Des hindous l'ont exigé
Une délégation hindoue fait scandale en faisant évincer les femmes de la tour Eiffel

La ville de Paris a ordonné une enquête après la visite, ce week-end, de la Tour Eiffel par une délégation religieuse hindoue. Motif: celle-ci a exigé (et obtenu) que ses responsables ne soient pas en contact avec des femmes.
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Les moines du mouvement Hindou Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) se sont réunis devant la tour Eiffel.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La demande n'a pas été formulée par une délégation d'islamistes, désireux de visiter la tour Eiffel. Samedi 3 septembre, c'est un groupe du mouvement hindou BAPS qui a obtenu une dérogation d'ampleur à la laïcité et à l'égalité, en vigueur partout en France.

La délégation, proche du parti BJP du Premier ministre indien Narendra Modi, avait fait savoir que ses responsables ne devaient pas entrer en contact avec des femmes lors de leur excursion parisienne. Demande exaucée durant leur visite de deux heures, entre 8h30 et 10h30, illustrée par de nombreuses photos publiées sur leur site BAPS.com.

Pas de femmes à l'horizon, ni dans les ascenseurs, ni dans les escaliers, ni sur le chemin des dignitaires de cette secte. Exit les employées de la Société d'exploitation de la tour Eiffel, prévenues à la dernière minute. Les unes ont, selon les syndicats, dû rentrer dans les bureaux. Les autres se sont tout simplement cachées.

Résultat: que des hommes pour accueillir le patriarche de ce groupe, Mahant Swami Maharaj. Ce dernier connaît pourtant bien la France. Il y était venu avec son mouvement pour une précédente célébration en 1997, et sa délégation venait, la veille, de célébrer son festival Swaminarayan Hindu Mandir à Paris et à Bussy-Saint-Georges, une commune de l'est parisien où le plus grand temple hindou d'Europe vient d'être inauguré.

Polémique après la visite

Sans surprise, la demande de la délégation indienne a engendré une polémique. Et, comme c'est souvent le cas en France, elle s'est soldée ce lundi par une journée de grève et par la fermeture de l'un des sites les plus visités de France.

Mieux: la polémique a accouché d'un imbroglio de responsabilités et d'une enquête administrative. Qui a donné l'autorisation d'écarter les femmes lors de la visite? Pourquoi la délégation hindoue n'a-t-elle pas, d'emblée, été prévenue de l'impossibilité d'accéder à sa demande?

La mairie de Paris, théoriquement en charge, se défausse sur le gouvernement et le ministère des Affaires étrangères. Tandis que la région Île-de-France a de bonnes raisons de se montrer prudente. Sa présidente, Valérie Pécresse, ex-candidate de la droite à la présidentielle française de 2022, était présente à l'inauguration du BAPS Swaminarayan Mandir hindou, le temple de Bussy-Saint-Georges. Un temple présenté par ses services comme «un projet d’envergure, à la croisée de la spiritualité, de la culture et de l’architecture, incarnation d'une collaboration exceptionnelle entre l’artisanat traditionnel indien et l’ingénierie française».

Entorse à la laïcité

Qui, au final, va payer le prix de cette entorse à la laïcité et à l'égalité? L'enquête devra déterminer comment la demande a été formulée et pourquoi elle a été acceptée en catimini, sans que personne ou presque n'en ait été informé.

Elle devra aussi révéler si, oui ou non, cette visite était en réalité une privatisation partielle de la tour Eiffel moyennant rémunération sonnante et trébuchante, comme cela se fait parfois lors d'événements de promotion tels que la «Fashion Week».

Excuses hindoues

La délégation hindoue s'est, pour sa part, excusée, tout en diffusant maintes photos et vidéos de la visite de son patriarche. Pour rappel, le Premier ministre indien Narendra Modi, très proche des fondamentalistes hindous, était l'invité d'honneur de la fête nationale du 14 juillet à Paris en 2023.

Il accompagnait cette année, en juin, le président Emmanuel Macron au salon VivaTech des nouvelles technologies. Et son pays est un gros acheteur d'avions Rafale. 36 exemplaires de l'avion de chasse français ont déjà été livrés à New Delhi et 114 ont été commandés, pour un montant total de 33 milliards d'euros.

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