La jeunesse inuite
Groenland: Nivi Rosing, la tiktokeuse qui visait le Parlement

A 21 ans, Nivi Rosing, briguait un siège au Parlement groenlandais. Porte-voix de la jeunesse inuite, elle militait pour se réapproprier une culture inuite détruite selon elle «par 300 ans de colonialisme danois». Nous l'avions rencontrée en mars 2025.
À 21 ans, la tiktokeuse Nivi Rosing se présente pour la première fois aux élections législatives. Elle est l'une des porte-voix de la jeunesse inuite.
Photo: Niels Ackermann
Alessia Barbezat, journaliste de L'illustré
Alessia BarbezatJournaliste Blick
Mise en contexte

Cette interview a été réalisée dans le cadre du long format publié le 6 mars 2025, alors que le président américain Donald Trump annonçait déjà son intention de s’emparer du Groenland. A l’époque, Nivi Rosing s’exprimait avant les élections législatives auxquelles elle était candidate. Elle a depuis été élue et siège aujourd’hui au Parlement groenlandais.

Cette interview a été réalisée dans le cadre du long format publié le 6 mars 2025, alors que le président américain Donald Trump annonçait déjà son intention de s’emparer du Groenland. A l’époque, Nivi Rosing s’exprimait avant les élections législatives auxquelles elle était candidate. Elle a depuis été élue et siège aujourd’hui au Parlement groenlandais.

Les joues rosies par le froid, un cache-fourrure à la main, Nivi Rosing s’installe à la hâte sur l’une des banquettes en velours du Caffè Pascucci, lieu de rencontre de la jeunesse branchée de Nuuk. Le temps lui file entre les doigts depuis qu’elle a annoncé sa candidature aux élections législatives du 11 mars 2025, sous les couleurs d’Inuit Ataqatigiit, la gauche écologiste. Et à seulement 21 ans, cette tiktokeuse compte bien décrocher un des 31 sièges de l’Inatsisartut, le Parlement groenlandais.

Une jeunesse en quête d’identité

Sur TikTok, la jeune femme qui parle danois et anglais, s’adresse à ses followers en kalaallisut – la langue inuite. «Ma génération veut se réapproprier son identité, remettre au goût du jour les traditions de nos ancêtres» dit-elle. Elles nous ont été arrachées par la puissance coloniale danoise.» Nivi tend ses mains tatouées de lignes et de points noirs, symbole de son appartenance au peuple inuit. «Les tatouages ont été bannis par les missionnaires durant la colonisation», rappelle-t-elle.

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Les rancunes envers Copenhague

Les rancunes envers Copenhague ne datent pas d’hier, mais un vent nouveau souffle sur Nuuk. Il a fait émerger un mouvement critique à l’égard du colonialisme dont l’étudiante est l’une des porte-voix. C’est le scandale des stérilisations forcées dans les années 1960-1970, révélé par un podcast danois en 2022, qui a poussé l’étudiante à s’engager. Des milliers de femmes inuites ont été stérilisées de force par l’Etat danois, désireux de réguler le taux de natalité de l’île, jugé trop élevé.

Les mains de Nivi Rosing sont tatouées de motifs traditionnels inuits. Une manière pour elle de se réapproprier «une culture détruite par 300 ans de colonialisme danois».
Photo: RMS

A l’époque, Copenhague, qui rêve de transformer cette province arctique en un «Danemark du Nord», pousse les Inuits à changer leur mode de vie et déplace des villages entiers de pêcheurs et de chasseurs dans des blocs d’habitations en zones périurbaines. Et les problèmes d’alcoolisme et de suicide ont alors explosé.

Taux de suicide élevé

«Nous avons l’un des taux de suicide par habitant les plus élevés au monde (80 par 100’000 habitants)», déplore Maliina Abelsen, ancienne ministre des Finances (2011- 2013) et sociologue de formation, rencontrée au Katuaq, le centre culturel de Nuuk, un bâtiment de verre et de bois aux façades ondulées, dont la forme rappelle celle d'une aurore boréale.

Nombre de suicides par 100'000 habitants de l'OMS
Photo: César Greppin

Et gare à ceux qui seraient tentés de l’expliquer par la rudesse des conditions météorologiques au Groenland. «Ce n’est pas une coïncidence si ces taux sont aussi dramatiques chez les peuples indigènes du Canada, d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. Toutes sont des sociétés postcoloniales. La seule différence, c’est qu’au Groenland, nous sommes la majorité. Ailleurs, les chiffres sont noyés dans les statistiques nationales.» Les jeunes sont les plus touchés. «Ils cherchent un sens, une appartenance. C’est difficile quand on vous rabâche que votre culture et votre identité ne valent rien. Ces traumatismes se transmettent de génération en génération», conclut la sociologue.

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