En bref
- Ce mardi 13 octobre 2026, des manifestations lycéennes ont entraîné des affrontements violents à Paris, Lyon et Lens, marqués par des interventions policières musclées, notamment l’usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes.
- Selon le ministère de l’Éducation nationale, 214 lycées étaient fermés ce jour, contre 800 le 6 octobre. En parallèle, 36 enquêtes de l’IGPN sont ouvertes sur des violences policières depuis le début des mobilisations.
- Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 161 500 manifestants en France, dont 41 500 à Paris, tandis que l’Intersyndicale de la jeunesse revendique 480 000 participants. Les affrontements ont entraîné 9 interpellations et 5 blessés à Lyon, selon la préfecture.
C'est devenu une scène trop rituelle. A l'issue des manifestations, des casseurs font face à la police et n'hésitent pas à dégrader du mobilier urbain, voire à s'en prendre directement aux forces de l'ordre. Cette scène, une fois de plus, était au rendez-vous de la journée d'action lycéenne du mardi 13 octobre. A Paris, Lyon ou Lens, les policiers ont dû affronter des bandes de jeunes violents, auxquels ils ont répliqué, dans la capitale française, par l'utilisation d'un canon à eau. Violences et revendications sont-elles indissociables en France, ce pays où un appel circule pour remobiliser les «gilets jaunes» ce samedi 17 octobre? La réponse semble malheureusement positive. Donc très inquiétante à quelques mois de l'élection présidentielle d'avril-mai 2027.
Première leçon: les mobilisations lycéennes françaises, qui ont démarré fin septembre à Créteil, au sud de Paris, ne sont pas aussi pacifiques que le prétendent leurs meneurs. Même si la très grande majorité des blocages d'établissements scolaires (environ 200 ce mardi 13 octobre) n'a pas dégénéré, la présence de groupes très mobiles de casseurs interroge. S'agit-il d'élèves résolus à en découdre après avoir masqué leurs visages et revêtu des cagoules? Ou a-t-on affaire à des groupes de jeunes venus d'autres quartiers, qui saisissent l'opportunité de casser et d'affronter les policiers? Le scénario de «black blocs» est aussi souvent évoqué.
Des tirs de mortiers devenus banals
Au final, le spectacle des violences parisiennes montre plutôt, selon la police, un mix de lycéens tentés par la confrontation, avec tirs de mortiers d'artifice à l'appui, et de jeunes casseurs habitués à profiter de ce genre d'événement. Certains experts affirment que même dans les quartiers bourgeois des grandes villes, le recours à la violence n'est plus tabou. Les émeutes de juin 2023, consécutives à la mort du jeune Nahel à Nanterre – à la suite d'un refus d'obtempérer ayant conduit un policier à effectuer un tir mortel – restent dans tous les esprits. Le grand échec du gouvernement français, face au mouvement lycéen, est de n'avoir pas réussi à engager un dialogue qui aurait conduit les protestataires à renoncer à de nouvelles manifestations. Plus grave: chaque annonce de nouvelle journée d'action nationale se transforme en mot d'ordre pour les casseurs, qui s'organisent pour converger par petits groupes vers les lieux des marches et des défilés.
Seconde leçon: la violence n'a fait que s'accroître sous les deux quinquennats d'Emmanuel Macron, avec une part de responsabilité des forces de police qui, désormais, vont beaucoup plus au contact qu'auparavant pour éviter que les manifs dégénèrent et deviennent hors de contrôle. De source policière, le point de bascule a été l'assaut des «Gilets jaunes» contre l'Arc de Triomphe à Paris, le 1er décembre 2018.
La bascule des gilets jaunes
A ce moment-là, les forces de l'ordre ont compris qu'elles couraient le risque d'être débordées et qu'il fallait absolument disperser les manifestants. Les unités de policiers à moto sont réapparues. La consigne est d'empêcher des mouvements de masse incontrôlables, preuve de la peur ambiante. «Les chercheurs mettent en avant plusieurs grandes explications et je les partage, confie un ancien syndicaliste policier à Blick. La défiance envers les institutions a augmenté. L'affaiblissement des médiateurs sociaux est patent. Les groupes radicaux sont très opérationnels. Et la stratégie de maintien de l'ordre entraîne une dynamique d'escalade entre policiers et manifestants».
Troisième facteur, sans doute le plus inquiétant pour un président en fin de mandat et dans l'impossibilité constitutionnelle de se représenter: la violence paie en France, en ce sens que les gouvernements finissent souvent par lâcher. Le mouvement des Gilets jaunes de l'hiver 2018-2019 avait entraîné le déblocage de 17 milliards d'euros d'aides diverses! Or, dans le cas des lycéens en colère, les autorités ont cru à tort que les élèves abandonneraient la lutte.
Lors de son intervention télévisée le 7 octobre, le Premier ministre a parlé de «cinq chantiers», en promettant des résultats concrets en octobre sur des sujets comme les emplois du temps ou l'entretien des bâtiments. Problème: la mobilisation s'est poursuivie et, dans la foulée, le ministère de l'Education a annoncé l'embauche de 3000 enseignants intérimaires supplémentaires. La boîte de Pandore a donc été ouverte. Les lycéens demandent désormais le déblocage de dix milliards d'euros pour l'Education nationale, dans un pays où les caisses publiques sont vides.
La cause palestinienne et la violence
S'ajoute enfin à ce tableau la question de l'instrumentalisation politique. Dans une France où les deux partis politiques les plus radicaux, le Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) et La France insoumise (LFI, gauche radicale), dominent dans les sondages, le clash est programmé. La jeunesse lycéenne, par exemple, est très perméable aux thèses de LFI, dont les élus ont été souvent présents aux abords des lycées. LFI est aussi accusée par la droite et le centre droit de vouloir «bordéliser la société» avant la présidentielle.
La présence de très nombreux drapeaux palestiniens et de keffiehs donne aussi à ce mouvement une dimension contestataire, qui intègre l'idée d'une violence légitime pour lutter contre l'oppression. Le terreau est somme toute fertile pour déboucher sur des barricades et des incivilités. Surtout qu'en face, la perte de crédibilité et d'autorité d'Emmanuel Macron est sans appel. Selon un sondage du 10 octobre, 68% des Français désapprouvent les prises de position d'Emmanuel Macron sur la crise lycéenne et 69% souhaitent que le gouvernement discute avec les lycéens pour trouver des solutions. Plus grave: en 2025, 34% des Français seulement estimaient qu'Emmanuel Macron «incarne bien la fonction présidentielle et l'autorité qui va avec».