«Encore plus radicale que l'EI»
Procès terroriste à Paris: le parcours d'une famille djihadiste

Radia Selma Tahar Aouidate, 33 ans, est jugée à Paris pour association de malfaiteurs terroriste. En 2014, 23 membres de sa famille ont rejoint la Syrie sous l'influence de son frère radicalisé.
Radia Selma Tahar Aouidate est jugée à Paris pour association de malfaiteurs terroriste. (image d'illustration)
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Elle symbolise malgré elle une histoire de «jihadisme familial», celle d'un foyer d'une ville du nord de la France, de plus de 20 personnes parties en Syrie en 2014. Au premier jour de son procès, Radia Selma Tahar Aouidate a raconté sa radicalisation, à l'ombre d'un frère «violent» et écrasant.

Difficile, en regardant la jeune femme de 33 ans souriante au débit de mitraillette, longs cheveux bouclés, veste couleur prune et jean, d'imaginer la «fille extrême» qu'elle raconte avoir été, portant le voile intégral et persuadée d'avoir «un rôle à jouer» en Syrie.

Un cas unique en France

Expulsée par la Turquie en 2021, détenue depuis, elle est poursuivie pour association de malfaiteurs terroriste et encourt 30 ans de réclusion. De mai à septembre 2014, l'année où l'organisation Etat islamique a décrété son «califat» de terreur à cheval sur l'Irak et la Syrie, 23 membres de la famille Tahar Aouidate, dont les parents, six soeurs, leurs époux et des enfants, ont quitté Roubaix (Nord) pour rejoindre la Syrie, sous l'impulsion du frère Fodil.

«C'est assez fou, quelque chose d'assez unique en France», a souligné un enquêteur. Du frère Fodil, aujourd'hui emprisonné en Irak où il a été condamné à mort en 2019 (sa peine a été commuée en réclusion à perpétuité), Radia Selma ne prononce quasiment jamais le nom. Mais il n'est pratiquement question que de lui lorsqu'elle se raconte devant la cour d'assises de Paris, où elle doit comparaître jusqu'à vendredi. «C'est vous qu'on juge, mais il y a un contexte familial qu'on ne peut pas éluder», souligne le président.

«Un clan, une secte»

Les Tahar Aouidate, qu'elle décrit comme une «famille traditionaliste d'origine algérienne», un père «qui a des problèmes avec l'alcool» et bat sa femme, huit soeurs et un frère avec un écart de 18 ans entre l'aînée et la cadette, Radia Selma.

«Mon frère, il a toujours été le centre d'attention, le personnage principal, qui prenait toutes les décisions», raconte la jeune femme, estimant que Fodil est devenu un «père de substitution», palliant l'autorité du chef de famille défaillant, et a fait de ses soeurs «ses pantins». «A l'époque je ne le voyais pas comme ça, mais chez nous c'était un clan, une secte», dit-elle.

Violent, impulsif – «on pouvait se prendre des coups selon ses humeurs, il se défoulait sur nous», Fodil contrôle tout de la vie de ses soeurs, un contrôle qui va crescendo au fil de sa radicalisation après un séjour en prison en 2010 et une rencontre avec un jihadiste belge.

Avant que Radia Selma parte à l'école, son frère crie «Inspection!», et contrôle la façon dont elle est habillée. Quand elle rentre de l'école, «Inspection!», pour voir si la jeune fille s'est maquillée ou a changé de tenue en cachette.

«De base, j'aimais beaucoup l'école, j'avais des ambitions professionnelles, j'hésitais entre infirmière, avocate, journaliste», raconte l'accusée, qui a passé un bac littéraire et commencé une année de droit à l'université. «Mais ça ne m'a pas plu, et c'est le moment où j'ai commencé à me radicaliser», explique-t-elle, assurant ne pas chercher à «se dédouaner de ses responsabilités».

La jeune femme a en effet rencontré Yacine, un salafiste épousé religieusement en 2012. «Je voulais juste échapper à mon frère», répète-t-elle.

«Encore plus radicale que l'EI»

Radia Selma commence à porter le voile intégral – elle sera arrêtée à 14 reprises à Roubaix pour port du niqab entre avril 2013 et janvier 2014 –, un geste qu'elle décrit comme «une rébellion». Elle divorce en 2013 de son mari – opposé au jihad armé – et partira en mai 2014 avec une de ses soeurs, la femme de son frère, et leurs enfants, sous «la pression constante» de Fodil, assure-t-elle.

Mais pour un enquêteur entendu mercredi après-midi, le fanatisme de la jeune femme s'est encore renforcé en Syrie, jusqu'à avoir «une vision de l'islam encore plus radicale que celle de l'EI». Radia Selma Tahar Aouidate a eu deux enfants sur zone avec un jihadiste tunisien, aujourd'hui âgés de 11 et 9 ans et confiés à l'aide sociale à l'enfance.

Deux de ses soeurs, les seules à ne pas être parties sur zone, ont été condamnées en 2019 pour financement du terrorisme. Une autre de ses soeurs, sa mère et quatre beaux-frères sont décédés sur zone. Outre Fodil, détenu en Irak, d'autres membres de la famille seraient toujours incarcérés dans des camps sous contrôle kurde en Syrie.

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