En appel, même peine demandée
Le second procès libyen de Sarkozy a conforté ces 5 soupçons

L'ancien président français a fait de nouveau face à de sévères accusations lors de son procès en appel. Les plaidoiries de la défense auront lieu à partir du 18 mai. Le second jugement sera rendu en novembre 2026.
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Nicolas Sarkozy fait de nouveau face au même réquisitoire en appel: sept ans de prison.
Photo: imago/Xinhua
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Richard WerlyJournaliste Blick

Sept ans de prison requis contre Nicolas Sarkozy, plus 300’000 euros d’amende et une inéligibilité de cinq ans. Si le procureur est suivi par les juges dans le procès en appel de l’affaire des fonds libyens de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007, Nicolas Sarkozy a de sérieuses chances de retourner en détention lorsque le second jugement tombera en novembre 2026.

Sa première incarcération, le 21 octobre 2025, pour une durée inférieure à un mois, avait paradoxalement permis à l’ancien président français de plaider à nouveau sa cause devant le public, alors qu’il avait été lourdement condamné en première instance pour «association de malfaiteurs» à cinq ans de prison ferme. Il en avait tiré un livre intitulé «Journal d’un prisonnier». Il avait aussi profité d’une large mobilisation de ses anciens soutiens, tous prompts à dénoncer sa détention dans le quartier VIP de la prison parisienne de la Santé.

Et maintenant? Les plaidoiries de la défense, qui démarrent lundi 18 mai, peuvent-elles renverser la donne pour celui qui dirigea la France entre 2007 et 2012, avant de perdre l’élection face au socialiste François Hollande? Cela paraît assez peu probable, car ses cinq fautes ont bien été mises en lumière durant les débats en appel.

Sarkozy, donneur d’ordres

Tout est résumé dans cette formule: Nicolas Sarkozy a-t-il, précisément ou non, été le «donneur d’ordres», c’est-à-dire celui à qui obéissent et rapportent ses collaborateurs, avant et après leurs déplacements en Libye pour y rencontrer les proches du défunt colonel Kadhafi?

La défense de l’ancien président français va, à partir de lundi, répéter que c’est un mensonge. Sauf qu’un nouvel élément est apparu durant les débats, bien moins suivis par les médias que le procès en première instance. Il s’agit d’une note fournie par son ancien collaborateur et ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant, coaccusé absent du second procès pour raisons de santé. Cette note affirme que Sarkozy lui avait explicitement demandé, en 2007, de «s’occuper» du sort d’Abdallah Senoussi, ancien responsable des services secrets libyens, considéré comme l’un des commanditaires de l’attentat contre un avion de la compagnie française UTA en 1989. S’il était, comme l’affirme l’accusation, «celui qui tire les ficelles, distribue les rôles», alors…

Sarkozy, le bénéficiaire

Qui a profité, in fine, des flux de financement de plusieurs millions d’euros entre la Libye de Kadhafi et la France? Pour rappel, l’affaire des fonds libyens jugée en appel a été révélée en mai 2012 par Mediapart, sur la base d’un document libyen controversé – dont la véracité a été mise en cause – faisant état d’un financement de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007.

Le chiffre de cinq millions d’euros, convoyés en liquide de Tripoli à Paris entre la fin de 2006 et le début de 2007 pour être remis à Claude Guéant, puis au futur chef de l’État (alors ministre de l’Intérieur), a ensuite été avancé en 2016 par un intermédiaire libanais, Ziad Takieddine, mort à Beyrouth le 23 septembre 2025, jour de l’ouverture du premier procès. En appel, le procureur a présenté Nicolas Sarkozy comme «le principal, l’unique bénéficiaire» du pacte de corruption présumé pour lequel il est notamment jugé. Le magistrat l’a décrit comme étant au sommet d’une «association de malfaisants, pour ne pas dire de malfaiteurs», ayant scellé «un pacte au plus haut niveau avec un dictateur».

Sarkozy, le chef ingrat

Claude Guéant a donc craqué. Pas complètement, mais tout de même. Celui que les médias français surnommaient le «Richelieu» de la présidence Sarkozy n’a pas supporté que son ancien patron laisse les juges l’accabler. La peine requise en appel contre lui – six ans de prison ferme, 100’000 euros d’amende et la confiscation de son appartement parisien – démontre qu’aucune circonstance atténuante n’a été retenue.

Reste le changement d’attitude de ce septuagénaire malade, qui ne s’est pas rendu au procès. Les avocats de Sarkozy ont dû batailler pour minimiser la portée des deux déclarations écrites que Claude Guéant a envoyées à la cour. Celles-ci corroborent le fait qu'«il a bien existé un accord entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi au terme duquel, en récompense des fonds versés par le régime libyen, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant devaient entamer des démarches visant la levée du mandat d’arrêt visant Abdallah Senoussi», selon l’accusation.

Sarkozy, tête de réseau

L’ancien président français va devoir démontrer, la semaine prochaine, via ses avocats, que le jugement en première instance est contradictoire et que toute cette affaire repose sur une confusion problématique. Pourquoi? Parce qu’à l’issue du premier procès, Nicolas Sarkozy a été relaxé des chefs de «corruption et de financement illégal de campagne» – faute de preuves – mais condamné à cinq ans de prison pour «association de malfaiteurs».

C’est ce dernier point que l’ex-chef de l’Etat doit à tout prix invalider. Mais peut-il le faire sur la seule base de ses déclarations et de sa présumée bonne foi? La cour d’appel peut bien sûr l’innocenter et le relaxer. Mais le fait est que le réseau libyen existait et que la cour d’appel l’a détaillé. Il reposait notamment sur Alexandre Djouhri, l’intermédiaire franco-algérien bien connu à Genève (six ans de prison requis avec interdiction de gérer une société pendant quinze ans), et le banquier genevois Wahib Nacer (quatre ans de prison et deux millions d’euros d’amende).

Il avait, comme antennes politiques françaises, l’ancien ministre Brice Hortefeux, ami intime de Nicolas Sarkozy depuis les années 1980 (quatre ans de prison dont deux ferme), et Thierry Gaubert, ancien collaborateur de l’ex-président (deux ans ferme). Or, qui dit réseau…

Sarkozy, l’innocent trop condamné

Quelques jours avant le début du procès en appel dans l’affaire des «fonds libyens», l’ex-président français a obtenu une victoire. Sa peine de six mois d’emprisonnement ferme pour «financement illégal de campagne», à laquelle il a été condamné définitivement dans l’affaire Bygmalion (pour l’élection présidentielle de 2012), a été aménagée.

A 71 ans, l’intéressé continue donc de porter un bracelet électronique. Mais comment ne pas faire un lien entre les deux affaires, concernant deux campagnes électorales à cinq ans de différence? Les réquisitions du parquet ont débuté par la demande de confirmation de sa condamnation pour association de malfaiteurs (préparation à d’autres délits, en l’espèce la corruption et le détournement de fonds publics libyens). Être trop condamné est devenu un boulet pour Nicolas Sarkozy.

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