En bref
- La Russie construit Rassvet comme alternative à Starlink
- Kiev craint un réseau sur le front et une éventuelle aide de la Chine
- Volodymyr Zelensky réclame des sanctions contre la Chine
La guerre en Ukraine se mène dans les tranchées, mais pas seulement. Elle se joue aussi au-dessus de nos têtes, dans l’espace. Les deux armées dépendent largement des drones, des données satellitaires et d’un accès rapide à Internet. Sans les satellites Starlink d’Elon Musk, l’Ukraine aurait bien du mal à repousser les attaques russes, et plus encore à lancer des contre-offensives.
Moscou a désormais annoncé vouloir mettre rapidement sur pied sa propre alternative à Starlink, le projet Rassvet. Qu’est-ce qui se cache derrière cette ambition spatiale de Vladimir Poutine? Les principales questions en bref.
Pourquoi l’Ukraine est-elle inquiète?
Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Kremlin bénéficie pour son projet du soutien de la Chine. «Nous savons que la Chine travaille sur des satellites et réfléchit à soutenir la Russie avec un système similaire à Starlink», déclarait Volodymyr Zelensky au «Financial Times».
A Kiev, la crainte d’une couverture réseau russe sur le front, qui pourrait être utilisée contre les soldats ukrainiens, grandit. Afin d’étouffer dans l’œuf la construction des satellites, Volodymyr Zelensky s’est déjà directement adressé au président américain Donald Trump, exigeant clairement des sanctions contre le projet spatial de Poutine. Kiev réclame également des sanctions contre des acteurs chinois.
A quoi ressemble exactement l’alternative à Starlink?
Rassvet signifie «aube» en russe. Le projet vise à déployer une constellation de satellites comparable à Starlink, destinée aux connexions Internet et à la transmission de données. Son véritable déclencheur: la décision d’Elon Musk, au début de l’année, de couper l’accès à Starlink aux forces russes.
Cette technologie pourra aussi servir à des fins militaires: communications, transmission de données en temps réel ou encore pilotage de drones de combat. Financé par l’Etat, le déploiement de la constellation a débuté cette année. Au printemps et durant l’été, 32 satellites ont déjà été placés en orbite, en plus de plusieurs satellites de test. Fin 2027, 292 satellites Rassvet devraient être opérationnels, et 900 d’ici 2035.
Comment fonctionne le système?
Pour assurer une couverture complète, Rassvet doit s’appuyer à terme sur quelque 900 petits satellites. Ceux-ci gravitent en orbite basse, à environ 500 kilomètres d’altitude, contre près de 36'000 kilomètres pour les satellites géostationnaires traditionnels. Résultat: des délais de transmission (la latence) nettement plus courts.
Concrètement, chaque satellite reçoit les données envoyées depuis une station au sol ou un terminal (liaison montante). Il amplifie le signal, en adapte la fréquence, puis le renvoie directement vers sa destination sur Terre (liaison descendante).
Comment Moscou a-t-il réagi?
La réponse à Volodymyr Zelensky ne s’est pas fait attendre. Sur Telegram, l’ancien président russe Dmitri Medvedev, aujourd’hui vice-président du Conseil de sécurité, a brandi la menace d’une «guerre dans l’espace». «Le souhait d’un imbécile de Kiev de bloquer Rassvet n’entraînerait rien d’autre que la destruction», a-t-il écrit. Il dit espérer que les Etats-Unis en ont conscience. Faute de quoi, a-t-il averti, Starlink pourrait à son tour être pris pour cible.
Si Rassvet venait à être détruit, «les satellites Starlink en orbite basse tomberaient comme les boules d’un sapin de Noël desséché», a-t-il prévenu, avant de rappeler que dans l’espace, il importe «d’être polis les uns envers les autres».