafia chinoise dans la production et l’exportation de l’opioïde fentanyl, doit être jugulé.

Contrôle du fentanyl

Et c’est ce qui a commencé: le contrôle des précurseurs chimiques pouvant servir à fabriquer des opioïdes synthétiques s’est accru en Chine. En 2025 et 2026, la Chine a ajouté plusieurs substances à ses régimes de contrôle des exportations vers les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Cette coopération existe depuis plusieurs années: la Chine avait déjà interdit en 2019 l’exportation directe de fentanyl vers les Etats-Unis. On est là dans la convergence évidente: la lutte contre les stupéfiants constitue l’un des rares dossiers où Washington a besoin d’une action chinoise en amont et où Pékin peut obtenir, en échange de sa coopération, un bénéfice diplomatique dans sa relation avec Washington.

Dernier élément: Pékin et Washington partagent une même vision «hémisphérique» des rapports de force mondiaux. Aux Etats-Unis, le continent américain. A la Chine, toute l’Asie orientale, excepté le Japon, la Corée du Sud et la délicate question de Taïwan, sur laquelle Trump est toutefois moins catégorique que ses prédécesseurs. Au reste du monde de s’accommoder de ces deux géants et des dégâts que l’exercice de leur puissance occasionne. La Chine a pour l’heure un allié de poids: la Russie, réservoir de minerais et d’hydrocarbures. C’est là un enjeu majeur pour les Etats-Unis, qui ne pourraient pas faire face à cette alliance si elle devait perdurer et se tourner contre eux. L’administration Trump justifie ainsi sa volonté de faire un «deal» avec Vladimir Poutine, quitte à laisser tomber l’Ukraine et sa résistance à l’agression russe.

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