En bref
- Emmanuel Macron, présent à l'Assemblée générale de l'ONU à New York, fait face à une crise sociale en France liée à la hausse des prix du carburant et au possible retour des «Gilets jaunes».
- Le président français a discuté avec Donald Trump des moyens de stabiliser le prix mondial du pétrole et de sécuriser le détroit de Bab-el-Mandeb, stratégique pour les exportations saoudiennes.
- En 2025, les Etats-Unis ont exporté un record de 10,3 milliards de pieds cubes de gaz liquéfié par jour, 68% étant absorbés par l'Europe, soit une hausse de 63% en un an.
Il redoute le retour de son pire cauchemar politique: les «Gilets jaunes» de l’hiver 2018-2019. Emmanuel Macron a beau être à New York pour participer à l’Assemblée générale annuelle des Nations unies, sa tête est en France, où la colère populaire gronde contre les prix du carburant à la hausse.
Preuve de la collision de son agenda domestique et international: plusieurs annonces gouvernementales françaises sur de nouvelles aides pour les professionnels les plus touchés par les tarifs du diesel (pêche, agriculture, transport, employés éloignés de leur lieu de travail…) doivent intervenir quelques heures avant la prise de parole présidentielle à la tribune des Nations unies. Une intervention dont Emmanuel Macron a évoqué les contours la veille, lundi 21 septembre, avec Donald Trump, qu’il a rencontré chez lui, dans sa Trump Tower.
Une nouvelle crise sociale
Pourquoi compter sur le président des Etats-Unis pour désamorcer indirectement une nouvelle crise des «Gilets jaunes» à des milliers de kilomètres de distance? Parce que c’est de Trump que dépend aujourd’hui le prix mondial du pétrole, actuellement autour de 102 dollars le baril. Impossible, en effet, d’espérer un retour au calme sur le marché des hydrocarbures et, surtout, sur celui des produits raffinés (tel le diesel, très demandé en France et en Europe), sans une accalmie durable au Moyen-Orient et sans une réouverture du détroit crucial de Bab-el-Mandeb.
Ce dernier détroit, voisin d’Ormuz, bloqué par l’Iran, donne accès à la mer Rouge et au canal de Suez. Bab-el-Mandeb est aussi le point de sortie du pétrole brut d’Arabie saoudite, via son port de Yanbu, qui est le débouché de l’oléoduc Est-Ouest en provenance du golfe Persique. Or, les miliciens houthis du Yémen, alliés de l’Iran, contrôlent aujourd’hui plusieurs îles qui leur permettent, à tout moment, de fermer ce robinet maritime énergétique et commercial crucial pour l’Europe.
Trump est ambivalent
Donald Trump, lui, est ambivalent. Les Etats-Unis aussi sont frappés par la flambée des prix pétroliers, laquelle alimente la colère des électeurs, à un mois et demi des élections législatives de mi-mandat du 3 novembre. Sauf que d’autres secteurs de l’économie américaine en profitent, en particulier les géants du secteur des hydrocarbures.
Trump a sans doute aussi répété à Macron que les Européens sont largement fautifs de ce qui leur arrive. Le président américain, qui a déclenché la guerre contre l’Iran avec Israël le 28 février 2026 sans consulter ses alliés de l’OTAN (l’Alliance atlantique), leur a ensuite plusieurs fois demandé de l’aide pour débloquer militairement le détroit d’Ormuz.
Emmanuel Macron s’est donc retrouvé dans la nasse à la Trump Tower. Soit la France, avec d’autres pays européens, accepte de passer à l’action pour garantir le passage dans le détroit de Bab-el-Mandeb (où l’Union européenne a déjà une mission navale de protection contre la piraterie). Soit l’hiver pétrolier sera extrêmement rude pour le Vieux Continent, avec en plus sur les bras les conséquences de la guerre en Ukraine que la Russie (dont le pétrole et le gaz alimentaient autrefois l’industrie européenne) entend intensifier dans les prochains mois.
Macron n’a pas le choix
Et maintenant? Emmanuel Macron n’a guère le choix. Il est vrai qu’en France, un retour des «Gilets jaunes» dans les rues et les ronds-points, en pleine campagne pour la présidentielle de 2027, est envisageable. Au total, 88% des Français, selon un sondage publié par «Le Figaro», pensent que ce mouvement de protestation sociale peut renaître. Et les principaux partis à en bénéficier seront alors à coup sûr les deux extrêmes: le Rassemblement national à droite et La France insoumise à gauche.
La question, pour le président français, est donc de travailler à une possible intervention militaire qui ne soit pas perçue comme une assistance à la guerre aéronavale de Trump contre l’Iran. Or, il faut pour cela, idéalement, un mandat de l’ONU. C’est sans doute ce qu’Emmanuel Macron a négocié avec son homologue américain.
Les Européens, alors, pourraient sécuriser le détroit de Bab-el-Mandeb et permettre la reprise des exportations de l’Arabie saoudite, ce royaume qui est à la fois le premier producteur mondial d’hydrocarbures et le maillon fragile du Moyen-Orient. Il est à la fois très riche, très puissant sur le papier, mais est aussi défié par les milices houthies du Yémen.
Les Etats-Unis vendent leur gaz
Autre demande de Macron à Trump: sécuriser les approvisionnements de l’Europe en gaz liquéfié pendant l’hiver. Les Etats-Unis exportent massivement le GNL tiré de l’exploitation du gaz de schiste. Leur président se réjouit de l’augmentation du volume de leurs exportations. La preuve? En 2025, celles-ci ont atteint le niveau record de 10,3 milliards de pieds cubes par jour, soit une hausse d’environ 63% en un an.
L’Europe a absorbé 68% de toutes les exportations américaines de GNL, contre 53% en 2024. Le GNL américain représente désormais à lui seul environ un quart de la consommation totale de gaz de l’UE. Soit quatre fois plus qu’en 2022, avant le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Recourir à Trump pour empêcher le retour des «Gilets jaunes»? La tentative d’Emmanuel Macron est paradoxale. En théorie, les protestataires français, issus des classes moyennes et populaires, correspondent aux partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again) de Trump aux Etats-Unis. Et l’idée de voir en France la droite nationale-populiste l’emporter à la présidentielle de mai 2027 est loin de déplaire au locataire de la Maison-Blanche. Le président français, qui ne peut pas se représenter pour un troisième mandat, n’a pas fini de faire des cauchemars au sujet de ceux que la presse anglo-saxonne nomme les «Yellow Vests».